
Vue générale de la Cassotte en 2026
Savez-vous que ce Foyer, situé 18 rue de la Cassotte, va fêter ses 70 années d’existence cet automne 2026 ?
Il est ouvert en effet à l’automne 1956 à l’initiative de la congrégation religieuse des Sœurs de la Charité qui, dès le 5 février 1930, crée une association intitulée Œuvre Comtoise de Protection de la Jeune Fille, publiée au J.O. du 26 février 1930 sous le nom de Protection de la jeune fille.



Très vite, les bisontins l’appellent « La Prot’ »
Cette association est reconnue d’utilité publique le 25 avril 1949.
Quelles sont les origines de cette association ? Un document retrouvé dans les archives du Foyer précise :
« L’œuvre a débuté par un comité et un secrétariat, en 1912, pour la formation des jeunes filles, dans le but de les aiguiller sur des pensions honnêtes et un placement sûr, lorsqu’elles seraient obligées de séjourner ou de s’établir en ville pour y gagner leur vie.
En 1920, création (retardée par la guerre de 14-18) de la Maison d’Accueil de Besançon, pour leur offrir sur place une pension en rapport avec leurs gains modestes.
S’y greffent bientôt : bibliothèque – œuvre du trousseau – salle de lecture et de conférences culturelles.
C’est l’extension sur place, 129 Grande Rue, de 26 à 140 pensionnaires qui a contraint l’association d’entreprendre la construction d’un immeuble où l’Œuvre soit chez elle et dans un cadre adapté à ses besoins et aux conditions d’hygiène et de confort indispensable à notre époque.

La Maison Mère

Photo du livre de 1948 sur la Congrégation des Sœurs de la Charité à Besançon
L’équipe active de cette réalisation composée de la Direction de la Maison d’Accueil et des personnalités de la région : Maire de Besançon, Président de la caisse d’allocations familiales, Député, Conseiller général, etc. , homme d’affaires, a bénéficié de l’expérience (30 années), de la bienveillance générale dans la région suscitée par les services déjà rendus et du désintéressement de la Congrégation gérante.
Ces points sont à noter gravement : ils ont en effet permis cette importante réalisation car en 1950, lors de l’achat du terrain réalisé sur avance en compte courant sans intérêt, l’Association ne disposait d’aucun fonds, mais l’Œuvre existait et fonctionnait en pleine vitalité. »

PV du conseil d’administration du 11 décembre 1950 : décision unanime d’achat 18 rue de la Cassotte

Publicité années 50
Il faut comprendre que la question de la protection de la jeune fille a toujours été un sujet de préoccupation de l’église catholique. Que ce soit lorsque la jeune fille voyage, étudie ou travaille.

Journal La Croix du 17 novembre 1933

La Croix 19 juin 1936

Congrès en octobre 1948. Discours du Pape. Retro News.
A Besançon, l’association sollicite la ville pour une subvention de 10 millions de francs. Un vif débat s’engage et le compte-rendu officiel de la délibération du 26 octobre 1953 occupe quelques 4 pages imprimées. Voir : https://memoirevive.besancon.fr/ark:/48565/vbx1h2zn803j/2ed2cbe6-37de-476f-a27c-169bffc302c5

Extrait du débat au conseil municipal du 26 octobre 1953

Second extrait de ce débat du 26 octobre 1953

Décision finale du débat du 26 octobre 1953…la question est renvoyée au débat bugétaire qui suivra…
Effectivement, le conseil municipal aborde de nouveau cette question de subvention lors de son conseil municipal du 21 décembre 1953 : nouveau débat sous la présidence du premier adjoint M. Vauthier. Rappelons que le maire Jean Minjoz est également député et que ses obligations de parlementaire le retiennent souvent à Paris.
Rappelons également que Jean Minjoz est redevenu maire de notre ville à l’occasion des élections municipales du mois d’avril 1953 (il a été battu en 1947 par une liste conduite par Henri Bugnet; ce denier meurt à la suite d’une opération chirurgicale en 1950, et c’est son premier adjoint, Henri Régnier qui est maire de 1950 à 1953).
Le 23 décembre 1953, si le principe d’une subvention est adopté sous forme d’une avance de la prime à la construction versée par la ville, en complément de celle de l’Etat, le montant n’est pas fixé car il convient alors d’obtenir l’information des services de l’Etat en ce qui concerne cette prime. Mais cette dernière peut, en ce qui concerne la ville, être étalée sur 20 ans. Aussi, compte-tenu du besoin en capital afin de construire ce foyer, il est décidé à l’unanimité de la verser en une seule fois.
Et c’est seulement au conseil municipal du 6 juin 1955 que la décision est définitivement prise : la ville verse en une seule fois la somme de 2 340 000 francs.

