Introduction
Besançon ! Aucun autre quartier, lieu dit, village n’est baptisé de ce nom !
Alors d’où provient-il ? M. Roland Fiétier dans ses recherches parues en 1973 sur la banlieue de Besançon au Moyen Age relève, dès 1234 ce terme sous la forme de chapré et chaprais. Une origine plus ancienne la ferait remonter à 1144 et proviendrait d’une Bulle du Pape Lucius II adressée aux chanoines de la Madeleine. Serait désigné un lieu in capraio, un endroit où il y a des chèvres ?
Sinon, Chapré, Chaprais seraient la contraction de champs et prés…Et des champs il y en avait plus que des maisons au XIII° siècle ! Le village de Bregille voisin ne compte vers 1 300 qu’une petite quinzaine de maisons… Aux Chaprais, il y aurait eu une ou deux villas romaines, c’est-à-dire de fermes dont on retrouve la trace au Moyen âge.
Par la suite et jusqu’à la fin du XVIII° siècle ce territoire des Chaprais est administré par la
Bannière de Battant dont les manuscrits conservés aux archives de la bibliothèque municipale nous font découvrir ce quartier en dehors des remparts de protection de la ville. Les prés, jardins, vergers, vignes dominent. Mais il n’existe pas de village aux Chaprais. Le point de passage obligé est alors la porte de Battant et le pont permet l’accès au centre et ses marchés. Une passerelle en bois existe également du côté de Bregille, mais elle est peu commode et soumise aux caprices de la rivière.
Que représente le quartier des Chaprais dans la ville, au XVIII° siècle ?
Besançon au XVIIIe siècle

Plan relief de Besançon en 1722 (source Mémoirevive)
Evoquons tout d’abord, très brièvement, le contexte général de la ville de Besançon à cette époque.
La ville compte, en 1709 16 929 habitants et 32 180 en 1791.
Comme dans toute la France, à cette époque, on constate une forte mortalité infantile : sur 10 enfants qui naissent, 6 seulement parviennent à l’âge de 10 ans.
La plupart des couples n’atteignent pas leur noce d’argent.
Au 18° la Boucle, à Besançon, se résume, pour l’essentiel à 3 rues : rue des Granges, Grande Rue, rue Saint-Vincent (Mégevand) et quelques « trajes ». Il existe alors de nombreux jardins.
La ville se construit sans plan général d’alignement. Une seule place mérite son nom la place Labourey (aujourd’hui place de la Révolution).
D’après le livre d’Histoire de Besançon, publié sous la direction de l’universitaire Claude Fohlen, 60 hôtels particuliers ou immeubles à loyer sont construits dans la Boucle au 18°. Mme Christiane Roussel, dans son ouvrage « Paysage et architecture d’une ville teintée d’accents ruraux » relève la construction de 30 hôtels de 1730 à 1750.
Sont également construits le théâtre, la Préfecture, l’hôpital, la Madeleine, Saint-Pierre etc.
Signalons également quelques hôtels particuliers emblématiques du 18° :
– hôtel du Petit Marival, (1732) : 2 place Jean Cornet
– hôtel de Courbouzon (1744) : 20 rue Chifflet
– hôtel de Magnoncourt (1776) : 7 rue Charles Nodier
– hôtel Terrier de Santans (1770) : 68 Grande Rue
– hôtel Chifflet (1750) 23 rue des Granges
Les Chaprais au XVIII° siècle

Les Chaprais sur le plan relief de 1722 (source Mémoirevive)
Voici comment Mme Christiane Roussel décrit les habitations en dehors de la Boucle :
Quelques fermes, quelques hameaux, quelques retraites que les bourgeois pouvaient aisément gagner à pied pour y jouir du bon air…Cabordes en pierres sèches disséminées dans les vignes, simples pavillons de jardins, maisons de campagne…
Sur le plan relief datant de 1722, ne figurent que 22 maisons aux Chaprais. On y distingue les moulins aujourd’hui disparus près du monastère Sainte Marie de Battant, dans le vallon de la Mouillère. On voit également nettement la passerelle en bois de Bregille dont l’origine remonte à 1689.
Les Chaprais sont alors rattachés à la paroisse de Bregille. Et pour l’administration du quartier et ses constructions, les Chaprais dépendent de la Bannière de Battant.
Lors du recensement de 1794 Bregille compte 229 habitants et un peu moins aux Chaprais, essentiellement route de Baume, à Fontaine Argent, la Mouillère et Viotte.
A noter la maison de campagne de l’architecte Claude Antoine Colombot datée de 1788. Elle sera détruite en 1814 afin de résister au blocus de la ville par les autrichiens.
Le cadastre de 1831 ne révèle que quelques 69 maisons et bâtiments aux Chaprais
.Il n’y a que 640 habitants en 1836, 1251 en 1861, 2 871 en 1876, 5 818 en 1886
Constructions qui subsistent du 18° siècle :

28 rue de la Cassotte (éléments classés aux monuments historiques)

19/21 rue des Deux Princesses

71 rue de Belfort (Auberge du Cheval Blanc)

maison au coin rue du Château Rose et rue de la Rotonde

maison 19 rue Nicolas Bruand (à droite en entrant dans l’impasse) ; maison non habitée.
Les Chaprais au XIX° siècle

Si la ville de Besançon s’étend en intégrant des villages Bregille, Saint-Ferjeux, etc.) les Chaprais, dès le XIX° siècle, est une banlieue de la ville, avec ses postes d’octrois qui permettent de prélever des taxes sur toutes les marchandises qui pénètrent dans la ville.
Et c’est à partir du XIX° siècle que le quartier va se développer.
Tout d’abord, la construction du pont métallique suspendu, le pont Saint-Pierre (actuel pont de la République), en 1838, facilite la liaison avec la Boucle.
La population des Chaprais en 1836 est seulement de 640 habitants.
L’aménagement du parc Micaud en 1844, puis la construction de la gare Viotte en 1856 vont favoriser le développement et le peuplement du quartier.
Mais c’est surtout à partir de 1873 et la levée des contraintes militaires liées à la construction que les Chaprais se développent. En effet durant la guerre de 1870/71 l’armement et en particulier l’artillerie évolue. Il n’est plus besoin d’imposer des constructions facilement détruites en cas de siège, comme ce fut le cas en 1814 lors du siège de la ville par les autrichiens : le général Marulaz avait alors ordonné la destruction de tout ce qui pouvait gêner la défense de la ville. De ce fait, il ne restait alors que quelques habitations aux Chaprais.
Cette levée des contraintes militaires est une véritable aubaine pour le développement du quartier et la création de ce que l’on appellera bientôt la banlieue.

Vue des Chaprais vers 1905









