Journée nationale du souvenir des héros et victimes de la déportation en France

Dimanche 26 Avril 2026

 

Dessin de Léon Delarbre Mémoire Vive Besançon. Collection MRD.

 

La loi d’Avril 1954, adoptée à l’unanimité par le Parlement, institue une journée du souvenir des héros et des victimes de la déportation de persécution (comme les Juifs) et de la déportation de répression (comme les Résistants) … Soit près de 160.000 personnes, dont 110.000 ne reviendront pas. Par la suite, des journées particulières seront instituées afin de souligner la spécificité de chacune de ces déportations…Mais associer toutes les déportations avait une dimension fraternelle et soulignait que la déportation était l’incarnation même, de la politique guerrière et de l’idéologie raciale du nazisme.

 

Au cours de ces dernières années, le Collectif d’histoire des Chaprais s’est associé et a apporté sa contribution à cette commémoration au titre du devoir de mémoire et du devoir civique (sous la forme de projections de films – d’exposés et d’échanges avec les participants).

 

Conférence en 2025 avec un hommage à Madame Jacqueline Teyssier

 

D’abord parce que ces héros et victimes ne sont pas des êtres perdus dans les limbes puisque nous continuons de penser à eux, et que « le souvenir est la présence de l’invisible » affirme et explique Victor Hugo. Ensuite parce que l’exemple de leur sort et de leur courage nous met en garde et nous arme moralement et intellectuellement afin que le « plus jamais ça » soit respecté, tant « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » (Bertolt Brecht).

Donc, combinons le devoir de mémoire avec devoir de connaître et de comprendre.

En préalable, rappelons les axes principaux du projet nazi pour prendre la mesure de cette journée du souvenir :

*l’extermination des juifs d’Europe par antisémitisme biologique.
*la conquête d’un « espace vital » par germanisation totale ou partielle de certains territoires conquis (comme la Pologne) s’accompagnant de la destruction des nations et des cultures.
*le contrôle de territoires colonisables et transformés en protectorats du IIIe Reich comme la « zone réservée ou interdite » du N.E de la France dont faisait partie la Franche Comté.
*la domination et l’exploitation des autres territoires vaincus et occupés au profit du IIIe Reich, dont la France

 

Ainsi le nazisme est un totalitarisme paroxystique et un impérialisme dévastateur et exacerbé mais est aussi porteur d’une conception du monde dans laquelle la race occupe une place centrale qui se traduira par l’exécution planifiée et de sang-froid de millions d’êtres humains. Pour les nazis, les Juifs sont des « éléments corrupteurs et conspirateurs » (c’est le prolongement exacerbé de l’antisémitisme de la fin du XIX°).

Les historiens avancent 2 théories :

1) les « intentionnalistes » pensent que, dès le début la haine de Hitler pour les Juifs le conduit à la volonté d’extermination.                                                                                                                 

2) les fonctionnalistes » expliquent que, la pulsion meurtrière du régime nazi s’est développée et organisée, par étapes, en lien avec les circonstances historiques.

En résumé : s’agit-il d’un Programme ou d’un Engrenage ?

Que l’on adopte l’une ou l’autre de ces théories, on peut mettre en évidence une radicalisation cumulative au cours des années Trente et de la seconde guerre :

En 1933, les Nazis n’ont pas de plan préétabli mais sont animés par un antisémitisme obsessionnel se traduisant par des mesures s’aggravant continuellement : discrimination-persécution-expulsion.

1.-Les mesures discriminatoires contre les Juifs : boycott des commerces, expropriation des entreprises, interdictions professionnelles, exclusion de la communauté nationale avec papiers d’identité spécifiques et perte des droits civils et politiques, enfin séparation biologique avec les lois de Nuremberg de 1935 interdisant les mariages entre Allemands Juifs et Allemands Aryens.

2.- La persécution dans la vie quotidienne avec les injures (les mots sont parfois les premières balles), mais aussi l’envoi en camp de concentration et les violences qui culminent en novembre 1938 avec le pogrom de « la nuit de cristal » (synagogues brûlées, vitrines brisées, juifs blessés et tués).