Conseil municipal du 6 juin 1955
« En 1954 : les fondations
Il ne fallut pas moins de 4 années de démarches, études, projets, contre-projets, discussions et sollicitations de toutes espèces pour voir en automne un embryon de réalisation : les fondations.
1956 :
Deux ans après, exactement à l’automne, aménagement des jeunes dans leur nouveau foyer.
Entre-temps, les plans de financement se sont succédés pour s’ajuster aux circonstances, la réalité remplaçant peu à peu la fiction c’est-à-dire que les espoirs de l’équipe trouvaient leur point d’appui tour à tour sur : la générosité particulière, le soutien des offices publics, les attributions du 1 % logement, les subventions ; celles des Conseils généraux de la région, la Chambre de commerce, les communes du département, le Ministère de la population et le fonctionnement du Foyer.
Les plans résultant de l’équipe, Architecte-Direction du Foyer, répondent à une idée maîtresse : accueillir le plus grand nombre possible de jeunes en restant le plus près possible de l’idéal familial.
De là découlent plusieurs conséquences. . »
La rédactrice de ce texte présente 5 conséquences dont la première concerne l’architecture même du bâtiment conçue par René Tournier (1899-1978) ; la seconde conséquence, la conception de la salle à manger avec des tables rondes ; la troisième conséquence, la conception des chambres, soit individuelles, soit à 3 (les chambres à 5 ou 6 lits sont réservées aux écolières qui ne font qu’y dormir. Les lavabos, les douches, les toilettes sont collectives à chaque étage ) ; quatrième conséquence le partage des jeunes en deux groupes afin d’éviter le plus grand nombre : 120 jeunes travailleuses, 60 écolières futures jeunes travailleuses ; cinquième conséquence, la culture est de mise au foyer avec écoute de la radio, bibliothèque, discothèque, télévision, cours de perfectionnement ménager etc.
En l’état actuel de nos recherches, il n’est pas possible de dater avec exactitude l’arrivée de la première jeune fille au Foyer. Ce doit être au mois de novembre, puisque dans le dernier compte rendu du conseil d’administration du 3 juillet 1956, il y est indiqué que les travaux de construction du foyer doivent être terminés le 1er novembre 1956. Puis comme on peut le lire dans le cahier de délibérations du conseil d’administration, il n’y a pas eu de réunion avant 2 mars 1957. On peut supposer que le CA s’est réuni, d’une manière informelle, à plusieurs reprises pour faire le point des travaux et accueillir les premières résidentes. Les tâches ont certainement été très nombreuses.

La fin du compte-rendu avant celui du 2 mars 1957 et celui du mois de juillet 1956
Comme on peut lire dans le compte rendu du CA du 2 mars 1957, celui-ci se réunit officiellement pour la première fois au nouveau siège du 18 ru de la Cassotte.
Quelle était alors la composition du conseil d’administration ?

