
Vitrail église de Sauvigney les Pesmes
Au cimetière des Chaprais, une tombe attire l’attention. Celle de la famille Boudin, peintres verriers de père en fils.

La tombe de la famille Boudin au cimetière des Chaprais. Photo Collectif Histoire des Chaprais.
Le père, Eugène BOUDIN est né en 1878, se marie en 1913 et décédé à Besançon en 1964.

Les parents d’Eugène sont originaires de la Loire. Ils demeurent à la Mouillère, aux Chaprais.
Son premier fils, Maurice, est né en 1917, au n° 18 de la rue de la Madeleine. Son père, Eugène, alors âgé de 39 ans est déclaré peintre en bâtiment.

L’acte de naissance de Maurice Boudin

Le 18 rue de la Madeleine. Photo Collectif Histoire des Chaprais
Un deuxième fils, Jean est né en 1920, au n° 5 de la rue Midol. Il décède en 1950.

Acte de naissance de Jean Boudin
Son père, Eugène, est toujours déclaré comme étant peintre en bâtiment. Quand devient-il peintre-verrier ? Difficile à dire. Mais son atelier est installé au n°5 rue Midol.

L’atelier 5 rue Midol à Besançon. Photo Collectif Histoire des Chaprais
Mais si vous cherchez le n°5 de cette rue, vous aurez du mal à le découvrir, car la numérotation de la rue a changé : il s’agit aujourd’hui du n° 30.

Le 5 rue Midol devenu n° 30. Photo Collectif Histoire des Chaprais
Et c’est bien ici que la famille Midol travaille dans un atelier situé devant leur maison. Maurice et Jean travaillent avec leur père Eugène. Maurice est lauréat du Salon des artistes français en 1938. Et Jean obtient le 1er prix d’honneur à l’Ecole des Beaux-Arts, en 1939.

Publicité parue dans un bulletin diocésain des années 50
Le fait qu’ils soient agréés par les monuments historiques ouvre à la famille Boudin de nombreux chantiers de restauration de vitraux d’église de notre région.
Mais cela n’empêche pas des réalisations modernes comme ces petits vitraux que l’on peut découvrir sur une porte de leur propriété.

Ou sur une maison construite à l’origine sur leur propriété.

Maison particulière rue Midol. Photo Collectif Histoire des Chaprais
En 1963, dans le journal l’Est Républicain, un article leur est consacré.

Article Est Républicain du 11 juin 1963, Archives municipales
Voici donc le texte de ce reportage :
Les BOUDIN peintres-verriers
Dans la tradition des maîtres verriers du Moyen Âge la famille boudin veille sur le sort des vitraux de plus de 450 églises.

Notre périple chez les restaurateurs d’art va se terminer par une incursion dans le monde si particulier des maîtres verriers. Héritier de traditions qui datent du Moyen Âge et relèvent des découvertes de la civilisation égyptienne et nous apprendrons outre les secrets des restaurations qu’ils entreprennent, les merveilleuses découvertes que la pratique de leur métier, ou plutôt de leur art, les amène à faire. Voici donc que la porte va s’ouvrir sur cet univers où la lumière triomphe. Que le ciel s’obscurcisse en effet et le vitrail ne chante plus. C’est peut-être alors l’orage, peut-être la grêle aussi un des fléaux que craignent les vitraux soumis également, comme tant d’autres œuvres d’aujourd’hui à ce grand facteur de déprédations qu’est le temps.
Il s’agit de peindre avec du verre re. C’est ainsi que Monsieur Maurice Boudin nous présente l’activité de maître verrier. Tel serait certainement la définition que pourrait donner cet autre artiste du verre, Monsieur Eugène Boudin le père âgé de 85 ans et dont les souvenirs portent sur le vitrage de plus de 450 églises, double de réalisation d’autant de tableaux et de vitraux destinés à des implantations moins forcément religieuses.
Nous sommes ici au fond d’un jardin, 30 rue Midol, dans le domaine d’une famille d’artistes artisans qui perpétuent la tradition du Moyen Âge verriers en y apportant tout de même le développement de techniques plus modernes nées d’une parfaite connaissance du métier à laquelle s’ajoute le souci artisanal de la perfection et la touche colorée et lumineuse de l’artiste.
Certes nous parlerons restauration, mais aussi vitrail d’hier et de demain, et puis encore vitraux qui confèrent aux églises de notre région un cachet indéniable, les sacrant par la même détentrice d’un patrimoine de valeur.