3.-L’expulsion et l’encouragement à l’émigration (avec abandon de leurs biens). En 1938, le tiers des Juifs allemands de 1933 sont partis et le mouvement s’accélère en 1939 après les annexions de l’Autriche et de la Bohême… (en octobre 1940, 6000 juifs allemands sont même déportés dans des camps d’internement de la zone non occupée de la France sur décision du Reich allemand.)

Avec la guerre à l’Est, en Pologne d’abord, puis en URSS, où les populations juives sont nombreuses, l’expulsion et l’émigration ne suffisent plus. Il ne s’agit plus seulement de rendre « l’Allemagne vide de Juifs » (« judenfrei ») car plus l’Allemagne remporte de succès militaires et plus le nombre de Juifs s’accroît dans les territoires qu’elle domine. Aussi, l’Allemagne nazie bascule dans la politique d’extermination (le crime de masse) sous 3 formes : la ghettoïsation, les fusillades de masse, les camps d’extermination.

1. La ghettoïsation: les Juifs polonais sont parqués dans des quartiers fermés (ou ghettos) comme celui de Varsovie (qui regroupe 500.000 personnes à lui seul). Les conditions de survie alimentaires et sanitaires y sont lamentables … d’où une mortalité effroyable évaluée à 800.000 morts (pour le total des ghettos) ;

2. Les fusillades de masse: l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941, est conçue comme « une guerre d’anéantissement » par Hitler et une guerre idéologique contre le « judéo-bolchevisme » permettant la conquête d’un espace vital et l’élimination des Juifs. Les fusillades de masse sont réalisées par des commandos spécialisés qui suivent l’avancée de l’armée allemande et qui exécutent systématiquement les Juifs (hommes-femmes-enfants). Ainsi à Babi Yar, près de Kiev, 33.700 juifs sont massacrés en 2 jours de septembre 1941… on évalue à 1,7 million les victimes.

 

 

3. Les camps d’extermination: officiellement, c’est le 20 janvier 1942 que la conférence de Wannsee prend la décision de procéder à l’extermination de tous les Juifs d’Europe sous le nom de « solution finale de la question juive ». En fait, le crime était en préparation dès septembre 1941 avec la création de camps d’extermination, dont celui de Chelmno qui fonctionne avec le gaz d’échappement des camions pour 50/70 personnes, le Zyklon B expérimenté à Auschwitz dès septembre 1941 sur des prisonniers de guerre soviétiques s’imposera ensuite. Une logistique avec des moyens humains et matériels considérables sont mobilisés pour faire fonctionner 4 camps d’extermination (Chelmno-Belzec-Sobibor-Treblinka) et 2 camps mixtes à la fois de concentration et d’extermination (Maïdaneck – Auschwitz) … Auschwitz se composant même de 3 camps : de concentration, de travail (avec l’usine IG Farben) et d’extermination où les gazages massifs commencent mi-juillet 42 et dépasseront 1 million de victimes. Au total, plus de 3 millions d’humains ont été assassinés dans ces camps. Auschwitz devient le symbole de la « Shoah » qui est le plus grand crime de masse de l’histoire, soit 6 millions d’êtres humains assassinés parce qu’ils avaient le tort d’être nés… mais malgré les indications de la Résistance polonaise aux Alliés, il faudra du temps pour saisir la spécificité de ces camps. Ainsi, le poète L. Aragon évoque certes Auschwitz mais sans en prendre toute la mesure en octobre 1943 : « Aux confins de la Pologne, existe une géhenne, dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson : Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! ici, l’on vît, ici l’on meurt à petit feu »…certes pas « à petit feu », puisque 80% meurent à l’arrivée (l’inconcevable, hélas, est concevable !). En 1940, la France abrite 330.000 Juifs, dont la moitié sont des étrangers venus récemment d’Europe de l’Est et renforcés par des réfugiés d’Allemagne (et territoires annexés). La persécution commence dès les débuts de l’Occupation par les Allemands, et dès octobre 1940 avec le premier statut des Juifs par le régime de Vichy. L’année décisive est 1942 avec la décision de « la solution finale » et les gazages massifs à partir de la mi-juillet. Depuis la France, 79 convois achemineront plus de 75.721 Juifs, dont seuls 2.560 survivront. Insistons (par devoir moral envers les victimes et pour aider à la réflexion afin que cela ne se reproduise pas) sur la responsabilité de Vichy avec les accords passés lors de la « rafle du Vel’d’hiv » par lesquels ce sont des policiers français qui arrêtent et surveillent les Juifs dans des camps de transit (comme Drancy ou Compiègne) avant de les remettre aux nazis…tandis que Laval livrera les enfants qui n’étaient pas demandés.(plusieurs milliers de Juifs de la zone non occupée seront alors aussi « livrés »).

