LES DOCKS FRANC-COMTOIS

8 Rue des Docks (actuel boulevard Diderot)

 

 

Dans le cadre du cycle des conférences que le Collectif Histoire des Chaprais a organisées sur les grandes entreprises ayant existé aux Chaprais, l’histoire des Docks franc-comtois qui deviennent plus tard la C.E.D.I.S. a été abordée.

 

Conférence le 2 juin 2022

 

Et ce, avec le témoignage capital de Monsieur François Noël Mathey, descendant la famille fondatrice de cette très importante entreprise commerciale.

Lors de cette conférence, nous avons traité très rapidement l’histoire des Docks Franc-Comtois du fait du peu d’archives disponibles, et laissé place importante à l’exposé de M. François Noël Mathey concernant la CEDIS. En effet, en sa qualité de directeur de la branche des hypermarchés MAMOUTH (un des premiers est créé à Besançon, à Châteaufarine), il a rédigé et publié l’histoire de la CEDIS qui se confond grande partie avec son itinéraire professionnel personnel.

Nous remercions vivement Monsieur François Noël Mathey pour la transmission de ces deux documents et l’autorisation qu’il nous a donnée afin de les publier.

Nous aurions pu synthétiser ces 2 documents, mais il nous semble préférable de vous les communiquer dans leur forme d’origine.

 

François Noël Mathey revient sur l’histoire de la CEDIS et sa disparition.

 

Depuis cette conférence, M. Mathey a découvert deux documents importants concernant l’histoire des Docks. L’un sans date ni signature est un document de huit pages que nous reproduisons ci-dessous, agrémenté d’illustrations que nous avons choisies.

L’autre écrit est daté de mai 1959 par Léon Mathey, le frère de Joseph, le créateur de cette société. Il comprend 13 pages et nous le portons également à votre connaissance, sans aucune illustration

 

Premier historique

 

Joseph Mathey

 

Fils d’un épicier en gros qui fut président du tribunal de commerce de Chalon-sur-Saône, Joseph MATHEY, après avoir fait ses études à l’institution Sainte-Marie et son service militaire à la section du Génie à Besançon, se décida à fonder une filiale de la maison paternelle. C’est ainsi qu’il créa une épicerie en gros sous le nom de «MATHEY-JACOB § C° », dont le magasin fut installé aux 13 de la rue Pasteur à Besançon.

C’était en 1901.

En 1903, il épousa Jeanne JOUVENCEAU (1881-1975), fille de Gabriel Jouvenceau, mercier en gros (n° 14 Grande Rue) qui devait être plus tard président de la chambre de commerce de Besançon.

En 1907, ses locaux étant devenus trop étroits, Joseph MATHEY reprit la maison BERTRAND et CHARRIERE 9, Rue d’Anvers, épicerie en gros spécialisée dans la vente des produits coloniaux et y transféra son entrepôt.

À l’époque l’entreprise comptait 17 collaborateurs. La paye globale du mois de juillet 1908, par exemple, était de 2055 Fr. A ce moment, les salaires ne supportaient aucune charge, impôts, sécurité sociale et autres.

 

Annuaire du Doubs 1898 : à l’origine  l’adresse est rue Pasteur

 

Mais Joseph MATHEY se sentait la possibilité de faire mieux. Il décida donc son beau-père, Monsieur JOUVENCEAU, à l’aider à acheter les Docks et Entrepôts de Franche Comté, rue des Docks. Cette société sous-louait des locaux à Monsieur THEVENY, grossiste en faïence et porcelaine, à Monsieur Joliot, épicier en gros, enfin à la douane de Besançon qui y avait un entrepôt réel.

 

Société créée en 1882. Publicité 2 décembre 1882

 

Petit Comtois 3 septembre 1905

 

Bien que ce faisant, Joseph MATHEY franchit un grand pas en avant ; il en restait pas -1 des plus petits épiciers en gros de la place. Toujours à la recherche du progrès, Joseph Mathey était fasciné par l’évolution d’une certaine forme de commerce qui se développait dans la région avec une très grande rapidité. En 1907, les Economiques Bisontins avaient ouvert leur première succursale et les Eco de Châlons-sur-Marne qui avaient un entrepôt à Vesoul, s’avançait dangereusement vers Besançon.

Après bien des réflexions, Joseph MATHEY était pratiquement décidé à créer une maison à succursales. Mais à lui seul, il représentait peu de choses et estimait ne pas avoir les moyens suffisants pour mener à bien une telle entreprise. C’est ainsi qu’il prie des contacts avec ses collègues de la ville, les maisons REGE et SCHECK, JOLIOT, NOBLOT, Veuve STAMPHLER, etc.

