Nous l’avons écrit et répété sur ce site, le quartier des Chaprais, banlieue de Besançon va réellement se développer dans la seconde moitié du XIX° siècle.

De vastes terrains étant disponibles, des entrepôts, des activités artisanales et industrielles s’installent aux Chaprais.

Comme les scieries par exemple ! En 1882, l’Annuaire départemental du Doubs recense 9 scieries mécaniques à Besançon. Bien sûr, toutes hors les murs de la Boucle et de Battant. C’est une question de place. 4 sont ainsi installées aux Chaprais : 2 à la Cassotte, 1 route de Baume (rue de Belfort actuelle) et une autre avenue de la Gare (la gare Viotte est créée en 1856).

L’avenue de la Gare a été baptisée ainsi en 1881, comme la plupart des premières rues des Chaprais. Mais en 1894, elle est baptisée avenue Carnot, du nom de cet ancien Président de la République. Car, élu en 1887, il est assassiné à Lyon en 1894 (le 25 juin).

La scierie de l’avenue de la Gare/avenue Carnot appartient à André Papineau (1827-1905).  Il demeure n° 34 avenue Carnot juste en face du n° 45 (actuel garage Renault), lieu qui fait l’objet de cet article. Des numéros 45 (de la rue Klein) au n° 51, la première scierie de cet entrepreneur de charpente occupe l’ensemble du terrain comme le montre cette photo.

 

La scierie Papineau. Photo Fonds d’Orival

 

André Papineau  est recensé en 1876, avenue de la gare avec son épouse et ses 4 enfants, 3 fils et une fille.

Un gigantesque incendie va détruire la scierie et son entrepôt de bois le 24 décembre 1888. La scierie est alors dotée d’une machine à vapeur : les deux scieurs de long présents sur la photo précédente ne doivent pas faire oublier qu’il s’agit d’une scierie mécanique.

Le chantier de bois de l’architecte de la ville, Emile Dampenon (1861-1936), est aussi victime de l’incendie.

 

Avis décès André Papineau Eclair Comtois 7 mai 1905

 

Les fils Papineau vont succéder à leur père.

 

Facture de 1921. La scierie est au nom de Paul alors âgé de 56 ans

 

Les 2 frères se sont associés quand ?

 

Faire part d’avis de messe publié le 7 mai 1930, dans l’Eclair Comtois, 25 ans jour pour jour après celui de son père André.

Mais décédé en Corse le 21 avril, une messe est annoncée à l’église du Sacré Cœur aux Chaprais

 

Le dernier, André-Emile né en 1911 est décédé à Besançon en 1999.

En 1929, une société de production de boissons La société comtoise gazeuse va s’installer aux numéros 45 et47, tandis que, à peu près à la même époque, aux numéros 49 et 51 est créé le garage Groshenry et Cie concessionnaire de la marque Citroën ; donc à l’emplacement exact des grumes et des scieurs que l’on peut voir sur la photo précédente du fonds d’Orival.

Un nouveau bâtiment est construit et en 1931 un entrepôt est ajouté par l’architecte Pierre Noé (1899-1970). Cet architecte domicilié aux Chaprais rue des Villas a réalisé entre autres, la villa Carrel, 1 bis rue Delavelle, propriété de la Chambre d’agriculture, occupée à l’heure actuelle par une étude notariale. Cette villa est d’ailleurs aujourd’hui mise en vente.

 

Article de Paul-Henri Piotrowski dans l’Est Républicain du 12 mars 2026

 

Pierre Noé est aussi l’architecte de la salle de l’Aiglon rue du Pater, et de la Villa Carrel rue Victor Delavelle.

La société comtoise gazeuse est constituée par deux négociants en vins et alimentation : Pierre Joly (46-48 rue de Dole) et Jean Steiner (2 rue d’Alsace, société Roussey –Steiner en 1898). Si la fabrication et la commercialisation des boissons gazeuses figurent dans leur raison sociale ainsi que la commercialisation de la bière, des spiritueux, du vin en gros, l’activité principale de cette société va devenir l’embouteillage et la commercialisation du vin sous la marque « Union ».

Voir l’étude de Raphaël Favereaux sur le site patrimonial de notre région Bourgogne/Franche-Comté.

 

 

Publicité parue dans l’Eclair Comtois le 12/09/1934

 

Lettre à en-tête du 9 juillet 1940. A noter les spécialités :  les sodas « Flop », les bières de Champigneulles et les cafés Steiner du nom d’un des 2 créateurs de la Société comtoise.

 

En 1940, du fait des difficultés de transport du vin par camion-citerne des entrepôts de la gare de marchandises, la société sollicite la Ville afin de pouvoir alimenter leur chaîne d’embouteillage, à l’aide d’une conduite souterraine appelée pipe-line vinaire (ou vinoduc ?…)

 

Conseil municipal du 30 12 1940

 

Il faut attendre le conseil municipal du 21 juillet 1941 pour que l’autorisation soit accordée, la société ayant contesté le montant des droits fixés par la ville et la durée du bail.

 

Le conseil municipal du 21 juillet 1941 donne son accord

 

Article paru dans l’Est Républicain du 15 mars 2021

Après la guerre, la société lance, pour les enfants, un album des Paroles Historiques des héros de l’histoire de France.

 

La couverture de l’album. Archives Christian Buron

Il s’agit de collectionner des images relatant des faits et des paroles historiques et d’en trouver la correspondance dans une liste publiée au dos de la première page de l’album. Les images sont données lors d’un achat d’une bouteille de vin Union, ou peuvent être trouvées dans les paquets de café (en grains) Steiner.