 

Dessin Léon Delarbre Mémoire Vive Besançon. Collection MRD.

A ce moment de notre propos, et eu égard à la confusion et à l’incompréhension dans les années qui suivirent la Seconde Guerre, il semble nécessaire d’insister sur la spécificité des deux sortes de camps nazis : les camps de concentration et les camps d’extermination.

 

Dessin Léon Delarbre Mémoire Vive Besançon. Collection MRD

 

* les camps d’extermination concernent les Juifs et les Tsiganes.                                                                            Ils sont localisés sur le territoire de la Pologne occupée (appelé « Gouvernement Général ») et sont au nombre de 6 (Chelmno, Treblinka, Sobibor, Belzec, tandis que Maidanek et Auschwitz sont des camps d’extermination et de concentration). L’extermination des juifs et des tsiganes est la phase ultime de l’idéologie et de la politique raciste du nazisme. Elle résulte d’une radicalisation cumulative : stigmatisation-ségrégation-spoliation-internement-ghettoïsation en Pologne occupée (800.000 victimes) -fusillades de masse lors de l’invasion de l’URSS (1.700.000 assassinats) – décision et organisation de « la solution finale du problème juif » lors de la conférence de Wannsee en janvier 1942, soit l’élimination systématique des juifs d’Europe (3 millions de victimes). Ainsi, en France, avec la participation active de la police de Vichy, des rafles comme celle du « Vel d’Hiv » de juillet 1942 sont organisées. Ensuite des convois (80) acheminent les déportés vers des camps, où après « sélection », la plupart sont gazés et les autres exploités jusqu’à épuisement.

* les camps de concentration concernent la déportation de répression. Ils sont situés sur le territoire du IIIème Reich, c’est-à-dire l’Allemagne et les territoires annexés comme l’Autriche ou l’Alsace. On en compte une douzaine de camps principaux comme Dachau-Buchenwald ou Natzweiler-Struthof, qui se complètent d’une centaine de « Kommandos » (ou camps secondaires). Ce sont des opposants Allemands et des Juifs qui sont internés à partir de 1933, puis des Résistants et otages européens. Sur 1,7 million  déportés de répression, 650.000 ne sont « pas rentrés » car les   détenus sont victimes de la faim, des brutalités et du travail forcé car ils se sont dressés contre le nazisme. C’est un bilan considérable, alors qu’il s’agit surtout d’individus jeunes et costauds entre 20 et 40 ans, dont certains sont victimes du décret « nuit et brouillard » de décembre 1941 qui prévoit la disparition de certains déportés sans laisser de traces… A relever que des gazages ponctuels ont aussi pu être réalisés en camp de concentration comme à Natzweiler et que des juifs ont pu être déportés en camp de concentration en tant que Résistant (cas de Denise Jacob, sœur de Simone Veil, à Ravensbrück).

