Introduction
Nous l’avons signalé dans notre texte concernant l’histoire des Chaprais, ce quartier de Besançon qualifié de « banlieue » ne s’est réellement développé qu’à partir de la seconde moitié du XIX° siècle. Les plans de la ville comme celui de 1786 montrent que les Chaprais sont peu peuplés et l’on ne compte alors que trois hameaux principaux : la route de Baume la Mouillère et les Chaprais.

Plan de la ville en 1786 Mémoirevive Besançon
M. Fabrice Petetin a particulièrement étudié cette question dans son mémoire de maîtrise en histoire contemporaine (en 2001), intitulé : « Histoire des Chaprais au XIX° siècle : transformation d’un hameau de maraîchers en quartier urbain ». Avec son autorisation en voici des extraits.
D’après le Bulletin de la Société Syndicale pour l’amélioration des Chaprais, il serait à l’origine du quartier.

En effet tout serait parti de : « deux auberges très achalandées dont l’une avait pour enseigne « A la Cloche » et l’autre « Au Grand Saint Denis ». Ces deux hôtelleries, fréquentées par le roulage, ont été comme un premier noyau autour duquel quelques maisons d’artisans se sont peu à peu agglomérées. […]Comme les portes de la ville, fermées à onze heures du soir, ne s’ouvraient qu’à quatre heures du matin en toutes saisons, les rouliers, une fois leur chargement terminé, préféraient coucher en dehors des murs, afin de pouvoir se mettre en route dès l’aube ».
En termes humains c’est un hameau important, recensé indépendamment des autres dès 1794. A cette époque on compte110 habitants, soit 37% de la population totale des Chaprais.
Le second hameau, beaucoup plus petit, est né d’un moulin installé sur le ruisseau de la Mouillère, auquel il doit son nom.

C’est l’emplacement d’une brasserie dont l’annuaire statistique du Doubs de 1812 nous dit qu’elle est la « plus considérable du département ». Par extension, la Mouillère désigne l’ensemble du territoire situé le long du Doubs et au pied de Bregille. Ce n’est qu’en 1851 qu’il est recensé individuellement exception faite de 1836 où il compte à peine 57 habitants ce qui représente moins de 9% de l’ensemble.
Le dernier, les Chaprais, est un ensemble de fermes plus ou moins isolées et de villas de campagne pour riches bisontins comme celle que l’on peut encore voir à l’angle de la rue de la Cassotte et de celle des Deux Princesses.

Ce hameau est constitué de plusieurs lieux-dits. Le principal, la « Cloche » se trouve au croisement des futures rues de la Cassotte et des Deux Princesses. Un peu plus loin, un autre groupe de maisons se situe au Sud de la rue des Deux Princesses, le long de l’actuelle rue de la Cassotte. Au Pater (le long de la future rue du même nom) se situe le dernier ensemble, et le plus petit, à peine trois bâtisses. D’autres maisons sont dispersées ci et là.
Ce hameau doit son expansion au développement de la culture maraîchère à la fin du XVIII ème siècle. Le vallon de Fontaine Argent, avec son ruisseau qui ne tarit jamais et ses pentes douces bien orientées, constituait un terrain idéal pour ce type de cultures. C’est ainsi que les jardins ont petit à petit remplacé les céréales et surtout le vignoble. Mais à la différence de ce dernier, le jardinage exige une attention de tous les instants. Il n’était donc plus possible de vivre loin des Chaprais, derrière les remparts ; il a donc fallu s’installer à proximité des cultures. En 1794 on compte 184 habitants (y compris les vingt ou trente d’habitants de la Mouillère) soit 63 % de la population totale. »
Si le premier recensement de cette banlieue date de 1794, il faudra attendre 1836 pour que le second soit organisé. Soit une période de 42 ans durant laquelle la population du quartier n’est pas recensée.
De plus ces recensements sont difficilement exploitables en ce qui concerne la route de Baume (aujourd’hui rue de Belfort) car cette route baptisée royale ou impériale selon les époques, dépasse les limites du quartier des Chaprais et se prolonge dans le quartier de Palente. Aujourd’hui, les limites administratives des Chaprais sont celles du pont qui enjambe la voie de chemin de fer. Mais au XIX° siècle, le recensement du peuplement le long de cette route n’avait de limites que celles de la route conduisant hors la ville. Il faut donc attendre l’intégration des Chaprais à la ville, dans la limite de ses octrois, à la fin du XIX°, pour que le recensement soit plus précis.



