
Comme nous l’indiquons sur ce site, dans l’introduction à l’Histoire des Chaprais, le développement du quartier se fait à partir du milieu du XIX° siècle.
En 1836, les Chaprais comptent 640 habitants seulement. La construction du pont de fil de fer (actuel pont de la République) en 1838, puis la construction de la gare en 1856 vont permettre le développement de notre quartier sur cette rive droite du Doubs.

Le pont de fil de fer est à péage : les usagers paieront durant plus de 37 ans le droit de passage.
Photo collection Moutrille Mémoirevive Besançon
En 1866, on dénombre 1 733 habitants, puis dix ans plus tard 2 874. Son développement rapide pose, bien sûr, de nombreux problèmes : problèmes de voierie, d’éclairage public, d’accès à l’eau potable, aux égouts, dénomination des rues et chemins, etc. Aussi n’est-il pas étonnant que les chapraisiens s’organisent afin d’obtenir de la municipalité, l’aménagement de cette banlieue.
La première forme d’organisation prend le nom de Cercle agricole et industriel des Chaprais.

Les statuts imprimés sont datés de 1877.
Pourquoi un tel nom ? On en trouve l’explication dans le Bulletin publié en 1887 par la société syndicale pour l’amélioration des Chaprais.

« Ce fut afin de remédier à cet état de chose déplorable que nous avions besoin de nous entendre, nous qui avions foi dans l’avenir de cette localité. Et, un beau jour, nous résolûmes de former une société, un pacte d’union pour l’amélioration des Chaprais. Nous savions que l’union fait la force, et nous pensions qu’en nous concertant pour nous plaindre auprès de qui de droit, nous serions un peu mieux entendus.
On va voir que nous n’avons pas été tout à fait déçus.
On n’était pas libre, sous l’Empire, de se syndiquer comme on voulait.
Après beaucoup d’hésitation, nous prîmes le parti de fonder un cercle où sous prétexte de s’amuser, on fut libre de causer d’affaires, de s’occuper des questions locales, surtout des questions intéressant les Chaprais, et d’aviser s’il n’y aurait pas moyen d’améliorer cette localité laissée à l’abandon. À cet égard, nous en avions déjà gros sur le cœur.
Notre petit cercle des Chaprais, nous l’avions prétentieusement qualifié d’agricole et industriel, bien qu’il ne fût ni l’un ni l’autre. Mais Auguste Klein, le membre le plus agissant et le plus en vue de notre société, nous pourrions dire notre chef de file, avait voulu cela, pensant flatter l’amour-propre de quelques maraîchers riches et de deux ou trois maîtres d’usine qu’il espérait attirer dans notre entreprise.
Nous avions besoin, à la vérité, de tout notre monde des Chaprais pour faire un peu figure.
L’ouverture du cercle se fit avec une certaine solennité, le 2 mars 1862.
Ce jour-là nous donnâmes à nos amis une petite fête d’inauguration avec le concours de la fanfare des Chaprais et de quelques artistes de bonne volonté, MM. Renaudin, Stehlin, Tonnet, etc.
La route de Baume avait mis ce jour-là ses plus beaux habits des dimanches. Pour que tout le monde prit part à nos réjouissances, on avait fait aux indigents des Chaprais – ils étaient moins nombreux qu’aujourd’hui – une distribution de viande et de riz, au moyen de bons envoyés à domicile ».
Ce premier Cercle agricole et industriel des Chaprais date donc de 1862. Nous trouvons peu d’archives le concernant. Un des problèmes soulevés par le cercle est celui de l’éclairage au gaz comme l’indique ce compte-rendu de conseil municipal de la ville.

Compte-rendu du conseil municipal du 16 juin 1865
Afin de financer ses activités, des fêtes sont organisées : bals, tombolas.
A la suite de l’incendie de l’usine de distillerie Bugnot-Colladon, en 1868, incendie qui fit 7 victimes parmi le personnel (dont le fils Bugnot), le cercle verse 100 francs au fond créé pour les familles des victimes.