700 teintes différentes et 1000 pièces assemblées
Un vitrail c’est donc que des fragments de verre teintés ou peints assemblées dans du plomb. Cette mosaïque peut comprendre 10 ou 100 composants ou plus. Bien plus même puisque Monsieur Boudin a signé une remarquable composition que l’on peut trouver l’église de Frasnois. Il s’agit d’un vitrail qui ne compte pas moins de 1000 pièces de verre représentant 700 teintes différentes. Combien d’heures de travail ? Mieux vaut n’en point parler, les modernes bâtisseurs de cités anonymes et bétonnées en seraient pour le coup pétrifiés !
Ces 700 teintes mises à la disposition de l’artiste nous amènent à évoquer des périodes moins évoluées. Histoire ou protohistoire, c’est peut-être beaucoup dire en employant ce dernier terme puisque l’air des maîtres verriers, l’âge du verre façonné de mains d’artistes débute avec la fin de la civilisation égyptienne. César en ravit le secret à Cléopâtre et en ce domaine, les Romains se montrèrent beaucoup plus habiles que les fils du Nil. Au IV° siècle de ce qui est notre ère, les premiers vitraux d’église apparaissent au Moyen Âge. L’armature de plomb toujours de rigueur est datée du V° siècle. Il en faudra cinq encore pour que la peinture sur verre intervienne, grâces en soient rendues au moine Germain Werner. Tels sont les grandes dates du règne des vitraux.
B puisque nous parlions teintes, précisons qu’il fallut attendre les siècles contemporains ou presque pour voir s’agrandir l’éventail de celles-ci. Ainsi le moine Werner n’avait à sa disposition que des teintes exprimant une note générale de grisaille. C’est parce que le bouton d’un maître verrier du XIIe siècle était mal cousu que l’on découvrit une nouvelle atteinte.
Un bouton décousu : le jaune est découvert
Les circonstances de ce fait divers, à résonance historique sont les suivantes. « Alors qu’il s’apprêtait à mettre au four une pièce de vitrail, M. X. maître verrier du Moyen Âge s’aperçut que l’un des boutons de son habit s’était détaché et avait chu sur le vitrail. Ne pouvant arrêter l’opération en cours, le maître verrier vit la mort dans l’âme sont boutons d’argent enfourner avec le verre. Lorsqu’il détourna artisans eus la surprise de constater que sur la grisaille de l’ensemble du vitrail une belle tache d’un jaune fort lumineux s’étalait à l’emplacement de son défunt bouton. Il venait par la grâce d’un fil cassé, de découvrir le jaune argent ». Pour n’avoir pas été découpée dans une gazette de l’époque sept informations n’en est pas moins exact, aussi vrai qu’avant l’intervention du diamant ont découpé le verre au fer chaud, la salive de l’opérateur venant achever ce processus de longue tradition.