 

Il s’agit d’un jeu/concours récompensé

C’est un jeu à faire en famille. Aussi les adultes ne sont pas oubliés avec cette publicité en dernière page de couverture de l’album.

 

Dernière page de couverture de l’album des vins Union Archives Christian Buron.

Les héros traditionnels de l’histoire de France figurent sur les images numérotées et une place importante est accordée aux héros de la seconde guerre mondiale : nous sommes dans les années 50 et la guerre n’est terminée que depuis quelques années.

 

Les héros : Churchill, le général De Gaulle, le maréchal Leclerc.

 

Nous n’allons pas, dans cet article vous indiquer les paroles historiques de chacun, les dates qui sont précisées au bas de ces images permettent de les retrouver (et ces paroles sont au dos de la première page de couverture).

Juste une précision pour les deux dernières images. Le grade le plus haut dans la hiérarchie militaire, « maréchal » est accordé au général Leclerc après son décès tragique, en 1947, dans le crash de son avion. Il avait commencé la guerre comme simple capitaine, promu colonel puis général au sein des Forces Françaises Libres qui opèrent en Afrique.

La dernière photo, en bas, à droite, illustre la bataille de l’oasis de Koufra, en Libye, qui est la première victoire française en février 1941, après la défaite de juin 1940. C’est un fait de guerre audacieux, et le colonel Leclerc fait le serment, devant ses hommes victorieux, de ne déposer les armes que lorsque le drapeau tricolore flottera sur les tours de la cathédrale de Strasbourg !

Un encart publicitaire publié en 1942, démontre que la marque des vins « Union » n’est pas encore adoptée et que les Bisontins peuvent aller y acheter du vin au détail.

 

Encart publié dans Le Petit Comtois du 12 septembre 1942

 

Comme l’indique cette publicité dans Le Comtois de 1954, la vente passe de 2000 bouteilles par jour en 1930,à 10 000 en 1940, 20 000 en 1950 et 80 000 en 1963 !

 

Le 45 avenue Carnot : années 60 Photo B. Faille Mémoire Vive Besançon

Dans les années 60, le photographe de l’Est Républicain,  Bernard Faille réalise un reportage photographique concernant les installations et le personnel des vins Union. Les 4 photos qui suivent sont tirées du site Mémoire Vive de la ville de Besançon.

Les cuves du 45 avenue Carnot

Les bouteilles en verre sont consignées et de retour à l’entrepôt sont stockées avant d’être lavées.

Le vin est mis en bouteille sur une chaîne automatisée

La mise en casier est encore manuelle.

Dans ces mêmes années 60, la société met le vin en bouteilles de plastique, en doryl, matériau toujours utilisé.

 

 

Si aujourd’hui le vin est beaucoup moins consommé que la bière ou les sodas, rappelons qu’il a longtemps constitué la boisson préférée des français.

En 1882, à Besançon, on compte 37 marchands de vins en gros ou au détail, dont 10 aux Chaprais.

En 1920, un marchand de vins  en gros de la rue Delavelle, aux Chaprais, publie l’encart publicitaire suivant :

 

Encart publié dans L’Eclair Comtois du 29 août 1920

 

Les vins proviennent du Roussillon, la crise du phylloxera des années 1870 n’ayant pas épargné le vignoble bisontin.

Le transport du vin se fait par le rail ce qui explique le développement des commerces de gros aux Chaprais avec la gare Viotte à proximité. Ce marchand prétend posséder 50 wagons réservoirs et 20 wagons plateformes ! Bien sûr, le directeur M. Forien n’a rien à voir avec le célèbre architecte Maurice Forien (1860-1938).

En 1946, on compte encore 18 marchands de vins en gros dont 10 aux Chaprais. Outre  la Comtoise avenue Carnot, il convient de signaler Lamblot 14 avenue Fontaine Argent (il existerait encore des cuves dans la cour mais dans des locaux non ouverts au public)  et les établissements Portes et Gros, 7 rue des Docks dépositaires du vin « Bon ».

Le nombre de cafés à Besançon, ville de garnison, est impressionnant : 239 en 1914. Un article, sur ce site, va leur être consacré.

A la fin de la guerre, un incendie détruit les locaux et entrepôts de la Société Comtoise. Ils sont reconstruits. La société va passer ensuite sous le contrôle de la SOCODIVIN (cette société des Pyrénées Orientales fait faillite en 2006).

Puis  les bâtiments vont être vendus à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Doubs qui y installe, en 1972, son centre de formation continue, le centre INFOP (Institut de Formation Permanente). Toute une histoire qui fera l’objet, sur ce site, d’un article détaillé.

 

A la suite du nouveau siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie construit avenue Villarceau, la Chambre se sépare de ces locaux qui sont alors rachetés au début des années 1990 par le rectorat de l’académie de Besançon.

L’Education Nationale en devient propriétaire et y installe divers services dont la Délégation Académique à la Formation Continue (DAFCO).

Locaux abandonnés et revendus en 2025 à la société d’habitat social Loge GBM (Grand Besançon Métropole). Au cours d’une réunion d’information des riverains, le 1er avril 2026, le projet de réhabilitation des locaux existant, de construction d’un bâtiment d’habitation le long de l’avenue Carnot dans le prolongement des autres bâtiments d’habitation a été présenté avec le calendrier des travaux. 81 logements seront disponibles à la location avec 65 places de parking.

 

Sources : archives municipales ; archives départementales ; Mémoire Vive Besançon ; archives Christian Buron; Loge GBM.

J.C.G.