 

Publicité dans l’Éclair Comtois le 1er novembre 1924

 

Il était jeune, plein d’ardeur et aussi d’illusions ; il leur proposa de s’unir pour créer une seule maison à succursales pour toute la région. Avec un beau scepticisme les vieux du métier l’éconduire poliment.

Les choses en étaient là lorsqu’au début de 1912, Monsieur Étienne LOYENET, le plus ardent des trois voyageurs de la maison «MATHEY-JACOB § C° », revint absolument désespéré de sa tournée dans la région de Lisle sur le Doubs. Il avait vu notamment dans cette ville un de ses excellents clients qui lui avaient déclaré ne pouvoir rien commander n’ayant lui-même rien vendu depuis que les ECO avait, 15 jours plus tôt, ouvert leur succursale.

 

Publicité 31 décembre 1907. Les Économiques sont créés en 1907, 5 ans avant les Docks

 

Ce fut la goutte qui fit déborder le vase ou l’étincelle qui mit tout en mouvement. Joseph MATHEY décida, avec ses propres moyens, de démarrer seule puisqu’elle ne pouvait rallier d’autres collègues et c’est ainsi que les Docks Franc-Comtois virent le jour le 12 septembre 1912.

 

Annonce Petit Comtois 31 décembre 1912 : les premières succursales

 

50 ans plus tard, les 3 fils de Joseph Mathey fêtent les 50 ans des Docks : de gauche à droite Henri, Jean et Gabriel. Photo B. Faille Mémoire Vive Besançon

 

Joseph Mathey réunit ses trois voyageurs qui étaient la cheville ouvrière de sa Maison, leur fit part de sa décision, leur demanda de rester chez lui, leur donnant toutefois la possibilité de reprendre leur liberté s’ils le désiraient. Deux d’entre eux ne crurent pas dans la solution proposée et se retirèrent. Un seul resta, Monsieur Étienne Loyenet, qui après avoir était longtemps l’Inspecteur de la Maison, en fut au décès de Joseph Mathey l’acheteur, puis le fondé de pouvoir, pour terminer enfin sa carrière comme administrateur après plus de 50 ans de travail effectif. Il prit sa retraite en 1955.

Puis il offrit à son beau-frère Paul GALLAND, qui était devenu l’associé de son père dans l’entreprise familiale de Chalon-sur-Saône, de prendre avec lui son fils aîné Marcel alors tout frais émoulu de l’Ecole Supérieure de Commerce de Lyon.

Il se rendit également à Reims, berceau des maisons à succursales, engagea quelques spécialistes, notamment pour la mercerie, la comptabilité, etc. À cette époque les DOCKS comptaient 30 chefs de service et employés dans les salaires au mois de décembre 1912 furent de 3836 Fr. et les gratifications de 417 Fr.

Ce furent Marcel GALLAND et Étienne LOYENET qui, jusqu’à la guerre de 1914, ouvrir les 50 premières succursales. C’était un travail gigantesque car il fallait en même temps rechercher et acheter des fonds de commerce, aménager les magasins, les approvisionner ; mais eux-mêmes et Joseph MATHEY étaient jeunes et rien ne les arrêtèrent. Une seule chose met fin provisoirement à leur activité : la mobilisation d’août 1914. Chacun partit sur le front et la jeune maison fut mise en sommeil jusqu’au retour de ses fondateurs.

Marcel GALLAND fut fait prisonnier tout au début de la guerre et après quatre ans de captivité retrouve son oncle Joseph MATHEY ainsi qu’Étienne LOYENET, tous trois ayant heureusement survécu à cet immense drame.

En 1918, la tourmente passée, tout était à reprendre sinon recommencer. Mais prévoyant une extension importante, Joseph MATHEY, pendant la guerre, avait acheté aux SAILLARD leur Tuilerie et leur propriété qui joignait les Docks au nord-est.

 

Photo de M. Michel Prost de Chantrans : une tuile sur son hangar agricole

 

En 1920, le chai, qui commençait à prendre une certaine importance, fut transféré dans cette ancienne tuilerie ou fut installé, cette même année, la première emplisseuse – boucheuse – étiqueteuse automatique de Besançon. C’était une machine allemande qui fonctionna pendant de nombreuses années.

Par ailleurs, les délais de transport par fer s’avérant trop long, surtout dans les années qui suivirent la guerre, les Docks furent les premiers employés les camions pour livrer leurs succursales. Il s’agissait de camions PIERCE et LIBERTY, surplus américains, à bandage en caoutchouc, ce qui représentait le summum de la souplesse pour l’époque.

