
Comme le titre le journal l’Est Républicain, ce lundi 23 mars 2026, la victoire de la liste conduite par M. Ludovic Fagaut aux élections municipales de Besançon est historique. Historique au regard de l’histoire de la gouvernance de notre ville.

La « Une » de l’Est Républicain du lundi 25 mars 2026, photo Franck Lallemand, un des photographes de ce journal.
Nous avons déjà évoqué, sur ce site, les turbulences de cette gouvernance aux lendemains de la seconde guerre mondiale. A la Libération de notre ville, le maire Henri Bugnet est révoqué et remplacé par le docteur Maître issu du Comité Local de la Libération.Ce dernier ne reste que quelques mois en fonction puisque, avant même la fin de l’année 1944, les anciens maires en poste en 1939 sont remis en place en attendant de nouvelles élections municipales. Donc Henri Bugnet, élu avant la guerre, du parti radical, classé à Gauche, réputé pour son anticléricalisme redevient maire pour quelques mois.
Les nouvelles élections se déroulent, comme partout dans cette France libérée, en avril 1945.
- Et en 1945, c’est une liste de « rassemblement antifasciste » avec socialistes et communistes côte à côte, qui l’emporte. Le système électoral est un peu compliqué, la ville étant divisée en 4 secteurs nous apprend M. Joseph Pinard dans son livre consacré à Louis et Jean Minjoz. La liste « d’Administration Municipale » classée à Droite intègre les candidats d’un nouveau parti, le MRP, Mouvement des Républicains Populaires, c’est à dire des démocrates chrétiens dont beaucoup ont été d’authentiques Résistants. Et cette liste totalise au final 41% des suffrages exprimés contre 37% à la liste socialo-communiste. Mais comme elle ne l’emporte que dans un seul secteur sur 4 de la ville, la Boucle, elle n’a que les 12 sièges qui lui sont dévolus. Dans les 3 autres secteurs la liste dite « antifasciste »l’emporte avec les 22 sièges de ces 3 autres secteurs.
- Et la grande leçon de ce scrutin, outre la difficulté du tout nouveau MRP à s’implanter à Besançon, est la défaite des radicaux qui pourtant, sauf entre 1912 et 1919, ont dominé la ville durant toute la durée de la III° République, (1870-1940).
- Souvenons-nous également qu’à Besançon, la place Saint-Pierre a été baptisée place du 4 septembre après la proclamation de la République suite à la défaite de Sedan en 1870 ; puis , à la libération de la ville, en 1944, elle est rebaptisée place du 8 septembre. En matière de facilitation de la compréhension de l’Histoire, de lisibilité historique, on peut faire mieux, non?
- Le dernier maire élu est sous l’étuquette Radical est donc Henri Bugnet.

Henri Bugnet (1899-1950), maire de Besançon de 1939 à 1944,avec l’étiquette Radical ( parti classé à gauche)
- En avril 1945, Jean Minjoz, socialiste, est donc élu maire de Besançon. En octobre 1945, il est ,également élu député à la nouvelle Assemblée constituante (donc chargée d’élaborer et de faire adopter une nouvelle Constitution pour la France, après la parenthèse, sous l’Occupation, de l’Etat Français du maréchal Pétain).
- Mais en avril 1947, du fait de l’adoption de la constitution de la IV° République, – ( la IV° République est de fait dès le 3 juin 1944, avec la création d’un Gouvernement Provisoire de la République mais l’adoption de sa nouvelle Constitution n’a lieu, par voie de référendum, que le 12 octobre 1946)-, de nouvelles élections municipales sont organisées selon le mode de la représentation proportionnelle.

Jean Minjoz ( 1904-1987)
- Et pour ces élections de 1947, Henri Bugnet, l’ancien maire Radical a rallié le nouveau parti créé autour de la personnalité du Général de Gaulle, le RPF, Rassemblement du Peuple Français; il conduit une liste à laquelle participent des Radicaux qui rendent Jean Minjoz responsable de la disparition de « leur » journal Le Petit Comtois, puisque le parti socialiste crée, à sa place, le journal Le Comtois. Cette liste l’emporte avec 35% des suffrages et 13 sièges; la liste de centre Droite (avec le MRP) recueille 28% et 10 sièges. Les socialistes n’obtiennent que 7 sièges et les communistes qui font liste séparée, 5 sièges.
- Henri Bugnet est donc élu, de nouveau, maire de la ville.

Henri Bugnet redevient maire, de 1947 à 1950, sous l’étiquette du Rassemblement du Peuple Français classé à droite
- et Henri Régnier, le patron des Monts-Jura est élu premier adjoint. Suite au décès brutal d’Henri Bugnet le 20 juin 1950, Henri Régnier devient maire pour la durée du mandat restant, c’est à dire 3 ans. C’est cette mandature de 6 ans (1947-1953) qui est qualifiée de gouvernance de la ville par la Droite qui n’est donc de retour qu’en 2026 avec M. Ludovic Fagaut.
- Car, en 1953, c’est la revanche de Jean Minjoz et le retour des socialistes à la direction de la mairie et ce jusqu’en 2020 (Robert Schwint succède en 1977 à Jean Minjoz). Mais victoire courte car sur les 3 listes en présence, les socialistes comptent 12 élus, les communistes 3 et les Radicaux 3 également (ce sont des radicaux qui se réclament du courant de Mendès France, car d’autres radicaux sont alliés avec la liste dite de Droite conduite par Henri Régnier, le maire sortant). Donc le total des conseillers municipaux classés à Gauche est de 18 sur 35 et les élus de de la liste d’Henri Régnier, sont 17. Et la Gauche n’est majoritaire que d’un siège…

Henri Régnier (1882-1969)
- Jean Minjoz est donc élu de nouveau maire. Et il est régulièrement réélu jusqu’en 1977, date à laquelle il cède la place au socialiste Robert Schwint (maire de 1977 à 2001), puis à Jean-Louis Fousseret qui lui, va diriger la ville de 2001 jusqu’en 2020.

Robert Schwint (1928-2011)

Jean-Louis Fousseret (1946-….)
- En 2020, Anne Vignot, écologiste, l’emporte à la tête d’une liste d’union de la gauche. avec quelques centaines de voix d’écart avec la liste de Droite conduite par Ludovic Fagaut.
- Il s’agit donc bien, aujourd’hui, d’un événement historique pour notre ville.
- Sources : » Louis et Jean Minjoz » de Joseph Pinard éd. Cêtre; « Gouverner une ville: 1959-1989 » d’Olivier Boraz, éd. PUR; archives municipales; Mémoire Vive Besançon; Est Républicain; collection des portraits officiels des maires, hôtel de ville place du 8 septembre (au sujet de ces portraits, ne serait-il pas judicieux de les accrocher dans un ordre chronologique ?…).


J.C.G.


