1 – Les Chaprais, situation géographique
Voici la présentation du quartier par M. Fabrice Petetin dans son mémoire de maîtrise en histoire contemporaine (2001), intitulé : « Histoire des Chaprais au XIX° siècle : transformation d’un hameau de maraîchers en quartier urbain »
Du point de vue administratif, les quartiers des Chaprais et des Cras sont associés. Mais la limite entre les deux est connue de tous. Les Chaprais sont un quartier du Nord-est de Besançon.

Selon la municipalité, les Chaprais se différencient au Sud-ouest du Centre Ville par le Doubs, à l’Ouest de Battant par l’avenue Foch, au Nord de Saint-Claude et des Cras par la ligne de chemin de fer en direction de Belfort, à l’Est de la Vaite par cette même voie ferrée, au Sud-est de Fontaine Argent par la rue Tristan Bernard, enfin Sud de Bregille par le Boulevard Diderot et la ligne de chemin de fer direction Morteau et la Chaux de Fond.


Malheureusement cette définition simple et précise, ne peut pas s’appliquer pour les Chaprais aux XVIII° et XIX° siècles car la réalité des Chaprais était alors différente. Voici les délimitations qu’en donne 1887 l’auteur du Bulletin de la Société Syndicale pour l’amélioration des Chaprais : « On comprend sous le nom de Chaprais, toute la partie du territoire de Besançon qui est située au nord de la ville et qui se développe en pente douce entre le mont Bregille, Saint-Claude et les Quatre-Vents jusqu’à Palente. ».
Cette description, au sens large, englobe les actuels quartiers des Cras, des Orchamps, de la Vaite, Fontaine Argent, et des Clairs Soleils, alors de simples fermes isolées ou de petits hameaux. Le plus étonnant est la difficulté que rencontre l’auteur à définir précisément le champ de l’intervention de son syndicat, ici pas de chemin ni de fleuve mais une définition par la négative. Pour lui les Chaprais commencent là où finissent les quartiers de Bregille ou Saint-Claude… Le toponyme Chaprais désigne depuis le Moyen Age un territoire compris entre le mont Bregille et la colline de la Viotte. Parmi les hameaux dispersés dans cet espace l’un d’eux a pris le nom du lieu. Ainsi au XIX° siècle le mot Chaprais recouvrait deux réalités différentes : un vaste espace rural et un hameau. C’est l’urbanisation qui va faire correspondre les deux et aboutir à la définition présentée au début de cet article.

Le quartier des Chaprais avant la construction du Président
Cette photo est axée sur l’avenue ombragée Denfert Rochereau qui monte de la rivière à la place Flore. Cette voie de circulation traverse ici le Doubs sur la “passerelle“ qui existait à cet emplacement avant la construction du pont Schwint
A droite de l’avenue Denfert Rochereau, l’avenue d’Helvétie suit le cours du Doubs..L’école éponyme n’a pas encore été agrandie par l’adjonction du bâtiment moderne de l’école des garçons Elle se poursuit à droite par l’ancienne clinique Sexe dominée par la tour du Métropole et un peu plus haut sur la gauche apparaissent les deux clochers du Sacré-Cœur.
A gauche le Président n’est pas encore construit. De la Tour de la Pelote, en remontant vers la place Flore, se succèdent le remblai du Tacot (actuelle avenue Foch), une esplanade (actuel terrain sportif), l’allée des platanes (parking Isenbart), les bâtiments de brasserie Gangloff, les villas bisontines et plus haut les immeubles de la place Flore. Perpendiculairement à l’avenue Denfert Rochereau, en son centre, passe la rue des villas et dans son prolongement la rue Delavelle.
2- Le cadre géographique et géologique du quartier des Chaprais
Présentation par M. Pierre CHAUVE, professeur de géologie à l’université de Franche-Comté (1972-1994)
Le relief bisontin
Besançon (Fig. 1) s’étend sur un plateau compris entre deux lignes de reliefs parallèles alignées du sud-ouest vers le nord-est. Une rivière importante, le Doubs, borde ou entaille les reliefs méridionaux. Au niveau de la ville, il dessine un méandre qui traverse le relief dans la double cluse de Rivotte et de Taragnoz et entaille le plateau de Besançon. La ville ancienne est ainsi blottie dans la Boucle.