Courrier Franc-Comtois du 23 juin 1868
En 1877, des statuts sont officiellement déposés. Ils ne comptent que 10 articles.
Toujours en 1877, le Cercle sollicite la mairie pour sa loterie et obtient de la ville la somme de 44 francs.

Compte-rendu conseil municipal 5 juin 1877
En 1879, c’est une salle qui est sollicitée pour un bal.

Archives municipales
Au début des années 1880, la population des Chaprais pétitionne à tout va : chemins et rues, trottoirs, eau, égouts, éclairage public sont des sujets de préoccupations quotidiens pour la population de cette banlieue en plein développement. Il est vrai que la plus grande partie des Chaprais vient d’être intégrée à la ville par le recul des limites de l’octroi. Ce qui fait que les chapraisiens doivent désormais acquitter les taxes établies. Le maire, prétendent les habitants, aurait promis que ces taxes perçues aux Chaprais seraient utilisées pour l’amélioration des conditions de vie des habitants.
Et, dans le même temps, c’est la crise au sein de l’association, si l’on en croit ce rapport spécial de police ci-dessous. Un Cercle dissident semble vouloir se créer
Rapport Spécial de Police
Commissariat 3° arrondissement
13 février 1880
Le Cercle dit de l’Union en voie de formation aux Chaprais aura son siège dans l’ancien local du cercle agricole et industriel maison Mareschal.
Il se compose déjà des membres fondateurs ci-après nommés dont plusieurs faisaient partie du Cercle agricole duquel ils se sont retirés parce que, prétendent ils les réceptions des nouveaux membres n’étaient pas assez sérieuses ; qu’on admettait trop facilement des individus dont la conduite et le caractère laissent à désirer et que les admissions étaient faites par les seuls membres présents sans que tous les membres du Cercle en aient été avertis.
La formation de ce nouveau Cercle paraît n’avoir pour eux que la composition d’hommes sérieux et tranquilles n’aimant pas à fréquenter les cabarets et à se trouver en contact avec toutes sortes de gens.
Les renseignements recueillis sur les membres fondateurs dont les noms suivent sont bons tant pour la moralité la conduite.
1.- BARBIER, négociant aux Chaprais, membre fondateur Président provisoire
2.-TISSOT fabricant d’horlogerie vice-président
3.- BOURQUIN employé des postes vice-président
4.- MARESCHAL Camille clerc de notaire secrétaire
5.- SOLEILLANT cafetier gérant
Fin du rapport

Le 27 mai 1880, un article consacré à la situation des Chaprais paraît dans le quotidien La Démocratie Franc-Comtoise et ce sous la signature énigmatique d’un certain A.P. qui se présente comme chapraisien depuis de nombreuses années et membre du Cercle Agricole.
En voici la retranscription. En titre :
LES CHAPRAIS
A quoi tient la prospérité d’un pays ? – Souvent à des circonstances fortuites, j’en conviens ; mais souvent aussi aux efforts et sacrifices de ceux qui l’habitent.
Depuis bien longtemps déjà, je réside aux Chaprais. J’ai pu suivre pas à pas les développements remarquables qu’à pris cette localité dans moins d’un demi-siècle. Est-ce que vous croyez que la chose s’est faite toute seule, et que les cailles, comme on dit, sont tombées dans la bouche cuites à point ?
Non ; nous avons quelquefois aidé aux circonstances dès que nous l’avons pu. Et c’est toujours comme cela qu’il faut faire.
Les seuls établissements dont les Chaprais aient été notés gracieusement par la ville de Besançon, ce sont les cimetières. – Ne riez pas. – On croit que c’est peu ; moi je pense que c’est beaucoup.
L’établissement du grand cimetière a commencé pour nous l’ère des prospérités sérieuses. C’est une des causes premières du peuplement si remarquables de notre localité. Il fallait au champ des morts une équipe de fossoyeurs, un concierge et leurs familles ; puis sont venus s’installer tout à côté des marbriers, des marchands d’ornements funéraires, des fleuristes, etc. Bref, le cimetière nous a valu un supplément de population de 300 âmes. Et, en fin de compte, plus on est nombreux, plus on consomme ; la consommation enrichit le commerce.
