Antoine Saillard, maire de Besançon

 

Une histoire de tuile…

 

Tuile découverte par Gilles Champion

 

« Je flânais, tête en l’air dans le triangle formé par les Vaîtes, Bregille et Les Chaprais quand, tout à coup, mes yeux tombent par hasard sur un amas de matériaux bien empilés le long d’une clôture grillagée fermant une petite maison fin XIX°;

Je m’attarde et la curiosité étant un mauvais défaut sauf pour les amateurs d’histoire, j’ai l’audace de guider mon bras vers ce tas hétéroclite et ma main s’empare d’un élément parmi d’autres, beaucoup d’autres. Il s’agit d’une tuile, une vraie, en terre cuite qui a servi à couvrir une toiture. Je la retourne et quel plaisir de lire :

« TUILERIES DE FRANCHE-COMTE

SAILLARD & Cie

CHAPRAIS-BESANCON »

Quel bonheur, j’ignorais qu’une tuilerie existait dans ce quartier, quand est-elle née, était-elle importante, quand a t-elle disparu ?

Je me tourne vers le Collectif Histoires des Chaprais, créé il y a quelques années et dont je suis membre. Mes amis me confirment l’existence de cette fabrique et m’encouragent à aller lire ce qui a déjà été écrit sur cette affaire qui a été remplacé par les établissements des Docks francs-comtois (la CEDIS) créés par la famille Mathey.

Voir https://www.histoire-des-chaprais.fr/portfolio-items/1254/

Au préalable, je souhaite rencontrer l’occupant de la maison car j’ai une petite idée derrière la tête. Je sonne, personne ne répond. Je me dis, ce n’est pas grave, c’est partie remise. Une semaine plus tard, je retourne sur les lieux, aperçois une voiture dans la cour. Je me dis, parfait, je vais pouvoir rencontrer le propriétaire. Je cherche une sonnette, rien  vers la porte donnant sur la rue. Je me dis –« Ose faire le tour, l’entrée est peut-être dorénavant à l’arrière ».

C’est le cas, je sonne, rien. Je sonne à nouveau. Toujours personne Tout à coup mon regard se porte sur le verger occupant une grande parcelle du coteau arboré. J’aperçois une silhouette, oui, il y a quelqu’un plus haut qui semble procéder à des travaux d’élagage. Je le suis des yeux car il se déplace et je me lance: « bonjour monsieur, pardonnez-moi… »

Il vient à ma rencontre, je lui présente mes excuses pour avoir interrompu la tâche qui l’animait et lui explique l’objet de ma venue.

Il me dit: « les résidents précédents ont réalisé des travaux de couverture il y a un certain temps et ils ont trouvé judicieux d’entasser dans le grenier les anciennes tuiles encore en bon état. J’ai souhaité faire place nette et ai entrepris de descendre ces tuiles afin de les faire évacuer, je les ai donc empilées en bordure de route pour ce faire et elles sont toujours là. »

J’hésite et je me lance: « pourrais-je vous acheter une tuile svp ? « 

Pourquoi faire me répond-il ! Je luis explique que je viens de l’ingénierie en bâtiment et que tout ce qui touche à l’habitat m’interpelle. Que d’autre part je m’intéresse à l’histoire, locale en particulier et que je suis membre du Collectif Histoire des Chaprais dont c’est la vocation.

Il dit vouloir m’offrir la tuile convoitée, je le remercie et lui promets de lui communiquer la suite qui sera donnée à cette trouvaille et à ce cadeau.

Ce brave et sympathique bisontin, s’appelle Jean-François CARD (avec un D).

Ma promenade quotidienne m’a permis à nouveau de faire une belle rencontre très constructive et pour une tuile…qui pour moi vaut son pesant d’or !!!

Texte de Gilles Champion.

 

Emmanuel Saillard et la fabrique de tuiles des Chaprais

En fait, nous avons déjà été sollicités, il y a quelques années par M. Michel PROST, agriculteur à Chantrans qui a découvert cette tuile près d’un hangar agricole.