Fig. 1 Le relief de Besançon
Le relief bisontin est complexe. Il comporte un plateau central bordé de reliefs allongés et passe au nord comme au sud à des zones de plateau. Les chaînons des Avant Monts (au nord) et du faisceau bisontin, au sud, s’alignent parallèlement aux deux rivières qui les longent ou les traversent (Ognon au nord et Doubs au sud).
Un tracé en noir avec barbelures longe les falaises et les crêts faisant ressortir les combes creusées dans l’axe des plis anticlinaux (les monts).
Au nord, les Avant Monts, culminent à la Dame Blanche (605 m). Ce relief est un mont allongé profondément entaillé par une combe profonde. Le flanc méridional du pli anticlinal qui supporte le fort descend en pente structurale vers Thise et le Doubs. Sa surface calcaire est couverte par la forêt de Chailluz. La bordure septentrionale de la combe est beaucoup moins élevée. Elle est marquée par une succession de petits reliefs découpés et alignés entre Bonnay et Vieilley.
Au sud, entaillés par le Doubs s’allongent les trois plis du faisceau bisontin. Le pli septentrional ou pli de la Citadelle est un anticlinal (Fig. 2) qui a conservé en grande partie sa carapace calcaire.
Plus au sud s’allongent deux dépressions, l’une correspond au synclinal de la Chapelle des Buis dans lequel le Doubs a creusé une vallée profonde de part et d’autre de la Citadelle. L’autre, la combe des Mercureaux suit l’axe du second pli anticlinal. Ce pli a conservé en partie sa carapace calcaire à Montfaucon. Il culmine à 616 m au fort.
Entre ces deux reliefs alignés s’étend un vaste plateau calcaire sur lequel s’est établie la ville de Besançon. Son développement, limité au sud par les premiers reliefs jurassiens s’est effectué dans des quartiers isolés à l’origine et disposés en arc autour de la vieille ville.
Le quartier des Chaprais dans son acception la plus large s’étend sur la partie orientale du plateau de Besançon et sur les pentes du pli de la Dame Blanche (forêt de Chailluz, au nord) et du mont de la Citadelle (Bregille-Beauregard, au sud).

Fig. 2. La cluse de Rivotte vue de du fort de Bregille. © P. Chauve.
Le pli de la Citadelle est une figure morphologique typiquement jurassienne, un mont (pli anticlinal) recoupé par des cluses qui séparent les tronçons successifs de la Citadelle, de Chaudanne et de Rosemont.
Le Doubs a entaillé le mont de la Citadelle à Rivotte (ici), à Tarragnoz entre la Citadelle et Chaudanne, à Velotte entre Chaudanne et Rosemont (au fond à droite).
La cluse de Rivotte montre une coupe géologique naturelle. Le calcaire blanc de la citadelle qui supporte la fortification est plié en une voûte convexe vers le ciel, un pli anticlinal dissymétrique. Au cœur du pli sous les calcaires blancs se trouvent les calcaires bicolores de Chailluz.
Le substratum géologique
Besançon est construite sur les calcaires. Partout en ville : Saint-Claude, rue de Dole, gare Viotte, tranchée SNCF rue de Belfort, vallon de la Mouillère, porte Rivotte, …, s’observent la même pierre blanche, le calcaire de la Citadelle qui supporte aussi la fortification éponyme. Au nord du plateau, le calcaire change de couleur. Les anciennes carrières de Chailluz (en particulier aux Montarmots) aujourd’hui disparues exploitaient un calcaire bicolore de couleur beige à ocre tachetée de gris-bleu, la pierre de Chailluz qui a servi à la construction de la plupart des immeubles anciens de la ville. Cette même pierre a encore été utilisée par l’architecte Tournier dans les dernières constructions en pierres de taille (Saint-Joseph, place Leclerc, Cité universitaire, …).
Ces deux sortes de calcaires (Fig. 3) sont datés du Jurassique moyen et correspondent plus précisément à deux étages des géologues, le Bajocien supérieur pour le plus ancien et le Bathonien pour le plus récent. A Bregille et au sud des Chaprais, ils sont surmontés aux Marnières, au fort Benoit ou à Clairs-Soleils, par des marnes de la base du Jurassique supérieur. Des calcaires blancs du Jurassique supérieur les surmontent aux Grand Désert, à Beauregard et à Bregille.
L’extension et la superposition des couches géologiques sont figurées sur les cartes et sur les coupes géologiques.