Il est vrai qu’en choisissant cet emplacement pour ses cimetières, l’Administration municipale n’a pas agi pour notre bien ; elle a obéi à des motifs d’ordre général, puisque le bon sens indique qu’on doit reporter au nord, sous le vent des villes, les établissements insalubres, quels qu’ils soient. C’est pour cela qu’il est, je crois question d’établir bientôt dans une des combes derrière Palente les dépotoirs qui devaient être primitivement placés à la Bouloie ou à Saint-Ferjeux.
On nous donne à nous ce dont les autres ne se soucient pas. En somme, notre situation topographique au nord de Besançon a jusqu’ici servi aux intérêts, c’est incontestable. Mais, en réalité, nous ne devons à la munificence de nos édiles que l’établissement de trois ou quatre cimetières, et la promesse d’un Observatoire dont le devis n’est pas près d’être élaboré…
Tandis que d’autres quartiers de la ci-devant banlieue, comme la Butte et Canot, qui se plaignent et qui nous envient, ont obtenu de la ville ou de l’État :
1° Des abattoirs superbes et des marchés ;
2° un dépôt régional ou départemental d’étalons ;
3° une maison d’arrêt nouveau modèle ;
4° de vastes casernes d’artillerie ;
5° un beau pont de pierre, des voies d’accès magnifiques, etc., sans compter ceux que j’oublie…, et tout cela gratuitement. Ils n’ont eu qu’à demander pour être servis.
Note de la rédaction : les habitants de la Butte et de Canot pourraient répondre à notre excellent correspondant, qui a parfaitement raison d’ailleurs dans ses revendications : si vous étiez de chez nous, vous seriez convaincu que nos demandes sont aussi légitimes que les vôtres. Ils ne manqueraient pas de lui dire en tout cas : vous avez une école et nous n’en avons pas !
Nous, artisans- pauvres et maraîchers pour la plupart, nous avons acheté toutes les faveurs dont nous avons été l’objet. Nos ponts de Bregille et des Chaprais ? Notre route du pont de fil de fer à la route de Baume ? Nous les avons payés d’un péage qui a duré 37 ans, 11 mois et 29 jours… Nos fontaines ? C’est un don particulier… Notre éclairage au gaz ? Nous en devons l’installation à des souscriptions personnelles… Nos trottoirs ? Nous les devons à une spéculation hardie de notre petit cercle agricole… Voici comment les choses se sont passées. Depuis longtemps, les routes de Morre et de Saint-Ferjeux étaient pourvues de trottoirs. Quand nous en demandions pour la route de Baume, on nous répondait que l’administration ne pouvait donner suite à cette demande, parce qu’elle ne savait pas où et par quoi déverser les eaux de la chaussée. La route était boueuse et impraticable bien souvent. Le cercle agricole, sous la présidence de M. Klein, acheta le terrain Roy, en face de la Viotte, pour céder un canal d’un mètre aux ponts et chaussées et pour se défaire du reste, comment pourrait. La combinaison réussit, et nous avons ainsi obtenu des trottoirs à nos risques et périls.
Quant à l’installation du gaz, nous l’avons payée intégralement au moyen de dons volontaires s’élevant à 2000 Fr. Demandez aux autres quartiers de la banlieue de la ci-devant banlieue les sacrifices qu’ils ont faits pour avoir du gaz, des trottoirs ou des fontaines !
En 1856, grâce à la construction et à l’exploitation du chemin de fer, les Chaprais voient tout à coup le chiffre de leur population augmenter d’un quart. Ce pays, la patrie des vieux maraîchers et des confrères du bienheureux saint Fiacre, se transforme a vue d’œil par suite d’une invasion de poseurs, de terrassiers, de petits employés de la gare du dépôt qui cherchent à se caser dans les maisons du voisinage devenue insuffisantes. Les petits propriétaires des Chaprais, – il n’y en avait pas d’autres, – agrandissent leurs immeubles ou se hasardent à faire des constructions nouvelles ; quelques petits entrepreneurs bâtissent par spéculation ou achètent des terrains étroits qu’ils morcellent après y avoir tracé des chemins qui ne répondent à rien…
L’élan était donné ; mais il n’était soutenu par aucun gros financier, ni contenu, ni dirigé. Aussi cette prospérité trop apparente fit-elle le malheur et la ruine de plus d’un artisan trop facile à s’illusionner.