Un nouveau procédé
Certes les travaux de restauration occupent, comme nous allons le voir, une grande part du temps de M.M. Boudin, mais la part réservée aux créations est au moins égale sinon supérieure. Il ne faut pas en déduire que les soins et les besoins de vitraux nouveaux sont très grands. Non point, c’est pas simplement ceci : on attend généralement que les détériorations soient inexorables pour faire appel au restaurateur. Certains vitraux passent des décades, parfois plus d’un siècle sans connaître d’examen ni préventif ni curatif.
L’activité créatrice de M. Maurice Boudin se révèle par cette phrase : « on peut faire toutes sortes de choses ». Ainsi il nous fait découvrir ses spécialités de la maison : le « vitrocolor » reflex et le vitro lumi. Ces deux procédés, déposé au bulletin officiel permette de présenter des vitraux ayant toute la richesse de l’espèce sans toutefois qu’il soit nécessaire de les opposer à la lumière. Celle-ci ne les traverse pas, mais leur donne cependant toute leur valeur, par simple réflexion. Les motifs sont peints contre le verre.
À ce chapitre, une petite note technique pour signaler que la peinture (eau et oxyde métallique) est préalablement disposée sur le verre avant cuisson à 800°. La chaleur échauffe légèrement la surface du verre, fait évaporer l’eau et permet à la peinture métallique d’imprégner la couche externe du verre.
Des idées, notre interlocuteur en a d’autres encore dont l’une nous semble révolutionnaire mais qui ne peut pas encore être dévoilée.
Des milliers dans une boîte en carton
Reçu au salon des artistes français, M. Boudin est diplômé des Beaux-Arts. À ses yeux le plus beau vitrail de la région, (il n’est pas de moi et c’est ce qui permet de l’admirer sans restriction) se trouve au Sacré-Cœur de Dijon. De son œuvre le maître verrier modeste à l’extrême hésitera à détacher des pièces qu’il affectionne. Pourtant il se décide à nous confier son choix le vitrail de Frasnois dont la réalisation est évoquée plus haut et la rosace installée aujourd’hui à Bangkok après lui avoir valu un diplôme à l’exposition de Marseille.
D’une petite boîte de carton M. Boudin extrait quelques maquettes de vitraux. Il y en a la pour 2 millions ! C’est en monnaie ancienne (quelle monnaie a-t-elle cours ici ?) Qui se chiffre en heures de travail nécessité par l’élaboration des maquettes. Sous nos yeux des trésors sur papier, toutes promesses de beauté surpassent bien souvent les prévisions. Vitraux, rosaces, dalles de verre dans les plus purs hostiles romans ou gothiques dans les formes de l’après-guerre, dans ce style apprécié aujourd’hui les formes sont à peine suggérées, où les bleus sont des lacs, les roses des rochers, les verts tendres des prairies, le vert foncé des arbres. Le verre est torturé pour représenter la terre bouleversée, il éclate en harmonie pour le ciel où vole la colombe de la paix.
Vétusté, grêle, dommages de guerre
Il n’est pas surprenant d’apprendre que la plus fréquente des atteintes aux vitraux est la vétusté. En employant ce terme M. Boudin a évité de parler de temps. Et pourtant comme il est intéressant d’opposer le temps à ses œuvres qui ont une vie et qui chante ces choses de l’immortalité. Bien souvent donc, le plomb qui maintient les morceaux de verre, ce plomb qui a parfois plus d’un siècle s’oxyde et se casse. D’autres facteurs sont à considérer : il dit à eus tous les dommages de guerre, ainsi à Besançon les vitraux de toutes les églises, sauf Notre-Dame, ont dû être restauré en deux fois, les ponts de la ville ayant sauté. La grêle est également redoutable. Ainsi l’église du mont Roland eut ses vitraux entièrement détruits par un orage voici près de 30 ans.
Restauré, certes, mais cela pose des problèmes. Il faut d’abord tenir compte du style dans lequel est exécuté d’ouvrage et respecter son unicité. Il faut parfois lorsque le verre est entièrement démoli, retrouver l’idée originale, la disposition et l’ordonnance originales. Un même morceau de verre resté accroché au plomb devient alors tout un des voyages. Un bon restaurateur ne doit pas laisser la trace de son passage. Et pourtant ! Combien rencontre-t- on de reprises malhabiles, de réparations effectuées sans souci du respect de l’artiste créateur.
Vertige
Un aspect de ce travail est à mentionner puisqu’il est un peu un critère de la profession. Il ne faut, en effet, pas être sujet au vertige. Le plus souvent l’installation d’un échafaudage serait plus onéreuse que la réparation elle-même. Aussi le restaurateur doit-il conserver toute son habileté et la maîtrise sur le dernier barreau d’une échelle ou sur une mince corniche, et ce fréquemment une dizaine de mètres du sol ! Arrivé au sommet de l’échelle, il a d’ailleurs des surprises : telle atteinte qui semblait minime, vu de bas, se révèle, vu de plus près, être le symptôme d’une affectation générale qui nécessitera de grands soins. Les vitraux devraient être entretenus plus souvent, au moins tous les 10 ans est particulièrement ceux exposés au nord, qui l’hiver venu se recouvrent de lichen sous l’effet de la condensation. Ce conseil les maîtres verriers du Moyen Âge l’avaient peut-être déjà donné. Leurs héritiers s’en souviennent. Et les vitraux de chanter dans les églises la longue tradition d’artistes qui ont découvert le secret de jouer de la lumière comme d’un instrument, un instrument merveilleux, aux harmonies étonnantes, au registre surprenant. Une lumière qui peut d’ailleurs être artificielle si le ciel s’obscurcit par trop.
Guy Moïse. Photos Maurice Morel
Est Républicain, 11 Juin 1963
Mais il existe, avenue Denfert Rochereau ce très beau vitrail réalisé par la famille Boudin.

Vitrail dans la montée des escaliers d’un immeuble de l’avenue Denfert Rochereau. Photo Alain Prêtre
Malheureusement le petit vitrail apposé sur la stèle de la tombe de la famille Boudin, au cimetière des Chaprais, est dans un triste état. Il serait dommage qu’il disparaisse car il affiche les valeurs de ces peintres verriers : Ténacité Travail et leur devise : Vouloir pour Pouvoir. Bien faire et laisser dire.

Photo Collectif Histoire des Chaprais
Sources : archives municipales.
J.C.G.


