
Dans un livre publié en 1909, consacré à la Naissance, développement et situation actuelle de l’horlogerie à Besançon, (édité par J. Millot et cie), M. Georges MEGNIN nous indique :
« A part les manufactures véritables qui sont au nombre de deux*, indépendamment de celles où se fait exclusivement le montage des boîtes, on ne trouve que des établisseurs qui occupent un personnel variable mais en général restreint ».

Ce personnel dépendant des établisseurs, travaille le plus souvent à domicile.
Qu’est-ce qu’un établisseur ? Mme Joëlle Mauerhan, ancienne conservatrice du Musée du Temps à Besançon, auteure d’un livre intitulé « Horlogers et Horlogères à Besançon » (éd. de l’Harmattan), nous le précise dans un article savant paru dans une revue spécialisée en 2014.
« Le bureau de l’établisseur, appelé comptoir est le centre nerveux de l’organisation (de l’établissage qui est une vieille forme d’organisation du travail horloger). C’est là que l’on achète les mouvements alors à l’état d’ébauches, c’est-à-dire non finis, d’où l’appellation « finissage » ; c’est de là que partent les commandes aux différents intervenants : planteurs d’échappement, régleurs, pierristes, pivoteurs ou repasseurs… : autant de métiers indispensables à la réalisation du mouvement. Ce dernier est ensuite, pour un premier essayage, inséré dans une boîte fournie par une fabrique spécialisée. On procède ensuite à son démontage et à la répartition des éléments entre de nouveaux intervenants pour les opérations de finition, de décor, de dorage, etc. Ultime étape précédant la visite finale, le remontage exige « des connaissances générales d’horlogerie assez étendues ».

Aussi, sans vouloir refaire l’histoire de Besançon horloger, nous vous proposons d’explorer les traces des horlogers aux Chaprais depuis leur développement
Un annuaire datant de 1875 redécouvert par les historiens François Lassus et Jean-Marc Loiseau peut nous être utile dans la mesure où, à cette date, le développement des Chaprais commence. M. Fabrice Petetin dans son Mémoire de Maîtrise consacré au développement des Chaprais, relève qu’en 1866, les Chaprais comptent 1 733 habitants.
Dix ans plus tard il est recensé 2 871 habitants.
Le pont de fil de fer, pont suspendu (aujourd’hui pont de la République) permet de rejoindre plus facilement la Boucle, et ce, depuis 1838 (même s’il est à péage) ; la gare Viotte a été inaugurée en 1856 ; la création de l’avenue Fontaine-Argent est décidée en 1873 mais elle n’est effective que 7 ans plus tard.
*Il s’agit de la manufacture Geismar et Cie installée à Tarragnoz en 1890 : « du mouvement depuis l’ébauche au réglage la boîte depuis le lingot brut aux décors » indique alors la publicité.
Et de la Société Anonyme d’Horlogerie de Besançon créée également en 1890 rue Gambetta.
Le personnel de l’horlogerie est réparti en quelques 80 spécialités ! Et quelques 5 602 adresses sont indiquées concernant des personnes exerçant un métier en rapport avec l’horlogerie. Bien sûr, la plus grande partie de ces adresses concerne la Boucle et Battant. Mais des horlogers des Chaprais sont déjà recensés. En particulier, route de Baume, l’actuelle rue de Belfort. Mais, à cette époque, la numérotation des rues n’est pas encore effectuée. Les adresses sont connues comme étant la maison de…
De plus il faudra attendre 1881 pour que 26 voies des Chaprais soient enfin baptisées. Elles étaient auparavant répertoriées sous la nomenclature des chemins vicinaux affectés d’un n°.
Relevons que 84 personnes sont déclarées, en 1875, comme exerçant un métier en rapport à l’horlogerie route de Baume (actuelle rue de Belfort).
Dans son livre publié en 1994 par le Musée du Temps à l’occasion du bicentenaire de l’industrie horlogère bisontine, l’historien Jean Luc Mayaud indique qu’après avoir conquis le centre, des contraintes d’aménagement favorisent « le processus de conquête de l’espace extérieur à la vieille ville… en 1906, 282 des 460 sociétés horlogères dénombrées sont encore localisées dans la Boucle. Face a elle, l’ancien quartier vigneron de Battant accueil 58 raisons sociales tandis que 18 maisons investissent Canot, 11 La Grette, 10 Les Chaprais et 18 la Mouillère ».
20 ans plus tard, en 1926, on compte 31 fabricants installés aux Chaprais,8 fabricants de fournitures, 4 horlogers rhabilleurs, 6 monteurs de boîtes, 4 régleurs, 3 horlogers argenteurs, 1 émailleur,1 emboîteur, 1 sertisseur pierriste, 4 spécialistes de la vente directe par correspondance aux particuliers. (voir liste jointe).
Ce développement allait se poursuivre aux Chaprais et ce, jusqu’à la crise de l’horlogerie dans les années 70.
Et ce, avec l’installation (voire le démarrage) d’entreprises prestigieuses comme LIP, MATY, PHILIPPE, SARDA, KELTON, YEMA, etc.
C’est l’histoire de ces diverses entreprises que nous avons l’ambition de vous présenter.