Si le Conseil d’administration compte 7 hommes et 6 femmes, les postes de présidente, vice-présidente, secrétaire, trésorière sont occupés par des femmes.
La présidence est assurée depuis plusieurs années déjà par Madame la comtesse de Montrichard du château de Cleron ; elle est assistée de deux vice-présidentes Madame Vve Clouet (son mari était notaire 121 Grande Rue) et Madame A. Richaud (l’épouse du notaire du 44 Grande Rue ?)..
Sœur Claire Élisabeth de la communauté des Sœurs de la Charité, nom de famille Gabrielle Gagey assure le secrétariat Conseil d’administration mais elle ne travaille pas dans ce foyer : elle est par ailleurs directrice de l’école Jeanne d’Arc.
Quant à la trésorière Mademoiselle C. Martinet difficile de dire si elle est la fille d’un horloger du 12 rue de la Cassotte ou si elle est apparentée à un colonel, un médecin, un ingénieur qui portent ce nom.
Madame Jacquemet habite (sous réserve) 131, Rue de Belfort à la Cité Parc
Parmi les hommes membres de ce C.A. on remarque M. A Joubert, député; M. Henri Régnier, fondateur et directeur de l’entreprise de transport de la rue de Belfort, les Monts Jura ; M. Dhoutaut,agent d’affaires, 34, Rue Renan ; M. A. Cart, libraire 33, Rue Mégevand
La composition de ce conseil d’administration reflète la volonté de ses créatrices d’offrir une possibilité de logement dans un cadre familial et sécurisé comme le souhaitent alors les parents. N’oublions pas que dans les années 50 la crise du logement perdure à Besançon comme partout en France. Par ailleurs des patrons d’entreprise ont besoin de loger les jeunes filles qu’ils veulent embaucher.
En juin 1958, un journaliste de l’Est Républicain enquête sur ce foyer. Il est accompagné du photographe Bernard Faille qui réalise de nombreuses photos qui ne sont pas toutes publiées dans l’article rédigé. La famille de ce photographe ayant transmis aux archives municipales l’ensemble des photos qu’il a pu réaliser lors de sa carrière professionnelle, nous pouvons les consulter (comme toutes les autres) sur le site Mémoire Vive Besançon ; ce qui nous permet de documenter notre ville des années 50 aux années 80. Merci Monsieur Faille !

Est Républicain 6 juin 1958
Contentons nous de lire les sous-titres de cet article : On n’a pas l’habitude d’y voir des hommes; Des soeurs de charité au service de la jeunesse; La solitude est pleine d’embûches; Tout est propre et coquet; à 22h extinction des feux; jamais une jeune fille est laissée à la rue.
Le reportage photographique de B. Faille Mémoire Vive Besançon

La Directrice du Foyer?

Des pelouses aujourd’hui remplacées par un parking et des garages

La taille du babyfoot est à la mesure des moyens financiers du foyer

Les résidentes participent à la confection des repas

Les tables ne sont pas rondes mais favorisent les échanges au moment des repas

Les moments de détente

Un studio avec un lit « cosy » très à la mode dans les années 50
Si la restauration est très vite ouverte sur les habitants du quartier, il convient cependant d’acquitter une cotisation de membre de l’association, l’Oeuvre (10 F) pour avoir le droit d’y accéder. 200 personnes adhérentes en bénéficient.
A partir de 1980 et grâce à une subvention d’Etat versée aux 465 Foyers de Jeunes Travailleurs en France, mais également grâce aux subventions de la Caisse d’Allocations Familiales, des travaux de rénovation sont prévus en 4 tranches. L’hébergement devient individuel et une nouvelle chaufferie est installée. La dernière tranche concerne la restauration et les salles d’activités culturelles et de loisirs. Et le 3 mars 1997 ouvre un self service afin de proposer plusieurs plats et un horaire plus flexible ( de 11h30 à 13h) pour déjeuner. Le succès est au rendez-vous. Le menu complet coûte 26 F et le menu simplifié 20 F.
En 2009, les Sœurs quittent définitivement le Foyer. La chapelle est alors désacralisée et sert de bibliothèque avant d’être transformée en salle de réunion et de spectacle. Elle est baptisée, en 2025, du nom de Julie Considerant militante fouriériste inhumée au cimetière des Chaprais
Aujourd’hui, ce foyer accueille plus de garçons que de filles : la majorité à 18 ans (adoptée en 1974) a conduit, quelques années plus tard, à reconsidérer les normes d’admission et le règlement intérieur a été modifié. Toujours géré par l’association de l’Oeuvre de Protection de la Jeune Fille, il est plus connu, maintenant, sous le nom de La Cassotte, ou encore, sur un plan plus administratif Habitat Jeunes La Cassotte.


Malgré les difficultés financières rencontrées ces dernières années, La Cassotte accueille quelques 140 jeunes sur la voie de leur autonomie. Le foyer représente une étape dans leur parcours de vie, étape qui ne consiste pas uniquement à les loger mais à les accompagner. Et ce du fait d’une équipe socio-éducative dédiée. Le modèle des Foyers de Jeunes Travailleurs apparaît à notre époque, comme un modèle fragile sur le plan économique, mais au-delà d’un équilibre financier nécessaire (rappelons que c’est l’Etat qui fixe le prix des loyers), ces foyers sont plus que jamais indispensables afin de permettre à des jeunes de se loger dans des villes où les loyers explosent….
Sources : Retro News, archives municipales, Mémoire Vive Besançon, archives de la Cassotte.
J.C.G.