 

Camions US Pierce sur le front en France

 

Camion US Liberty Photo US Signal national archives

 

Les Docks Franc-Comtois ayant besoin de s’étendre, invitèrent leur locataire, Monsieur THEVENY, grossiste en faïence et porcelaine, à leur rendre les locaux qu’il occupait. Celui-ci ne désirant pas continuer son commerce, ferma purement et simplement sa maison.

 

Pub 1920

 

Pub 1921

 

En 1924, l’inflation engendrait une hausse considérable des prix. La jeune maison qui était en pleine extension, en subissait durement le contrecoup. Mais Joseph MATHEY fit front à ces difficultés, espérant qu’elles ne seraient que passagères.

En 1925 les DOCKS comptaient 125 succursales dont un grand nombre faisaient des tournées avec cheval et voiture pour approvisionner les localités avoisinantes.

 

Au coin de la rue de Belfort et de la rue Charles Fourier

 

Pendant ces quelques années la politique de la maison toujours valable, S’était précisée :

– les DOCKS s’interdisaient de procéder à quelque fabrication que ce soit, alors que certains de leurs collègues possédaient des usines de chocolat, de pâtes, de savon, etc.

– ils ne vendaient que des produits de marque alors que quantité de sociétés vendait des produits présentés sous les emballages qui leur étaient personnels.

– Les DOCKS achetaient toujours au niveau le plus proche de la production. Avant-guerre ils importaient directement des cafés du Brésil, Haïti, Nicaragua, etc., du saumon du Canada, du prix, des asperges, des légumes et des fruits en boîte des États-Unis, des crabes du Japon, des lentilles de Russie, des haricots de Roumanie, etc..

– Enfin, alors que certaines maisons à succursales se flattaient du nombre important de leurs succursales, les DOCKS, eux, n’ouvraient qu’un nombre limité de magasins dans un rayon de 100 km au maximum ; aussi bien pour améliorer les gains de leurs gérants que pour réaliser un meilleur rendement de leurs succursales, ils s’ingéniaient à travailler en profondeur et à obtenir chaque succursale un chiffre de vente optima.

– Signalons enfin que les DOCKS organisaient leur entrepôt de façon moderne avec les moyens de manutention qui facilitent le travail du personnel et permettent un meilleur rendement.

– Leur politique commerciale était de vendre de beaux produits, de bonne qualité, à des prix très étudiés.

 

Docks à Rivotte

 

Les DOCKS, qui avaient besoin de locaux, avaient demandé à M. Joliot, épicier en gros, qui en occupait encore une partie, de rechercher un autre emplacement. Celui-ci s’installa en 1928 dans des constructions neuves, libérant ainsi une place dans laquelle fut installée l’épicerie de détail des DOCKS.

 

Docks rue Bersot

 

Sentant la concurrence des maisons à succursales se rapprocher dangereusement de Besançon, le fondateur aidé de son frère Léon MATHEY, cria toutes pièces, fin 1926, en Bourgogne, une société semblable aux Docks Franc-Comtois, appelée Docks Bourguignons. Par un curieux hasard, l’entrepôt fut installé, comme à Besançon, dans l’ancien entrepôt des Docks & Entrepôts de Bourgogne qui abritaient également la Société Vinicole Dijonnaise. Son démarrage fut activement poussé et deux ans plus tard cette jeune maison comprenait 30 succursales. C’est à ce moment que mourut Joseph Mathey. Il avait 52 ans.

 

Décès Joseph Mathey 5 mai 1930

 

Son neveu, Marcel GALLAND, pris la direction des Docks Franc-Comtois à Besançon, et son frère Léon MATHEY des Docks Bourguignons à Dijon. Et Étienne Loyenet prit le service des achats qui avaient été jusqu’alors assurés par Joseph Mathey.

La question de ces deux affaires jumelles, isolément trop lourde, leur fusion fut réalisée le 5 mai 1931 sous le nom de « Docks Franc-Comtois et Bourguignons Réunis ».

 

Le siège, rue des Docks

 

Gabriel MATHEY, fils aîné du fondateur, pris la direction du service succursales en 1933. Jean MATHEY, son cadet, rentre aux Docks en 1935 et assure la direction du service mercerie.

 

Les 3 frères Mathey dans les années 60 : au centre l’aîné, Gabriel, à sa gauche Jean, à sa droite debout Henri. Photo B. Faille Mémoire Vive

 

En 1936, l’Entrepôt Réel des Douanes, qui était locataire des Docks § Entrepôts de Franche Comté, eux-mêmes locataires des Docks Franc-Comtois, fut transféré au Port Fluvial.

