

D’où vient ce patronyme que les moins de vingt ans peuvent ne pas connaître ?
Et moi en ce temps-là,
J’étais rue Isenbart
Du haut de mes quinze ans
J’y rejoignais mon Père et …………
Contrairement à cette introduction « poétique », la vie à la Gangloff n’a jamais été ode joyeuse, mais source de labeur, de sueur, de pleurs parfois mais toujours avec cet esprit familial qui fait que six décennies après sa fermeture, tous les Bisontins ne parlent encore, au 21e siècle, que de Gangloff.
«La Gangloff, la Gangloff, ça voulait dire qu’on est heureux»
Étymologie Gangloff
Fréquent en Alsace-Lorraine, c’est un nom de personne d’origine germanique, Gangilwulf ou Gangwulf (gang = marche, chemin + wulf = loup), popularisé par saint Gengulphe, un personnage qui supporta avec une grande patience son épouse infidèle, tout en essayant de la remettre dans le droit chemin. Il préféra quitter la cour du duc de Bourgogne et se retirer dans ses terres. Elle le fit assassiner par son amant alors qu’il dormait dans son château près d’Avallon, vers l’an 760. Variantes : Gangolf, Gangolff, Gengoul, Gengoult, Gengout, Gengoux (France du nord et de l’est).
Ce nom est usité par 4545 familles et donc relativement peu courant comparé au 7 735 000 porteurs Martin par exemple.
Les « Célébrités » GANGLOFF
Porteurs de ce patronyme, nous trouvons sans classement hiérarchique :
- Léopold Hyacinthe Gangloff compositeur et chef d’orchestre Français. Il est le frère du dessinateur et illustrateur Charles Gangloff (1870-1941).
- Raphaël Marie Hyacinthe Gangloff dit Charles Gangloff est un dessinateur illustrateur Français né en 1870 et frère du précédent.
- Bernard Gangloff est un jeune résistant Français mort de ses blessures à la suite d’une attaque contre la Wehrmacht en 1944.
- François Lucien Gangloff, est un gymnaste Français licencié à Strasbourg vers 1900.
- Gangloff est un carrossier Suisse attaché à la marque Bugatti
- Gangloff Père et fils, brasseurs en Dordogne et Besançon et c’est d’eux dont il sera question dans les pages suivantes.
La famille GANGLOFF trouve ses origines entre le département de la Moselle et l’Allemagne.
Gangloff Nicolas, premier recensé dans cette étude, naît vers 1630 dans la région de Cadenbronn en Moselle. Sa descendance par son fils François et petit-fils Johannes marié à Bour Catherine générera une fratrie de huit enfants dont Johann Christophos l’arrière arrière grand-père du brasseur bisontin.
Ni l’arrière grand-père Johannes Christopher, ni le grand-père Nicolas né en Allemagne en 1775 n’ont une quelconque activité brassicole.
Il nous faudra aborder la situation de son père Jean né en 1829 à Farébersviller en Moselle pour découvrir son activité de brasseur en Dordogne.
Pourquoi la Dordogne pour ce Lorrain de toujours ? L’Amour bien sûr et avec un grand «A».
Les circonstances de cette rencontre amoureuse ne sont pas établies ; toujours est-il que la jeune Adélaïde Boyer auréolée de dix-neuf printemps convole à La Coquille en Dordogne le samedi 06 juillet 1861 avec Jean Gangloff son aîné de treize ans.
Le jeune couple s’installe durablement à Saint-Martial-d’Albarède localité distante de trente trois kilomètres du village d’origine de l’épouse.

A la date de son mariage, Jean Gangloff avait déjà crée une brasserie depuis trois ans à Saint Martial d’Albarède en Dordogne.