Fig. 3 Le Jurassique moyen et le Jurassique supérieur à Besançon.
Ce schéma montre la superposition des couches présentes dans le quartier des Chaprais. Les plus anciennes (en rose) étaient exploitées dans les carrières des Torcols. Elles sont surmontées par les calcaires blancs de la Citadelle affleurant au centre du quartier et supportant les fortifications de la Citadelle. Les marnes (en bleu) qui les surmontent affleurent au fort Benoit et aux Clairs Soleils. Les formations les plus récentes (en vert) appartiennent à la base du Jurassique supérieur. Ces calcaires couvrent la colline de Bregille.
Chaque couleur correspond un étage géologique. L’étage géologiques est une durée mesurée en millions d’années (Ma). Il est matérialisé par la nature et la hauteur des couches de roches mises en place à cette époque. Ici, les calcaires sont figurés par une maçonnerie et les marnes par des tiretés.
La répartition des différentes roches présentes dans le quartier est donnée par la carte géologique (Fig 4) dessinée sur un support topographique. Chaque tache de couleur représente l’extension d’un étage géologique (un type de roche et son âge).
Les anciennes carrières repérées sur une carte géologique ancienne (à l’échelle du 1/80 000°) ont été reportées sur une carte géologique plus récente à l’échelle du 1/25 000°). La nature des roches et leur âge sont indiqués. Ils permettraient, si l’urbanisation récente ne les recouvrait, d’ouvrir de nouvelles exploitations.

Fig. 4 Carte géologique de Besançon
En ville le substratum géologique est masqué par l’urbanisation (maisons d’habitation, voies de circulation, jardins, …). Mais les talus et les excavations sont généralement de bons points d’observation.
Sur cette carte, où les subdivisions sont plus nombreuses que dans le texte, les zones d’affleurements de la pierre de Chailluz sont en rose plus ou moins soutenu. Le calcaire de la Citadelle (au sens large) est jaune. Le Jurassique supérieur est teinté en bleu foncé et en vert.
Le cours du Doubs laissé en blanc est bordé par des alluvions (en gris). Celles-ci se retrouvent aussi dans La Boucle (vieille ville).
En fonction du degré d’érosion les reliefs du mont de la Citadelle sont couronnés par des calcaires de Chailluz (Chaudanne), de la Citadelle (Citadelle) et du Jurassique supérieur (Bregille).
Les anciennes carrières placées sur une carte géologique au 1/80 000° ont été replacées sur la carte géologique au 1/25 000° plus détaillée.
La coupe géologique est une représentation – sur un plan de coupe vertical – de la superposition des couches de terrains en profondeur ainsi que de leur déformation.
L’entaille du Doubs dans la cluse de Rivotte (Fig. 3) est une coupe naturelle qui montre la superposition des calcaires blancs de la Citadelle sur la pierre de Chailluz et leur déformation en un pli courbé vers le haut (ou anticlinal) supportant la fortification.
La pierre de Chailluz, visible dans le tunnel du canal, se situe sous le calcaire de la citadelle au cœur du pli anticlinal.
La coupe géologique (Fig. 5) établie entre les Torcols, au nord, et Bregille, au sud, traverse le quartier des Chaprais. Elle part du pied du flanc de l’anticlinal de la Dame Blanche où les couches sont légèrement inclinées vers le sud et se poursuit dans la large table calcaire du plateau de Besançon. Au sud, à Bregille, les couches se redressent dans la voûte anticlinale de l’anticlinal de Bregille.
Cette coupe montre la grande extension du calcaire blanc de la Citadelle (comme plus à l’ouest) et l’apparition des calcaires de Chailluz au nord. Au sud, apparaissent les couches surmontant le calcaire de la Citadelle, à savoir les marnes puis les calcaires du Jurassique supérieur (Fig. 3). La déformation des couches géologiques se note dans la surface structurale des calcaires de Chailluz qui plongent vers le sud et dans le ploiement des couches du Jurassique supérieur dans le massif de Bregille.

Fig. 5 Coupe géologique à travers le quartier des Chaprais.
Cette coupe montre l’extension des calcaires blancs de la Citadelle et leur place sur les calcaires de Chailluz. La position et l’extension des affleurements des différentes couches présentes est le résultat de l’érosion qui a dégagé une partie des couches superposées et des déformations qui les ont pliées.
La répartition des affleurements de calcaires de la Citadelle et de Chailluz et leur superposition apparaissent clairement sur la carte et dans la coupe géologique. Elles expliquent la situation et la répartition (Fig. 4) des anciennes carrières de calcaires qui ont servi à l’édification des bâtiments de la ville. Ainsi la pierre de Chailluz a été exploitée au nord de la ville et au cœur du pli de la Citadelle, tandis que la pierre de la Citadelle l’a été à proximité de la Boucle.
La configuration géologique de quartier des Chaprais se poursuit à l’ouest de la ville au niveau de Rosemont et de Saint-Ferjeux. Pour montrer la continuité des couches dans le plateau bisontin et l’anticlinal de la Citadelle, un bloc-diagramme (Fig. 6) incluant la Boucle, les quartiers de Battant et les collines du mont de la Citadelle résume cette extension et cette superposition.