Le 17 novembre 1939, par l’absorption de la Société Vinicole Dijonnaise dans les locaux étaient occupés par les Docks Bourguignons, la société pris le nom définitif des « Docks Franc-Comtois et Bourguignons ».

En 1939 c’était à nouveau la mobilisation. Marcel GALLAND, Gabriel et Jean MATHEY furent mobilisés. Léon MATHEY et Étienne LOYENET restèrent seuls aux leviers de commande, le premier à Dijon, le second à Besançon.

Puis ce fut l’invasion. Marcel GALLAND décide alors de transmettre la direction de l’entreprise entre les mains de ses jeunes cousins qui se retrouvèrent seuls à Besançon en compagnie d’Étienne LOYENET à la tête de la maison en août 1940, dans des circonstances particulièrement tragiques.

Besançon était en zone interdite ainsi que la totalité des succursales du Doubs, de la Haute Saône, comptoir de Belfort et la majorité de celle du Jura ; Dijon en zone occupée un ainsi que la totalité des succursales la Côte-d’Or et la majorité de celles de la Saône-et-Loire. Enfin, une quinzaine de succursales du Jura et de la Saône-et-Loire se trouvaient en zone libre, il était impossible de les ravitailler. La circulation des personnes impossible entre les différentes zones pendant de nombreux mois, fut par la suite quelque peu faciliter ; ainsi Gabriel, Jean Mathey et Monsieur Loyenet dirigèrent entrepôt de Besançon et Léon Mathey, qui est intéressé à son poste, assura la direction de l’entrepôt de Dijon.

En 1943, les Docks Franc-Comtois rachetèrent les 120 succursales de la Société Bourguignonne d’Approvisionnement de Dijon, ce qui porta à 180 le nombre des succursales du secteur Bourguignons.

En 1944, Léon Mathey prit sa retraite.

En 1945, les deux frères Mathey eurent le plaisir de voir revenir leur frère Henri qui avait glorieusement combattu comme pilote de chasse dans la Royal Air Force. Celui-ci, âgé de 20 ans, alors élève à l’Ecole Supérieure de Commerce de Dijon, avait gagné l’Angleterre en passant par l’Espagne et le Portugal où il fut interné.

 

Henri Mathey pilote dans la RAF

 

Après avoir suivi une école de pilotes en Angleterre, se perfectionne au Canada et revint en Angleterre, basé à Biggin-Hill. Il fut versé à l’escadrille Alsace où il accomplit 134 missions pourtant ainsi son total d’heures de vol de guerre à 251 heures. Il était sous-lieutenant lorsque son chasseur fut abattu par la DCA allemande en 1944 au-dessus d’Arnhem. Blessé, il s’évada, fut repris, et après un interrogatoire qui dura 20 jours, envoyé dans un camp en Prusse orientale d’où il s’évada nouveau lors de l’avance russe pour regagner les lignes américaines aux environs de Nuremberg.

Ces exploits lui valurent d’être décorés de la Légion d’honneur, de la médaille de la Résistance de la médaille des Evadés.

Qui aurait pu prévoir cette brillante carrière dans la RAF lorsqu’on sait qu’Henri Mathey avait été ajourné au conseil de révision pour faiblesse constitutionnelle, en 1939, alors que nous étions en pleine guerre !…

L’équipe actuelle se trouve au complet pour faire face aux nouveaux problèmes d’après-guerre qui s’offrirent à elle.

Avec la fin de la guerre, en effet, les modalités commerciales furent l’objet de transformations importantes. Alors que jusqu’à 1940 le commerçant devaient être un bon acheteur et un bon vendeur, le commerçant de 1950 dut  devenir encore un bon organisateur, casser la présentation des magasins et les formules commerciales étaient restées particulièrement stables de 1912 1940, elles subirent à partir de 1948 une très fortes évolution et les Docks se devaient naturellement de rester à la tête du progrès.

C’est ainsi qu’ils furent les premiers à réaliser en 1948, à la suite d’un voyage de Jean Mathey aux États-Unis, les magasins à rayonnages visuels et bas, avec peinture claire. Ils furent également les premiers à réaliser en 1953 les magasins « open front », puis les magasins polychromes en 1955 ; enfin, la même année, les libres-services de grandes dimensions.

De 1912 à 1940 toute la publicité des DOCKS reposa sur la valeur de sa prime. Depuis 1948 il fallut, pour attirer la clientèle, trouver d’autres formules et des formules très variées. La prime, interdite, fut remplacée notamment par de très nombreuses ventes réclames.