Brasserie à sa création
L’union conjugale de la Lorraine et de l’Aquitaine fait des époux Gangloff les parents d’une fratrie de dix enfants également partagés filles et garçons.
Gangloff Jean (le père) exerce comme brasseur jusqu’en 1910, date de son décès.
Nous ne retiendrons idéalement que trois des garçons pour évoquer l’évolution et la destinée de leur activité brassicole.
Au décès du père Gangloff, c’est Roger (1879 – 1959), le benjamin de la fratrie qui poursuit l’activité à Saint Martial d’Albarède. Les créanciers ne tardent pas à se manifester car déjà depuis 1880, il avait fallu opérer une transformation juridique pour les associer à l’affaire.
En 1884 , a été créée une société anonyme sous la raison sociale « Brasserie de Saint-Martial d’Excideuil » dont le directeur technique restait Jean GANGLOFF. La société est dissoute en 1893 et les actifs vendus mais restent sur le site.
En 1904 la brasserie est gérée par un industriel de Lanouaille, commune voisine. Roger Gangloff, brasseur, résidait toujours sur place avec quelques garçons brasseurs.
Durant la première guerre mondiale, l’activité cesse et le site de la brasserie est occupé en 1916 par des soldats au repos.
En 1934, 1941, 1952 et 1970, le patrimoine change de mains avec des activités nouvelles dont une distillerie et aujourd’hui encore avec la production de produits aromatiques.
L’aîné des trois garçons brasseurs, Jean Baptiste Henri (1867 – 1929) après s’être formé auprès de son père, est parti diriger la brasserie Grillon dite des Marins à Châteauroux. Cette entreprise avait été créée en 1827 pour cesser en 1955.
En 1909 il a repris la direction de la brasserie de la Mouillère à Besançon et s’en est porté acquéreur amenant le nom de bière GANGLOFF à Besançon.
Il a été rejoint par sont frère Robert (1875 – 1934) décédé à Épinay-sur-Seine en 1934.
HISTORIQUE DE LA BRASSERIE BISONTINE
L’histoire de cette brasserie bisontine commence en 1761 avec Moutrille et se poursuit jusqu’en 1869 avec GRENER sur trois générations.
La famille Boiteux gère le site de 1869 à 1909.
Jean Gangloff acquiert la brasserie en 1909 qu’il dirige avec son frère Robert jusqu’en 1925/1926.
A cette date la brasserie est vendue à Diemer Paul Théodore (1872 – 1952), brasseur venu de Saint-Dizier en Haute-Marne. Il exploite le site jusqu’à son décès en 1952. Son fils Étienne (1902 – 1964) qui était déjà dans la place lui succède jusqu’à son décès.
En 1964 déjà, la brasserie de Besançon passe dans le giron de la société des brasseries de Franche-Comté Alsace, sous le contrôle de Jacquet Frédéric puis de son fils Bertrand déjà à la direction de la brasserie de Sochaux. L’identité Gangloff a totalement disparu.
Ce groupement d’achats-fusions rassemble autour de la brasserie de Sochaux, les brasseries de Besançon, Arlen de Montbéliard, Boch de Lutterbach, Freysz de Strasbourg et Degermann de Mulhouse.
A partir de cette fusion, le site Isenbart de Besançon s’organise autour du trio formé de Henryon Jean directeur administratif, Fauvet Paul directeur de fabrication et Charpy Jean-Baptiste adjoint. L’activité brassicole se poursuit jusqu’en 1966 et les bâtiments sont détruits deux ans plus tard pour laisser place à l’actuel immeuble « le Président ».
La transaction est menée par le truchement de Hinzelin René, en alliance familiale avec les anciens brasseurs Boiteux, et SMCI à Besançon.
Pour convaincre, les vendeurs s’étaient engagés auprès de la ville de Besançon à reconstruire une brasserie moderne sur la zone industrielle nouvellement ouverte et maintenir un volume d’emplois. Nous verrons ci-après qu’il n’en a rien été.


Avant d’en arriver là, la brasserie « Gangloff » avait subi les outrages de la guerre avec un bombardement destructeur et une suspicion d’emploi des installations à usage de four crématoire.



Passé cet épisode douloureux de voir disparaître un fleuron industriel bisontin et la perte de dizaines d’emploi, les espoirs reposaient sur la création d’un centre de distribution, d’éclatement et éventuellement d’embouteillage. Formule très élégante d’échanges cordiaux mais qui laissaient déjà entrevoir l’abandon total de fabrication de bière. Aucun des personnels déplacés ou retraités n’y a cru.

C’est en effet rue Berthelot que sort de terre l’entrepôt Champigneulles sensé compenser la fermeture et destruction du site historique Isenbart. Une douzaine de personnels du site historique suit à cette nouvelle adresse.


Nous sommes très loin d’une fabrication de bière; même l’éventualité d’embouteillage présentée lors de la transaction est inexistante.
Nous sommes sur un site de stockage de marchandises venant de la brasserie de Sochaux, de distribution dans un réseau de dépositaires et commerces déjà existants, où le rédacteur du moment a été salarié comme il l’avait déjà été rue Isenbart.
Avant d’intégrer ces lieux, la défunte brasserie de Besançon a fait l’objet d’une reprise éphémère par les établissements Marguier déjà installés en zone industrielle et de changements de nom pour passer de Gangloff à brasserie de Besançon, puis Champigneulles, puis brasserie Wagner, puis Vichy distribution ….. au gré des intérêts commerciaux du groupe.
Cette structure reçoit un délitement total, quasiment vendu à la découpe entre l’activité commerciale et le foncier. L’immeuble est vendu en 1991à la société bourguignonne LOXAM alors que l’activité de négoce de produits de brasserie est cédée à un revendeur installé à Roche les Beaupré.

Cette saga Gangloff ne peut malheureusement pas être illustrée d’archives d’entreprise qui sont passées de mains en mains pour se fondre dans un anonymat le plus absolu, voire à la destruction, et échapper à la postérité.
Finalement, la brasserie de Sochaux a été un peu la grenouille de la fable puisque après avoir fusionné avec cinq concurrents pour mieux les faire disparaître, elle a elle-même été absorbée par plus gourmand.
Il semble qu’en ce 21e siècle peu de témoins sont encore en mesure de restituer l’histoire de celle que nous appelons encore GANGLOFF soixante ans après sa disparition.
Ce patrimoine industriel bisontin fait l’objet d’une publication sous la plume d’Alain JOSSELIN, ancien salarié de l’entreprise dont huit membres de sa famille y ont également été salariés à des périodes différentes.
A signaler qu’il n’a pas été identifié de descendants directs des deux brasseurs bisontins mais que les neveux et nièces sont nombreux avec descendance.
BIERE GANGLOFF est en vente chez l’auteur.

Comme toutes les belles histoires finissent en chanson, vous êtes invités à vous tourner vers le Grand Jacques Brel et son titre de circonstance « La bière ! »

Alain JOSSELIN rédacteur le 09/03/2026