Le livre mémorial de la déportation de répression  concernant la France indique : 89 390 déportés en 362 « transports » (302 des zones occupées, 34 d’Alsace-Moselle, et les autres du Nord Pas de Calais alors rattaché au commandement de Belgique). Ils sont Résistants-otages-raflés-politiques… Leurs origines : 66 645 (dont 6 550 femmes)  issus des zones occupées ; 6 390 (dont 1074 femmes) de la zone annexée d’Alsace-Lorraine ; 6 741 Républicains espagnols  ayant combattu dans l’armée française et qui sont extraits des « stalags » et internés à partir d’août 1940 ; 7 384 travailleurs (dont 329 femmes) arrêtés au sein du Reich et transportés en camps ou en prisons ; 1 412 recensés dans deux  listes, 793  relevant de la persécution : « demi-juifs ou conjoints d’aryens, tsiganes… Enfin, 25 enfants nés en déportation.

Eléments sur la tragédie en Franche-Comté et à Besançon :

Précisons que l’Histoire est une discipline en construction continue et que lorsqu’elle recourt à des chiffres pour mesurer un événement, ceux-ci sont seulement un ordre de grandeur. Et pourtant, derrière chaque nombre, c’est un être humain particulier avec son histoire, ses projets et sa souffrance. Arlette Lévy (10 ans) de Besançon. Emma Marx (92 ans) de Gray. Moïse Gruda de Besançon qui compose avec 1112 « Frères de misère » ,le premier convoi quittant la France pour Auschwitz et y décède dès le 13 mai 1942… Chacune des victimes mériterait d’être évoquée ! L’ampleur du drame ne le permet guère, sinon à travers certains poèmes tels ceux de Violette Maurice rescapée du « dantesque décor » et « des pays sans aurore ».

En juin 1940, 330.000 Juifs français et étrangers sont présents sur le territoire…77.000 seront déportés…2.600 seulement sont revenus. En Franche-Comté, 1.100 sont déportés, dont plus de 350 dans le Doubs, et 54 à Besançon…Mais ce nombre semble sous-évalué. Il faut évidemment nuancer la situation en zone occupée (dont Besançon) et en zone non occupée, mais la politique de Vichy s’applique sur tout le territoire français. Or Vichy a mis en place une législation privant les Juifs de leurs droits de citoyens. Par cet acte, Vichy trahissait la France qui avait été le premier pays en 1791 à émanciper les Juifs en les reconnaissant citoyens à part entière sur les fondements de l’égalité et de la liberté proclamées par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. De plus, Vichy les plaçait dans une situation de faiblesse en les spoliant de leurs biens (aryanisation) et de leurs emplois (la loi du 3 octobre 1940, premier statut des juifs, les exclut de nombreux métiers dont l’enseignement). En France, au moins 47.000 dossiers d’aryanisation potentielle ont été établis, et le 22/3/1941 le journal « Le Petit Comtois » mentionne 57 affaires bisontines concernées (à relever que l’aryanisation n’a pas déclenché une « vague massive de convoitise » : surmoi moral et avertissement de « La France Libre » que les confiscations ne seraient pas reconnues). Sur Besançon, des « enquêtes » des autorités académiques conduisent à l’exclusion d’enseignants Juifs, dont la bibliothécaire de l’Université et plusieurs professeurs du Lycée L.Pasteur. Ajoutons que de nombreux Juifs étrangers étaient internés par décision de Vichy dans des camps surveillés. Enfin la police et la gendarmerie françaises ont servi de supplétifs aux autorités d’occupation lors des rafles et en assurant la garde des camps dans les 2 zones.(mais il ne s’agit pas d’oublier, à titre d’un exemple, la digne attitude de certains policiers comme Edouard Vigneron à Nancy qui ont pratiqué la désobéissance et protégé les persécutés et pourchassés).                                                                                                                                                           Deux mauvaises raisons à cette politique de Vichy : d’abord un antisémitisme national et xénophobe, ensuite le choix de faire des concessions à l’occupant pour conserver le pouvoir afin d’établir un nouveau régime politique et social (sous le nom de « Révolution nationale »). Vichy est donc complice des Allemands qui en avaient d’ailleurs besoin pour tenir une population de 40 millions d’habitants alors que ses forces étaient limitées pour cela car ils devaient privilégier le front de l’Est.

