Frédérich Bühler, natif de Aarwangen dans le canton de Berne en Suisse,  aurait apporté avec lui la recette du bricelet, un biscuit Suisse, sorte de crêpe sèche, à la boulangerie Panier à Ornans où il est embauché comme mitron en 1906.

Françoise, Delphine Panier, nom de jeune fille Rigolet, est veuve depuis 1905.

Madame veuve Panier a une fille nommée Lucie Antoinette que le mitron va épouser à Ornans, en 1908. Apporte-t-il à la corbeille de mariage la recette de ce bricelet ? Il n’y a pas eu de contrat de mariage établi.

 

Acte du mariage le 8 août 1908

 

D’autres sources indiquent que cette recette serait du un dénommé Baillot qui fabrique ses bricelets et les vend par l’intermédiaire de la boulangerie Panier. Puis il leur vend ensuite sa recette et son matériel.

L’affaire est ensuite lancée à Besançon, rue du Chasnot dans des locaux d’une superficie de 2200 m². La fabrication et la vente de cigarettes comtoises et d’éventails dentelle rencontrent très vite le succès.

Après les trois frères Panier, est embauché commis alsacien Henri Kayser. Et très vite, le patron ramène de Suisse une petite cousine, Rose Wolfensberger afin de la marier avec le commis Henri. L’affaire reste donc familiale.

 

 

Madame Buhler, la patronne est décrite comme si redoutable en affaires que derrière ses fourneaux. Elle n’hésite pas à traverser la France en voiture, afin de convaincre, autour de bons repas l es grossistes et spécialistes de la qualité de ses biscuits.

Leur expédition se fait depuis la gare Viotte assez proche de l’usine : des charrettes pleines de boîtes métalliques de 4 kg sont acheminées par le train vers les dépositaires

 

Publicité pour la Foire Comtoise de 1925

 

A l’époque, tout le quartier de Chasnot embaume la bonne odeur des biscuits.

 

Lettre pétition de 1930 à la mairie afin d’obtenir l’élargissement de la rue du Chasnot

Mémoire Vive Besançon

 

Mais dans les années 70, les descendants d’Henri Kayser arrivent aux affaires. Ils entreprennent alors d’industrialiser la fabrication des biscuits avec du matériel de plus en plus automatisé. L’alimentation et l’extraction des biscuits ne sont plus faites manuellement, ce sont des machines qui y pourvoient. Par contre l’emballage reste accompli à la main permettant ainsi un meilleur contrôle.

 

La ligne automatisée de fabrication des cigarettes

 

« Nous sommes une industrie très saisonnière. Autrefois l’été il n’y avait pas de dimanche ; les semaines montaient à 50/60 heures. Maintenant on stocke beaucoup jusqu’à Pâques et on embauche pour la campagne d’été » déclare Jean Kayser un journaliste local qu’il reçoit en compagnie de son beau-frère Aimé Gros. L’affaire reste donc toujours, essentiellement, familiale.

 

Les dirigeants Mrs Kayser et Gros photo Frache E.R.

 

Dès 1981 le contrôle de la fabrication est fait par un ordinateur.

« Du jour au lendemain dépassé des équipes de 3 à 4 personnes fabricant 50 l de pâte par pétrin en 20 minutes, à une seule personne assurant la maintenance d’un système qui ont produit 350 l en quatre minutes et alimente automatiquement les fours » expose alors Aimé Gros.

Si la production a été modernisée, les biscuits restent traditionnels avec des ingrédients naturels comme pour la recette originale afin de garantir la qualité, indique Jean Kayser.

Et cette qualité lui assure des débouchés auprès d’une clientèle fidèle comme par exemple le distributeur Casino qui vend des biscuits Buhler depuis 40 ans, mais également des débouchés à l’étranger. Les États-Unis, gros consommateurs de crèmes glacées, apprécient les biscuits qui les accompagnent. À tel point qu’il est envisagé de les produire aux États-Unis. Mais les dirigeants souhaitent rester fidèles à la tradition et à la fabrication de leurs produits en France.

3 tonnes de biscuits sont fabriqués chaque jour dans cette fabrique.

 

Buhler dans les années 80 rue du Chasnot Photo Tupin Mémoire Vive Besançon

 

Derrière cette villa hébergeant un magasin de vente, se distinguent les locaux industriels et leur toit en shed. Mais seuls les deux tiers de ses locaux sont praticables assure la direction.

« Le bâtiment est trop vétuste et nous y sommes allés trois cela ne nous permettrait pas de viser la mise en conformité ISO 9001 souhaitons ».

 

 

Dans les années 90, Buhler est racheté par le groupe breton Loc Maria. C’est la fin de l’entreprise familiale et le départ pour un nouveau développement.

En 1995, il est question de fermer l’usine avec ses 25 salariés et de rapatrier la production dans d’autres usines du groupe.

Mais la direction locale, soutenue par la municipalité apprend que des locaux vont être disponibles à Velotte : ceux de l’ancienne laiterie-fromagerie de l’Union Agricole Comtoise, UAC, créée en 1928 dans le Val de la Mouillère et fédérant quelques 450 agriculteurs).Elle a alors quitté les Chaprais en 1959 pour des locaux neufs construits à proximité du Doubs.

 

A droite l’UAC en 1959, à gauche l’usine Labourier Photo B. Faille Mémoire Vive Besançon

 

Le groupe Loc Maria achète les locaux et les terrains disponibles. Les locaux offrent une surface de 5 000 m2 et ceux qui ne sont pas utiles seront rachetés par la municipalité et détruits. Coût pour le groupe : un investissement de 13 millions de francs.

Le chiffre d’affaires, en 1996, s’élève à 16 millions de francs. Les nouveaux locaux permettront, dès 1999 de le doubler avec une cinquantaine de salariés.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien, rue du Chasnot, des anciens locaux Buhler remplacés par des immeubles de logements et de commerces.

Quant à la fabrique de biscuits Buhler, elle semble toujours prospérer à Velotte.

 

Les logements remplacent l’ancienne fabrique.

Sources : Racines Comtoises ; archives municipales ; archives départementales ; Mémoire Vive Besançon ; Est Républicain.

J.C.G.