 

 

Tuile découverte par M. Michel Prost à Chantrans

 

Et nous avons découvert que cette tuilerie était située 6 rue des Docks, l’actuel boulevard Diderot. Elle a aujourd’hui, bien sûr disparu et difficile d’en retrouve trace dans les anciens locaux de la CEDIS, siège auparavant des Docks Francs-comtois et aujourd’hui de l’ensemble du campus comprenant le lycée Saint-Paul.

Toujours est-il que cette tuilerie est fort ancienne comme en témoigne cette annonce.

 

Annonce parue dans Le courrier de Saône et Loire daté du 14 septembre 1869

 

Et toujours est-il que c’est la famille Saillard qui ne va pas louer mais acquérir cette tuilerie.

 

Extrait du compte-rendu du conseil municipal du mois d’août 1875

 

La tuile découverte par Gilles Champion semble plus ancienne que celle de Michel Prost. Et l’histoire des tuileries en Franche-Comté est une vieille histoire. Pour la connaître, vous pouvez vous reporter à ces deux articles publiés.

https://patrimoine.bourgognefranchecomte.fr/dossiers-inventaire/tuilerie-ia00048668

https://www.commune-vaire.fr/vaire/patrimoine/la-tuilerie-de-vaire/

Les publicités parues dans les différents annuaires du Doubs de la fin du XIX° siècle nous fournissent des renseignements supplémentaires.

Dans l’annuaire du Doubs de 1882, on ne compte pas moins de 33 tuileries, sans que l’on puisse distinguer les simples revendeurs de ceux qui les fabriquent sur notre territoire. Six sont installés à Besançon.

 

Annuaire du Doubs de 1882. Saillard est bien répertorié.

 

Annuaire du Doubs de 1898

Il est donc fabriqué tout à la fois des petites tuiles plates mais aussi de grandes tuiles dites d’Altkirch en Alsace et des tuiles de Bourgogne. La tuile plate est garantie 10 ans contre la gelée et les prix semblent plus attractifs que les produits de nos voisins.

 

Annuaire du Doubs de 1899

 

Les tuiles plates ont disparu de la publicité au profit exclusif des grandes tuiles qui sont garanties 20 ans contre la gelée.

 

Annuaire du Doubs 1900

Le nom du propriétaire de cette tuilerie laisse à penser qu’il s’agit d’Emmanuel Saillard. Or celui-ci est né en 1869. C’est donc son père, Pierre Marie Eugène Saillard (1832-1904) qui semble être le propriétaire de cette tuilerie. La tuilerie est vendue aux Docks francs-comtois durant la première guerre mondiale. Elle est alors transformée en chai pour la mise en bouteilles du vin.

Voir https://www.histoire-des-chaprais.fr/portfolio-items/le-vin-des-docks-puis-de-la-cedis-aux-chaprais/

Qui est le père ?

Pierre Marie Eugène Saillard né le 4 juillet 1832 à Cussey sur l’Ognon (son géniteur, Antoine François a alors 29 ans ; il est négociant ; sa mère Anne Aimée Campenet, 25 ans).

A 29 ans il est promu Chevalier de la Légion d’honneur ! Il est      alors Payeur adjoint attaché au Corps expéditionnaire en Chine. Fervent catholique, il est décoré Chevalier de l’ordre d’Isabelle la catholique. Il devient ensuite directeur des Postes de Savoie : c’est là que va naître Antoine, son premier fils (1864-1929).

 

Pierre Saillard, chevalier de la Légion d’honneur. Base Léonor.

 

Mais ses trois autres frères naissent à Besançon où Pierre est affecté ?

Il s’agit donc d’Emmanuel (1869-1941)  qui va devenir industriel aux Chaprais, c’est-à-dire qu’il va s’occuper de la tuilerie familiale ; Henri (1874-1950) et André (1880-1959). A noter que les quatre frères ont tous, 3 voire 4 prénoms, avec pour chacun, comme pour leur père, celui de Marie, témoignant d’une ferveur religieuse.