 

Le charriot de pierres Dessin Léon Delarbre Mémoire Vive Besançon. Collection MRD

 

Les premières rafles par les Allemands en zone Nord ont lieu en mai-août-décembre 1941 : 8500 personnes étant internées dans des camps comme Pithiviers -Beaune la Rollande -Drancy -Compiègne, avant leur transfert vers les futurs « camps de la mort » l’année suivante. Mais l’emballement se produit en 1942 car deux stratégies allemandes vont converger vers la déportation massive de juifs, de communistes et autres Résistants. D’abord le commandement militaire Allemand (MBF), pour faire face aux attentats, veut limiter les représailles d’otages (contrairement à Hitler) car cela dresserait la population française contre l’armée allemande au profit de la déportation (c’est l’efficacité qui le guide et non un pseudo « honneur militaire »). Ensuite, la conférence de Wannsee de janvier 1942 a décidé de « la solution finale » par déportation dans des camps d’extermination. Ainsi, le 6 mai 1942,  à Paris, Heydrich déclare : « la peine de mort a été prononcée à l’encontre de tous les Juifs d’Europe »… et désormais c’est la « SD » (service de sécurité de la SS) qui assure l’essentiel de la répression au lieu du commandement militaire allemand ( ainsi les Résistants et autres opposants connaissent le même pourchasseur avec les camps de concentration).

En Franche-Comté, la première rafle a lieu à Belfort, le 22 février 1942 et concerne 11 Juifs français et étrangers par la Gestapo de Dijon.

A Besançon, 5 rafles concernant 54 personnes sont prouvées, mais le nombre d’arrestations est hélas plus élevé car des arrestations ponctuelles ou opérées par les Allemands échappent au décompte tandis que des documents ont pu disparaître.

La première rafle a lieu le 26 février 1942 par la Feldgendarmerie et concerne 16 Juifs français et étrangers suite à un attentat à Chalon sur Saône. Ces 16 noms sont ceux des personnes qui sont transférées le 5 mars 1942 au camp de Compiègne (suscitant une manifestation de protestation devant la gare de Besançon, sévèrement réprimée par l’occupant). Le 27 mars 1942, ces malheureux formeront avec 1112 « Frères de misère » le premier convoi partant de France pour Auschwitz. En réalité, le nombre d’arrestations est plus large avec des femmes juives arrêtées puis internées à Pithiviers et enfin déportées en juillet. Précisons que cette rafle de février 1942 touche toute la région avec l’arrestation de 80 personnes au moins.

Durant l’été et l’automne 1942, deux rafles ont lieu à Besançon dans un contexte différent puisqu’il s’inscrit dans la mise en place de « la solution finale » avec le début des gazages massifs d’Auschwitz et l’accord de Vichy pour la participation de la police française à l’arrestation, le transfèrement et la garde des camps d’internement (accords Bousquet-Oberg…complétés par l’accord de Laval pour la déportation des enfants : plus de 6000, dont 3557 âgés de moins de 12 ans).

Ainsi le 13 juillet 1942, à Besançon, la police municipale arrête 12 juifs étrangers à partir d’une liste de 21 noms…des membres de la Gestapo surveillant le déroulement des opérations. Douze femmes semble-t-il, dont des épouses de Juifs arrêtés en février…toutes internées à Pithiviers, et toutes décédées à Auschwitz fin juillet.

Ensuite, le 29 octobre 1942, la police municipale arrête 9 juifs étrangers à partir d’une liste de 39 noms, tandis que les instructions allemandes (et l’accord de Laval, chef du gouvernement du régime de Vichy) indiquent bien, sans considération d’âge pour les enfants. Internés à Drancy, ils décèdent à Auschwitz mi-novembre 1942.