Quoi qu’il en soit, le chemin de fer était pour la population des Chaprais une énorme bonne fortune.
La 7° section municipale de Besançon comprend toute la paroisse de Bregille des Chaprais et une notable partie de celle de Saint-Claude, comme les Chailluz, Trey et tout le côté nord est de la route qui traverse ce faubourg. Cette section qui comptait au recensement de 1851, 3414 habitants dont compter encore que 3491 recensements au recensement de 1856. D’un recensement à l’autre, elle n’avait donc augmenté que de 77. Cinq ans après, au recensement de 1861 qui suivit l’ouverture de la ligne de Dijon à Belfort, en y recensaitr 4323 habitants ; aujourd’hui on n’en recense de 8000.
Je n’examine pas ici toutes les causes qui ont pu faire doubler en si peu de temps le chiffre de notre population suburbaine, comme la construction du quai par exemple et la démolition de Battant, qui ont fait refluer sur la banlieue beaucoup de familles dépossédées ; je me contente d’en signaler une, l’établissement du chemin de fer.
Il est avéré que les différents services de cette exploitation ont amené et fixé parmi nous plus de 500 ménages de braves gens venus du dehors pour la plupart. C’est un apport de 2000 consommateurs très sérieux, qui s’approvisionnent sur place chez nos détaillants. Je dis des consommateurs très sérieux parce que l’ouvrier de chemin de fer et l’employé le plus modeste de cette administration tient à sa place qui le fait vivre ; il craint de la perdre, il paie régulièrement ses fournisseurs. On ne peut pas dire cela de tout le monde.
La 7° section en général a profité de ce surcroît de bonne population, Saint-Claude aussi bien que les Chaprais. Saint-Claude a recueilli un certain nombre d’employés du mouvement, des hommes d’équipe, des conducteurs de train, des facteurs de gare et des commis ; les Chaprais surtout bénéficiaient des ouvriers du dépôt, comme nettoyeurs, coketiers, ajusteurs, mécaniciens et chauffeurs, bien qu’on y compte encore quelques agents de la gare. Mais ces derniers ne demanderont pas d’aller à bref délai résidé à Saint-Claude ou ailleurs pour se soustraire aux exigences de l’octroi municipal dont sont frappés les Chaprais.
Mais au moins, par la force des choses, conserverons nous aux Chaprais le personnel du dépôt ? Il ne faut pas nous illusionner à cet égard. Il est très sérieusement question de transférer le dépôt des machines vers la Butte et le Sacré-Cœur … de sorte que les employés du chemin de fer pour la plupart déserteront les Chaprais, les uns afin d’échapper à l’octroi ; les autres, pour suivre l’établissement où ils travaillent.
Voilà une translation qui est de nature à léser gravement nos intérêts. Est-ce une affaire décidée ?
Depuis longtemps la Compagnie de Lyon a reconnu l’insuffisance de son dépôt actuel, la Rotonde qui ne peut guère recevoir que 50 machines. Il avait été question de l’agrandir là où il est ; mais avant que les agrandissements en projet aient été réalisés, des nécessités imprévues se sont produites, des lignes nouvelles ont été ou vont être exploitées, les voies stratégiques qui viennent d’être construites dans toutes les directions pourront servir d’un moment à l’autre. Ce n’est plus un dépôt pouvant renfermer 50 ou 60 locomotives seulement qu’il nous faut ; c’est un dépôt pouvant en renfermer 100. Or, non seulement la Rotonde ne suffit pas, mais l’emplacement sur lequel elle est bâtie ne permet pas qu’on lui donne tous les développements dont on aura besoin ; à moins qu’on ne déplace un chemin vicinal et qu’on exproprie des terrains très coûteux pour y faire ensuite des remblais considérables.