 

Emmanuel est né en 1869, 84 Grande rue.

 

Les deux derniers enfants, Henri et André sont, d’après leur acte de naissance, nés aux Chaprais.

 

Henri Saillard est né en 1874 sous Beauregard…même si son père Pierre demeure 4 rue de la Préfecture…

 

André est né en 1880 aux Chaprais où la famille réside alors.

 

 

Une histoire de Maire

Antoine Saillard : maire puis député

 

Portrait officiel du maire Antoine Saillard par le peintre Louis Tirode

 

Antoine, l’aîné,  est avocat. Il est élu Maire de Besançon en 1912. Candidat catholique libéral, il est qualifié de « clérical » par ses adversaires radicaux socialistes
Son élection est une véritable tuile pour le radical sortant, avocat,  le sénateur Alexandre Grosjean (sénateur de 1908 à 1921). Ce dernier bien qu’ayant recueilli 3172 voix n’arrive pas en tête de sa propre liste : Jean Laslandes recueille en effet 3 397 voix lors de ce premier tour. Et Antoine Saillard 2093 voix seulement.

 

Le Petit Comtois de l’entre deux tours des élections municipales en date du 11 mai 1912   Mémoire Vive Besançon

 

 

Les résultats des élections municipales du second tour publiés dans le quotidien radical Le Petit Comtois. A. Saillard est le conseiller municipal qui recueille le moins de voix sur la liste dite de représentation proportionnelle. Le candidat radical Jean Laslandes obtient 4 114 voix, Alexandre Grosjean, le maire sortant 3 722 et n’est pas élu conseiller municipal. Antoine Saillard  obtient 3 838 suffrages.

 

Extrait du compte-rendu du conseil municipal du 19 mai 1912. A. Saillard est élu maire par 17 voix des conseillers municipaux contre13 voix à son rival radical J. Laslandes, le sénateur Alexandre Grosjean n’étant plus élu au conseil.

 

Le mandat des conseils municipaux élus en 1912 est prolongé durant la première guerre mondiale. Aussi de nouvelles élections n’ont lieu qu’à la fin de l’année 1919 (30 novembre et 7 décembre). Et à l’issue du 1er tour, les 3 listes en présence décident de fusionner et de présenter une liste unique dite de représentation proportionnelle avec 12 candidats pour les modérés-libéraux ; 12 candidats pour les radicaux ; et 8 candidats pour les socialistes. Cette liste est, bien sûr, puisqu’il n’y a pas d’autre liste, élue en entier. Et c’est Paul-Charles Krug 1872-1947), notaire aux Chaprais, radical, qui est élu à l’unanimité.

Antoine Saillard ne s’est pas représenté comme candidat à la mairie, mais il se présente aux élections législatives (16 et 30 novembre 1919) et il est élu député avec 26 334 voix contre 22 835 à Julien Durand le candidat radical. Aux élections législatives de 1924, Antoine Saillard ne se représente pas. Et Julien Durand qu’il avait battu auparavant est élu et ce jusqu’en 1936. Lors des élections de 1936, il est à son tour battu par le docteur Bietrix.

Voir https://www.histoire-des-chaprais.fr/portfolio-items/louis-bietrix/

 

 

Eclair Comtois 12 septembre 1929 Mémoire Vive Besançon

 

Les 3 frères d’Antoine figurent sur cet avis de décès : Emmanuel, Henri et André.

Comme vous pouvez le constater, la petite histoire, celle de la découverte de tuiles des Chaprais nous a conduit jusqu’à l’hôtel de ville et l’histoire des élections municipales et législatives d’avant la seconde guerre mondiale.

Et l’hécatombe de tuiles ne faisait que commencer….

Sources : annuaires départementaux du Doubs ; archives départementales du Doubs ; archives municipales ; Mémoire Vive Besançon; Roger Chipaux.

Gilles CHAMPION et J.C.G.