La Franche-Comté est dans une situation particulière durant la guerre puisque frontalière de la Suisse et traversée par la ligne de démarcation dans le nord du Jura. Cela incite les Juifs étrangers d’abord, puis Français, à tenter le passage vers la Suisse ou la zone « non-occupée » …et encore plus à partir de l’été 1942. Mais cela s’avère fort dangereux et de nombreuses arrestations (plus d’une centaine) sont réalisées par la douane ou la police allemandes, mais aussi par la police française. (Ainsi, les parents Wellner, originaires d’Anvers, sont arrêtés à Besançon alors qu’ils voulaient prendre l’autocar pour partir vers la Suisse, par Pontarlier…Ils sont déportés par le convoi N°34 en septembre 1942, et décèdent à Auschwitz.

La quatrième rafle sur ordre du « SD » c’est-à-dire la police politique allemande de Dijon est réalisée le 23 octobre 1943 par le service de sûreté du commissariat de Besançon à la demande du Préfet. Elle fait 3 victimes, dont un enfant de 9 ans, à partir d’une liste de 9 noms. (D’autres sources semblent indiquer davantage de victimes).

La cinquième rafle a lieu le 25 février 1944 : 17 Juifs Français et étrangers sont arrêtés par les interventions simultanées mais indépendantes des allemands (11 Juifs) et de la police française (6 Juifs) sur ordre de l’Intendant régional de police suite aux instructions de la Gestapo. Parmi les victimes, Godechot Colette 17 ans, Dreyfus Alfred qui avait été relâché suite à la rafle de février 1942 car infirme, Zivi Blanche dont le mari avait été raflé en février 1942, ou encore Picard Marguerite née dans le Territoire de Belfort…tous Français, arrêtés par des policiers français. Cette rafle de février 1944 à Besançon s’intègre dans une rafle régionale massive pour laquelle le Préfet régional avise les différents Préfets départementaux- les Commissaires de police et les Commandants de gendarmerie, l’avant-veille, avec des listes et des instructions d’arrêter, puis de rassembler, avant de les transférer à Drancy (une note de frais des gendarmes pour le transfert de 116 personnes les 26/27 février 1944 confirme le fait).

L’Intendant de police dresse pour le Préfet régional, le bilan officiel des Juifs arrêtés en février 1944 en Franche-Comté : 145 pour la Haute-Saône, 84 pour le Territoire de Belfort, 82 pour le Doubs et 6 pour le Jura.

 

Plaquette éditée par la LICRA

 

A ce cortège de malheurs, il faut ajouter les victimes et héros de la déportation de répression (dite « politique ») composée de résistants et otages, (dont les 302 victimes de la rafle du 9 avril 1944 à Saint Claude), les fusillés, les tués lors des combats,  les emprisonnés comme opposants (plus de 1800 personnes arrêtées par les « Autorités Allemandes » ont été recensées par l’administration de Vichy sans que cela soit un compte exhaustif. Et Vichy n’est pas inactif puisque pour la seule année 1942, le Préfet du Doubs indique que les autorités françaises ont arrêté 103 personnes pour « activités communistes » et 5 pour « attentats »).                                                                                                                        Ce sont des femmes et des hommes de toutes les conditions sociales ou professionnelles, de tous les âges (mais les moins de 30 ans sont logiquement plus représentés), d’horizons politiques et spirituels variés. La Franche-Comté et le Doubs sont la région et le département de France où la libération fut la plus longue (soit 3 mois de début septembre à fin novembre). Elle a connu aussi les derniers convois de déportation (pas tous mais au moins 7 de fin juin à mi-novembre). Citons :

* celui qui part de Besançon, le 24 juin 1944, pour Dachau essentiellement, qui emporte 244 hommes et 23 femmes. Accusés de Résistance, après avoir été délibérément regroupés à la prison de La Butte, ils ont été livrés par « l’Etat français » de Vichy à l’Occupant. Parmi eux, 1 fille et 1 garçon de 15 ans. Ajoutons que 106 identifiés ne sont « pas rentrés » au minimum.

* celui qui part de Belfort, le 17 novembre 1944, pour Gaggenau, alors que la ville est libérée le 23 novembre 1944.