 

 

L’évolution ne se  porta pas seulement sur la présentation des magasins, des marchandises, mais également sur l’étendue de la gamme des articles offerts à la clientèle. Et c’est ainsi que les produits frais prirent une importance de plus en plus considérable, ce qui obligea les Docks Franc-Comtois installés des vitrines frigorifiques dans toute leurs succursales.

 

Pub 1929

 

Publicité 1954

 

Enfin, les Docks Franc-Comtois reprirent entrepôt de fruits et légumes à Villers-les-Pots, qui effectue maintenant le ravitaillement de leurs succursales en tous produits périssables : fruits et légumes, beurre, œufs, fromages, charcuteries, poissons, pâtisserie fraîche, etc.

 

Pub 1959

 

Pub 1959

 

Les livraisons de succursales de campagne se font toutes les deux nuits, les succursales de ville étant livrées toutes les nuits. Ainsi, chaque nuit, quelles que soient les conditions atmosphériques, les 17 camions parcourent plus de 3500 km, assurant aux succursales de campagne mêmes les plus reculées, un approvisionnement en denrées particulièrement fraîches.

Cette évolution du commerce entraîne fatalement une amélioration des moyens de production.

Et parallèlement les Docks, se tenant là aussi à l’avant-garde du progrès, modernisent leurs entrepôts et les dotèrent d’un matériel dont quelques chiffres peuvent donner une idée : l’ensemble des installations qui couvrent tant à Besançon qu’à Dijon, 61 000 m², sont dotées, pour le chai, de deux cuveries comprenant 195 cuves dans total de plus de 60 000 hectos de cuves frigorifiques. Toutes ces cuves sont réunies entre elles par plus de 3 km de canalisations de cuivre rouge, dont certaines d’un diamètre de 100 mm, avec de nombreux tableaux de répartition. Les Docks traitent ainsi plus de 180 000 hectos, soit 18 millions de litres de vin par an.

La mise en bouteilles est effectuée par sept groupes qui lavent, stérilisent, emplissent, bouchent, étiquettent automatiquement. Le plus important réalise une production de 8000 litres à l’heure ; il est pourvu d’une décaisseuse unique dans la région qui prend en une seule fois, 20 litres du casier, pour les déposer sur la chaîne alimentant la laveuse.

39 élévateurs, descenseurs permettent une manipulation quasi automatique des casiers.

Un appareil fait automatiquement le tri entre les casiers contenant des litres de vin courant et ce contenant d’autres sortes de litres ou bouteilles.

Les services épicerie et mercerie, bien que moins mécanisés, sont néanmoins dotés de monte-charges, de descenseurs et de gerbeurs. La totalité de la manutention se fait sur palettes.

La comptabilité ne le cède en rien au modernisme.

En 1935, les cartes perforées furent introduites et dernièrement les Docks ont installé un ordinateur IBM 1401 à disques, pourvu d’une mémoire de 10 millions de caractères, qui doit faire toute leur comptabilité succursales, calcul des taxes, une partie de la comptabilité générale, le paiement des salaires, etc., de très nombreuses statistiques.

Enfin les articles d’épicerie, de chai et de mercerie sont livrés à chaque succursale hebdomadairement au moyen de 60 véhicules, non compris ce qui assure le ravitaillement en denrées périssables.

Les succursales ravitaillent à leur tour 1627 communes situées dans les départements du Doubs, du territoire de Belfort, de la Haute Saône, du Jura, de la Côte-d’Or, et de la Saône-et-Loire, au moyen de 182 camionnettes qui parcourent actuellement 35 fois le tour de notre globe.

Plus de 500 cadres, agents de maîtrise, chefs de service, employés, ouvriers et 400 gérants, et près de deux 200 vendeurs et vendeuses sont au service des clients de la Maison. Car, en définitive, le grand patron des Docks, ce ne sont pas les frères Mathey, mais ce sont les clients. C’est vers leur satisfaction que convergent les efforts de cet énorme ensemble. Marchant comme un véritable mouvement d’horlogerie, animé d’un esprit d’équipe remarquable, chacun dans sa sphère, mais tout en œuvre pour qu’en fin de compte le client satisfait revienne à la succursale en se faisant à son tour un propagandiste des Docks.

 

Jeu de l’oie de la ville de Besançon 1931 offert par les charbonnages Marquis : l’arrivée gagnante aux Docks Mémoire Vive Besançon

Sources: outre les 2 documents historiques familiaux évoqués et le livre de François-Noël Matey « Itinéraire d’un fils de famille », archives municipales, Mémoire Vive Besançon, Est Républicain, Petit Comtois, Eclair Comtois, le Comtois.

J.C.G.

 

Document complémentaire :

Historique de la maison MATHEY-JACOB (édité en mai 1959)