
En 1886, Charles Eugène SAVOYE (représentant à Besançon la 4° génération d’une famille horlogère d’origine suisse)) possède aux Chaprais une vaste propriété qui est située entre la rue de Belfort et la voie de chemin de fer.
Il a divisé cette parcelle en deux parties au moyen d’une rue de 9 mètres de large pour prévoir de futurs terrains à bâtir. Cette rue était ouverte à la circulation depuis plusieurs années.
Monsieur SAVOYE et les divers propriétaires voisins proposent à la ville de Besançon de lui abandonner gratuitement cette rue en l’état où elle se trouve mais à condition que la ville s’engage sur les 3 conditions suivantes :
- 1- ère condition : que la rue soit pourvue de 4 becs de gaz
- 2 -ème condition : que la redevance annuelle de 50 Francs qui est payée à la ville pour les eaux de la borne fontaine établie au bord de cette rue soit abandonnée.
- 3 -ème condition : être dispensé pendant 5 ans de l’obligation de clôturer les terrains traversés par cette rue.
Après avoir étudié et discuté l’offre de M. SAVOYE et consorts, la commission de voirie accepte l’offre dans les conditions suivantes :
- 1 ère condition : La ville fera éclairée la rue au gaz aussitôt que ses ressources lui permettront.
- 2 ème condition : L’indemnité de 50 Francs payée pour la borne fontaine sera supprimée à la date du 1 er janvier 1887
- 3 ème condition : En ce qui concerne la dispense de clôturer les futures propriétés bordant la nouvelle rue, la commission estime qu’il ne faut pas faire exception aux prescriptions du règlement de voirie, mais user de tolérance envers les riverains de la nouvelle voie, dans la limite du possible.
La commission de voirie propose de désigner cette rue sous le nom de Charles Fourier afin de se souvenir d’un compatriote célèbre.
Le rapport est signé par Henri BAIGUE et daté du 11 août 1886.
Ensuite le Conseil adopte les conditions de sa commission.
Par lettre du 5 décembre 1886, M SAVOYE demande que le nom de Paul BERT soit donné à la rue qu’il a cédée récemment la ville.
Sur la proposition de la Commission d’Administration, le Conseil à l’unanimité déclare maintenir le nom de Charles FOURIER déjà attribué à cette voie par une déclaration du 11 août 1886 approuvée par décret présidentiel du 14 janvier 1887.

Délibération conseil municipal du 15 février 1887

Beaucoup plus tard, en 1931, le nom de Paul BERT sera donné à une autre rue du quartier des Chaprais.

Charles Fourier 1772-1837, Philosophe Utopiste

Paul BERT 1833-1886, Médecin physiologiste et homme politique
Le groupe de généalogie des cheminots retraités a comptabilisé, sur les registres de recensement de 1911, quelques 23 ménages de cheminots employés au PLM, ce qui représente 98 personnes pour une population recensée s’élevant à 231 personnes. Donc une forte présence de cheminots mais qui ne représente pas la majorité de la population de cette rue. Et si en 1926 leur nombre augmente légèrement (26 ménages), il diminue en 1946 (16 ménages) alors que la compagnie PLM a été nationalisée en 1938. Ce nombre se stabilise dans les années 60.
Le logement social y a trouvé très vite sa place sous forme de petites maisons mitoyennes aux côtés de villas plus bourgeoises.

Google vew aérienne. En haut 8 maisons mitoyennes dos à dos comme une « barre ». C’est la « cité ouvrière ». En bas à droite les 4 pavillons avec les mêmes toits.
La société le Foyer Familial se constitue en 1907 et elle construit aussitôt 4 pavillons avec chacun deux parties mitoyennes. Ils sont mis en location dès 1908.

Eclair Comtois 13 octobre 1908

Des précisions sont données dès le 15 octobre 1908

Les 4 pavillons semblables : chacun offre, à l’origine, 2 logements mitoyens.
Ces 8 maisons sous forme de 4 pavillons possèdent, à l’origine, chacune leur buanderie. 8 buanderies pour 8 maisons mitoyennes dans ces 4 pavillons.
Ce qui n’est pas le cas des autres habitats groupés : la « cité ouvrière » du 43 dispose alors d’une buanderie commune. De même les 10 maisons mitoyennes du bas de la rue.
Lors des débats du conseil municipal au mois de mars 1914, la « barre » des 8 maisons du 43 de la rue est qualifiée de « cité ouvrière ».

Les propriétaires sont autorisées à se brancher sur la conduite d’eau qui traverse leurs caves. Cette tolérance du conseil ne va pas jusqu’à leur fournir l’eau gratuitement pour leur buanderie commune. Cette buanderie existe toujours mais a été transformée, comme les 8 logements qui ont été parfois réunis.

Un côté du 43 rue Charles Fourier

L’autre côté du 43 rue Charles Fourier

Les Charmettes au 12 rue Charles Fourier dans les années 20

Les Charmettes cent ans plus tard
Autre particularité de cette rue, la construction d’une buanderie commune pour laver le linge, comme pour les 8 habitations de la « cité ouvrière » du n° 43. Celle-ci, à la différence de celle du °43 est toujours visible.

La buanderie dans le bas de la rue Charles Fourier pour les maisons du bas

Les 10 maisons mitoyennes du bas
Il a souvent été dit que le côté gauche (numéros impairs) de la rue Charles Fourier était dédié au logement des cheminots de la compagnie PLM, alors que le côté droit (numéros pairs) qui compte de nombreuses villas comme Les Charmettes, ces villas étaient celles des cadres de la compagnie du PLM. L’examen des habitants de cette rue à partir de l’annuaire Fournier de 1935 ne permet pas de vérifier cette assertion. Par exemple, au n° 6 habite l’industriel Beckerich qui possède, avenue Carnot, une fabrique d’ustensiles de ménage qui comptemoins ‘une vingtaine de salariés.

Lettre de 1914 : entête

Publicité Almanach comtois 1907

Son domicile est 6 rue Charles Fourier
Un commerce, une succursale des Docks Franc-comtois, est installée dans les années 1910, au coin de l’immeuble qui fait l’angle avec la rue de Belfort, immeuble datée de 1889.


La succursale des Docks a le n°16. Les Docks Franc-Comtois ont été créés en 1912. Le tramway passe alors devant la boutique. Remarquez l’éclairage public avec bec de gaz.
En 1953, le magasin est modernisé et son inauguration est réalisée en présence des dirigeants de la commune libre des Chaprais dont le célèbre Daniel’s ou encore, de son vrai nom, Marcel Thevenot (voir son portrait sur ce site).

Le Comtois du 16 novembre 1953. Des bons d’achat sont distribués aux personnes âgées du quartier et, pour les clients fidèles, un bon pour une litre de vin rouge !
Sources : archives municipales et départementales ; cheminots retraités ; Mémoire Vive Besançon.
Christian Buron