Aujourd’hui, la Compagnie cherche ailleurs un emplacement qui convienne. Elle croit avoir trouvé un peu plus loin que la Gibelotte. J’ai même entendu dire que, sans les exigences du génie qui maintient ses servitudes et ses zones réglementaires, la chose serait accomplie.
Gens des Chaprais, devons-nous attendre pour agir que la mesure soit décidée et que l’expropriation commence ? Ou bien pouvons-nous compter sur d’autres que sur nous-mêmes pour défendre et sauvegarder nos intérêts compromis ?
Évidemment non. Nous devons lutter encore, lutter toujours ; il faut tâcher de maintenir au milieu de nous ces ateliers et ce dépôt dont nous jouissons depuis près d’un quart de siècle, et faire en sorte que nous conservions un personnel qui contribue tant à la prospérité de notre intéressant quartier, dussions-nous faire quelques sacrifices en vue de cela.
Nous avons en notre faveur une possession déjà ancienne. Nous étions quelques que sorte en droit de compter sur la stabilité d’un établissement aussi important et à cause duquel nous avons fait des appropriations quelquefois onéreuses et des acquisitions. Serait-il juste de perdre tout cela ? Et serions-nous raisonnables de laisser ainsi tranquillement et sans élever la voix s’accomplir le bouleversement de nos intérêts au profit des rentiers de Canot ou de Fontaine-Ecu ?
Ce serait, en effet, jeter une certaine perturbation dans les affaires de notre localité que de déplacer à son détriment et sans motif d’absolue nécessité un grand centre de travail sur lequel elle comptait, que de déposséder par le fait des nettoyeurs, des mécaniciens, des chauffeurs comme j’en pourrais citer un certain nombre, qui ont acheté ou fait bâtir des maisons à proximité de la Rotonde, parce qu’ils la croyaient établie là où elle est pour bien longtemps.
C’est donc à nous d’aviser.
A.P.
La démocratie Franc-Comtoise
27 mai 1880
Le 7 juillet, une pétition des habitants des Chaprais est examinée en conseil municipal.


Conseil municipal du 7 juillet 1880
Toujours en 1880 paraît, au mois de novembre, un nouveau journal à l’existence éphémère puisqu’il comptera 4 publications seulement et cesse de paraître dès décembre 1880. Il s’agit de L’Avenir de Besançon, dirigé par Charles Perron, avocat, le fils du docteur Perron que nous évoquons sur ce site, comme personnalité des Chaprais. Voirhttps://www.histoire-des-chaprais.fr/portfolio-items/le-docteur-charles-francois-alexandre-perron/
Et dès le n°2 de cet hebdomadaire, le 21 novembre 1880, un article sur les Chaprais est publié annonçant la création d’un nouveau Cercle des Chaprais

Voici la transcription de cet article dans son intégralité.
Société l’amélioration des Chaprais
Un nouveau cercle va se fonder aux Chaprais.
C’est dimanche prochain, 21 novembre, salle de la société coopérative aux Chaprais, qu’aura lieu la réunion des futurs membres de ce centre.
Le cadre restreint de ce journal nous permettant pas de reproduire dans son extension le programme de ses statuts, nous nous bornerons à donner ici la substance de ses principales dispositions
Ce cercle aura pour objet principal l’étude des questions qui importent au bien-être matériel et moral de la population et des moyens par lesquels cet avantage pourra lui être procuré. Création de voies nouvelles développement du commerce et des affaires, hygiène, améliorations de tout genre et de toute nature ; rien de ce qui peut contribuer au développement et à l’embellissement des Chaprais ne sera étranger aux travaux du cercle dont chaque membre sera appelé à donner son avis sur les propositions diverses intéressant la banlieue et qui seront produites et discutées entre sociétaires.
Quant aux conditions d’admission, les statuts du cercle sont assez larges pour en permettre l’entrée à toute personne jouissant de ses droits de citoyen (6fr. par an) est assez minime pour n’en exclure les personnes d’aucune condition.