Le bilan approximatif suivant peut être avancé :

*déportés, 3719 pour la Franche-Comté avec 1753 « non rentrés » dont : Jura 1231 (671 « non rentrés ») ; Doubs 1023 (387 « non rentrés ») ; Haute Saône 890 (448 « non rentrés ») ; Territoire de Belfort 575 (247 non rentrés).

* fusillés, 1018 pour la Franche-Comté dont : Jura 631, Doubs 310 (dont 8 à la prison de La Butte suite à une Cour martiale de Vichy et 100 à La Citadelle par l’Occupant dont le dernier semble Lionel Jouet le 18-8-1944).

* tués au combat, 474 pour la Franche-Comté dont 210 dans le Doubs.

…Encore faut-il évoquer les arrestations très nombreuses et les destructions (particulièrement dans le Jura suite aux 3 opérations de répression des nazis en 1944 avec  plus de1000 bâtiments publics-maisons ou ouvrages détruits).

Quelques figures régionales pour nous réconforter par leur courage – leur force de caractère et leur dignité morale :

*le Docteur Maurice Baigue qui se promène dans les rues de Besançon avec Madame Blum contrainte de porter l’étoile jaune afin d’afficher son hostilité à cette infamie.

* le couple Albert et Germaine Jurquet à la Direction du Collège de Poligny (39) qui ont caché des enfants Juifs et reçu la distinction « Justes parmi les nations ».

* Pierre Fournot, victime à 22 ans de la rafle d’avril 1944, à Poligny, qui relate sa déportation dans son livre « Matricule : 49797 ».

* Henri Fertet et ses camarades de combat du « Groupe Guy Mocquet » fusillé à 16 ans à la Citadelle de Besançon.

* l’abbé Jean Flory, curé de Montbéliard qui fit porter une étoile jaune à Jésus, Marie et Joseph lors de la messe de minuit.

* Marguerite Marchand de Besançon, responsable de la Croix rouge, qui œuvra en faveur des prisonniers de La Butte et organisa le rapatriement de déportés franc-comtois.

Et tant d’autres !

Chaque individu agit (ou non) selon son éducation, ses dispositions, son sens de sa responsabilité et ce surmoi ou conscience de l’intérieur qui conduit au refus et à la révolte. Malgré un terrible bilan, 75% des Juifs de France ont survécu, d’abord grâce aux Juifs eux-mêmes, grâce aux 4200 « Justes parmi les Nations » ensuite. Mais aussi grâce à la participation massive de Français à ce sauvetage. Par-delà la responsabilité totale de l’ « Etat français » de Vichy, constatons la possibilité pour chaque individu d’assumer sa responsabilité d’être humain.

 

« Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre »

Georges Santayana. Ecrivain 1905

 

Conclusion : la liberté est revenue grâce à eux, le vent souffle sur leurs tombes, mais nous ne les oublions pas…telles ces étoiles disparues depuis longtemps mais dont la lumière continue de nous parvenir. La victoire sur le totalitarisme, sur l’impérialisme guerrier et sur le racisme, fut chèrement obtenue mais elle était  inéluctable. Parce que, les dictatures ne comprennent pas cette vérité : « l’irréductible aspiration à la liberté des humains, si elle peut être écrasée, ne peut être anéantie » (Vassili Grosmann). Et Victor Hugo de nous rappeler : « une partie du peuple peut être trompée tout le temps, tout le peuple peut être trompé une partie du temps, mais tout le Peuple ne peut être trompé tout le temps ». Quant à Périclès, il confiait aux Citoyens d’Athènes : « le secret du bonheur, c’est la liberté ! Le secret de la liberté, c’est le courage !» … et l’Education, sans doute, même si Sisyphe doit recommencer à chaque génération.

Francis Rousseau

Collectif Histoire des Chaprais

La cérémonie officielle dimanche matin 26 avril 2026 : le dépôt de gerbes par les autorités. Photo Gilles Champion