
Charles Weiss 1779-1866 Portrait anonyme MBA Besançon.
Il est mort il y a 160 ans. Pierre-Charles Weiss vient au monde le15 janvier 1779 dans le quartier de Battant à Besançon d’un père Claude-Louis, bonnetier et de Claudine Travelet. Il est baptisé le lendemain 16 janvier à l’église de la Madeleine.

Maison natale de Charles Weiss
Après vraisemblablement avoir fréquenté l’école paroissiale de la Madeleine, sa mère le pousse à poursuivre ses études au collège Saint-Louis ancien collège des Jésuites.
Dans une maison voisine est né Charles Nodier -une des futures figures de l’école romantique- et de cette époque naît entre les deux hommes une amitié qui ne se démentira jamais.
Les enfants Nodier et Weiss participent à la fête de la Fédération en 1790 mais lorsque la Terreur sévit à Besançon, Charles Weiss qui pour se rendre au collège traverse la place de la Loi où s’élève la guillotine s’empresse de prendre un autre chemin pour ne plus voir la foule qui se rue pour assister aux exécutions. Charles Nodier, lui depuis ce moment deviendra un ferme opposant à la peine de mort.
Les jeunes gens se défoulent dans les guinguettes des Chaprais et de Saint-Claude.
En 1801 après la mort de son père, il est secrétaire à la mairie de Besançon, et en 1804, il devient le secrétaire particulier du maire Daclin. Il fréquente les librairies et lit beaucoup. Avec l’appui du préfet Jean de Bry, il entre à l’académie de Besançon.
En 1808, la ville de Besançon décide la construction sur les plans de Denis Lapret de la première bibliothèque publique de France qui ouvre en 1818 et Charles Weiss nommé conservateur s’installe tout près dans la maison des Carmes, Grande rue jusqu’à sa mort.

Bibliothèque d’étude et de conservation de la ville
Pendant plus d’un demi-siècle il se dévoue sans compter et sous son impulsion, l’institution bisontine sera l’une des plus importantes de France. Il fait ajouter plusieurs ailes au bâtiment originel et triple le nombre de volumes. Il se rend fréquemment à Paris chez les bouquinistes et trace les bases du musée des Beaux-Arts en présentant des médailles et des gravures. Il va collaborer à la Biographie Universelle de Michaud (130 volumes en deux éditions) en fournissant plus de 5000 notices. Les précieuses lettres échangées avec de nombreux correspondants sont conservées dont celles d’Abel-Remusat qui habite Paris et ne trouvera jamais le temps de se rendre à Besançon ; il écrit à Weiss « Besançon et la paroisse de la Madeleine sont le lieu natal de ma mère, je me plais à les considérer de même ; je suis presque aussi comtois que vous le désirez.» Il écrira quarante-deux lettres que l’on peut lire sur le site de la ville de Besançon « Mémoires vives. »
Charles WEISS tient un journal des évènements, des voyages en Franche-Comté et de ses déplacements. Ainsi on peut lire la narration d’un séjour à Paris où il se rend avec Nodier au Palais-Royal pour déjeuner chez Abel et rencontrer ensuite de nombreux savants à la bibliothèque de l’Institut.
La ville l’honore de médailles et de bustes mais le plus bel hommage lui est rendu par son ami Charles Nodier titulaire de la bibliothèque de l’Arsenal à Paris qui en fit le héros de «l‘Histoire du Roi de Bohême et de ses sept châteaux.» et le recommande auprès de nombreuses relations comme Barbier au Louvre, van Praet à la bibliothèque royale et Feuillet à l’Institut.
L’architecte du roi Pierre-Adrien Pâris né et mort à Besançon lègue en 1819 ses précieuses collections dont des dessins de Fragonard et Bouché, à la bibliothèque qu’il faut agrandir même si Weiss doit abandonner ensuite de nombreuses pièces au profit des musées des Beaux-Arts et d’archéologie.
On lui doit aussi, provenant de la démolition du clocher de l’abbaye Saint-Paul la sauvegarde de la double arcade romane du XIème siècle qu’il installe dans la cour de la bibliothèque bisontine. Son dévouement est sans limite et il se fait seconder par Xavier Marmier, Paul Viancin et surtout Auguste Castan son futur successeur.
Il rédige de nombreuses notices sur les comtois célèbres, rédige de nombreux articles et collabore à la publication des papiers d’Etat du cardinal Granvelle interrompue puis finalisé seulement en 1877 après son décès.
Comme l’écrit Suzanne Lepin « les nombreux portraits que nous conservons de Weiss permettent d’imaginer qu’il fut beau même si la médiocrité de son costume n’altérait en rien la distinction et la noblesse de son allure ; les notes de dépenses font plus état d’achat de livres que de visites chez le tailleur. »

Buste de Charles Weiss Marbre de Clésinger 1845 MBA Besançon
Charles Weiss refuse toute promotion qui l’éloignerait de sa province et à la fin de sa vie il séjourne à Gray chez le baron Martin et part faire les vendanges chez le président Bourgon à Auxon. Il aide de ses deniers Rouget de l’Isle, il recommande à ses relations parisiennes les jeunes Gustave Fallot, Xavier Marmier et Charles de Bernard. La liste est longue de tous ceux qui ont bénéficié d’une façon ou d’une autre de son appui tels Charles Viancin, le poète Demesmay, le sculpteur Maire, les peintres Lancrenon et Gigoux, les deux Clésinger, Francis Wey, Charles de Rotalier etc.
Ses échanges épistolaires avec Victor Hugo, Sainte-Beuve, Proudhon, et Pasteur furent nombreux et ses rencontres avec Honoré de Balzac et surtout Charles de Montalembert, allié à la prestigieuse famille de Grammont de Villersexel et député du Doubs le marqueront profondément.
Membre de l’Institut, Charles Weiss est officier de la Légion d’honneur lorsqu’il meurt à son domicile le 11 février 1866.

Charles WEISS était logé aux Carmes dans l’hôtel de la famille Marquiset au 88 Grande Rue mais il occupait un appartement dont les fenêtres plongeaient sur la promenade Granvelle
Le conseiller à la cour M. Tripart est son exécuteur testamentaire. Dans ces nombreux legs, les établissements scientifiques et hospitaliers sont cités. Après la liquidation de la succession, la somme de 56 000 francs fut offerte tenant compte des aspirations du défunt au bureau de bienfaisance en faveur « des personnes de l’un ou l’autre sexe, habitant de Besançon, qui, après avoir passé leur vie à s’occuper, dans les sciences, les lettres et les arts, des travaux de l’intelligence, se trouvaient à la fin de leur carrière, par des causes n’entachant pas leur honorabilité, dans une situation précaire ou malheureuse. »

Tombe de Charles Weiss au cimetière de Saint-Ferjeux
Gilles CHAMPION.
A l’occasion du 160° anniversaire de la mort de Charles Weiss, M. Gilles Champion a écrit au maire de Besançon afin de lui proposer de baptiser la future grande bibliothèque en cours de construction, du nom de Charles Weiss.

Future grande bibliothèque à Saint-Jacques
Le Collectif Histoire des Chaprais soutient cette proposition ainsi que d’autres associations patrimoniales bisontines. A suivre donc…
A noter la publication par les Presses universitaires de Franche-Comté (PUFC) du Journal de Charles Weiss, en 4 volumes, de 1815 à 1842. Et ce grâce au travail érudit de Madame Suzanne Lepin qui a établi ces textes manuscrits, a rédigé une introduction et les notes. Ces ouvrages sont toujours disponibles à la vente, à la boutique des PUFC 47 rue Mégevand à Besançon.