Fig. 6 Bloc-diagramme illustrant la répartition et l’extension des formations géologiques présentes à Besançon. © Pierre Chauve
Cette figure montre la continuité des couches géologiques dans le pli anticlinal du mont de la Citadelle et le plateau de Besançon non déformé. Elle indique la superposition et l’extension des couches géologiques. Elle explique la nature différente des roches sur les trois collines de Bregille, de la Citadelle et de Chaudanne et situe la Boucle et les deux cluses de Rivotte et Taragnoz.
En fonction du degré d’érosion les reliefs du mont de la Citadelle sont couronnés par des calcaires de Chailluz (Chaudanne), de la Citadelle (Citadelle) et du Jurassique supérieur (Bregille).
L’eau des Chaprais
Le réseau hydrographique du quartier des Chaprais se limite au ruisseau de la Mouillère dont la longueur entre sa source au pied de l’esplanade de la gare jusqu’à sa confluence avec le Doubs près de la tour de la Pelote n’atteint pas 300 mètres. Le Doubs est son niveau de base. En hautes eaux, le niveau de l’eau du Doubs et celui du ruisseau montent mais en général la crue du ruisseau de la Mouillère précède la montée des eaux du Doubs. Lors de certains épisodes plus longs les deux crues coïncident. De plus, la canalisation d’eaux vannes qui passe sous le pont de la Mouillère près de la tour de la Pelote fait obstacle à l’écoulement des eaux. Il se produit alors une inondation. Les caves et le parc souterrain de l’immeuble voisin (le Président) ont ainsi été inondés en mai 1983 et en février 1990.
La source de la Mouillère sort des calcaires de la Citadelle, au fond de la petite reculée de la Mouillère (Fig. 7). A l’arrière une galerie s’enfonce d’une cinquantaine de mètres (fig. 8). Les nombreuses expériences de colorations effectuées en amont et principalement le long du tracé de l’autoroute permettent de délimiter le bassin d’alimentation de cette source. Elle draine une nappe aquifère karstique alimentée uniquement par les précipitations qui tombent sur les calcaires de la partie orientale du plateau de Besançon et sur les reliefs des Avant Monts. Cette zone d’alimentation (Fig. 9) comporte une surface naturelle bien protégée et une partie urbaine avec de nombreuses sources de pollutions. Dans la partie amont, protégée naturellement par la forêt et dans le terrain d’aviation des puits moyennement profonds ont été creusés dans les calcaires du Jurassique moyen pour alimenter la ville de Besançon.
La nappe possède un second exutoire la source du Trébignon qui sort à Thise à proximité de l’aérodrome. L’appartenance des deux sources (Mouillère et Trébignon) au même aquifère karstique a été confirmée par les relevés simultanés des niveaux d’eau sur les deux sites. Les abaissements de niveau consécutifs aux pompages apparaissent nettement aux deux sources éloignées d’une dizaine de kilomètres.
En raison de sa position basse, la source de la Mouillère n’a pas été utilisée pour l’alimentation en eau potable de la ville. Par contre elle a été aménagée pour faire fonctionner des moulins et a été utilisée pour fabriquer la bière de la brasserie Gangloff ou pour refroidir le lait d’une coopérative laitière
Un autre ruisseau, souterrain, suit le tracé de la rue Fontaine-Argent. Sa source se trouve à proximité de l’église Saint-Paul dans le Jurassique supérieur et se perd dans les calcaires. Il débouchait à la source de Billecul dans le parc Micaud. Actuellement il est canalisé en fin de parcours et débouche à l’aval du pont de la République, à l’arrière de la statue du Comte Hilaire de Chardonnet.

FIg 7 La source de la Mouillère en hautes eaux. © P. Chauve
La sortie des eaux est canalisée. Une échelle limnimétrique permet de mesurer la cote de l’eau. Une station d’enregistrement en continu équipé d’un limnigraphe se trouve quelques mètres en aval. Elle permet de mesurer en continu la cote de l’eau et d’en déduire le débit correspondant de la source.

Fig. 8 La galerie profonde à l’arrière de la source. © S. Redoutey, 1999
Cette source vauclusienne est la sortie d’un conduit souterrain qui descend jusqu’à plus de 50 mètres de profondeur.

Fig. 9. Le bassin d’alimentation de la source de la Mouillère. © P. Chauve et P. Rolin
Les traits en rouge indiquent les tracés – entre points d’injection et sources – des expériences de traçage. Elles permettent de délimiter (trait pointillé) le bassin d’alimentation de la source de la Mouillère. Ce bassin versant, alimenté uniquement par les précipitations, possède un second exutoire, la source de Trébignon.