La société espère par-là pouvoir recruter promptement de nombreux adhérents, et nous ne croyons pas que cette prétention est rien exagérée, car son programme est tel qu’il recommande le cercle nouveau à tous ceux qui se préoccupent de l’avenir du bien-être des Chaprais, quelles que soient du reste les divergences d’opinion et de caractère qui les séparent.
La plupart des cercles ayant pour but principalement l’agrément et la distraction de leurs membres, on conçoit que ces cercles ne sauraient comporter les dissidences d’opinion, l’antipathie et l’incompatibilité des caractères. Dans un cercle comme celui-ci, qui propose à ses membres un programme d’utilité générale, cet antagonisme ne saurait résister à la considération de leur intérêt commun, de telle sorte que cette solidarité d’intérêt établit entre tous les membres une sorte de terrain commun sur lequel s’opèrent incessamment un rapprochement inévitable et forcé ; et bien loin qu’alors les divergences de caractère puissent être dans cette Société une cause perpétuelle de discorde, ce n’est plus que la condition nécessaire à toute discussion et de tout débat la contradiction.
Si c’est le nombre et la cohésion des sociétaires qui fait la force de leur association, c’est leur esprit d’initiative qui lui procurent la vie et l’activité. C’est dans cette pensée et pour assurer à chacun des membres sa part d’initiative et l’indépendance de son action, que l’on a imaginé d’introduire dans la nouvelle Société une innovation qui consiste à diviser les sociétaires en groupes de quartier, chaque groupe constituant ainsi un antre d’informations et d’étude que recueille et centralise un comité.
Ce cercle ainsi organisé régule rendra, nous espérons, de grands services à la population des Chaprais, qui n’a peut-être pas obtenu tout ce qu’elle pourrait désirer en raison de l’accroissement rapide de sa population. Elle a, dès lors, jugé nécessaire de se concerter et constituer Société qui pût suppléer par l’impulsion des plus capables et des plus actifs à l’indifférence se croit victime. C’est là ce qu’ont pensé les promoteurs du nouveau cercle des Chaprais, et ils l’ont pensé avec raison. Espérant que la population des Chaprais entendra le rappel et les suivra dans leur entreprise. Le nouveau cercle répondra aux aspirations des habitants des Chaprais et au besoin qu’ils éprouvent de trouver dans l’union de leurs efforts et de leurs volontés les moyens de suffire aux exigences de leur situation.
Nous citerons comme exemple de ce que peut l’esprit d’initiative ce qui s’est passé chez des voisins. Les propriétaires du faubourg de France, à Belfort, n’ont pas attendu l’action de leur municipalité pour se créer les routes et les trottoirs qui font encore défaut Chaprais. Ils ont eu plus d’initiative et d’à-propos, et c’est eux-mêmes qui ont créé ces rues et ces trottoirs, en sacrifiant leur terrain et en s’imposant quelques dépenses, dont il savait d’ailleurs devoir recueillir le profit. C’est grâce a ses sacrifices que ce faubourg désormais accessible, a pris un tel accroissement en richesses et en population, qu’il surpasse aujourd’hui sous ces deux rapports la vieille cité. Voilà ce qu’ont fait ces Belfortains et ce que feront les habitants des Chaprais, s’ils savent s’entendre et se coaliser pour défendre leurs intérêts. Déjà quelques-uns d’entre eux n’ont-ils pas donné l’exemple à leurs concitoyens, M. Savoye, par exemple, en établissant à ses frais le chemin qui conduit à sa propriété.
Cet exemple sera suivi. Mais il appartient au cercle qui va s’établir de développer et de diriger ce mouvement. Son œuvre ne s’arrêtera pas là, et le fractionnement par dizaine de ses membres, en sollicitant davantage l’initiative individuelle, permettra à la Société d’étendre plus loin son action est d’embrasser plus étroitement la question multiple de ses intérêts.
Pour nous, à qui il n’appartient pas de régler ce mouvement, mais d’encourager ces efforts, nous applaudissons à ce projet, car il est toujours beau de voir se développer chez une population le goût d’institutions semblables qui favorisent l’esprit d’initiative et de spontanéité, et nous saurons nous rappeler à l’occasion cet engagement de notre programme, de coopérer à l’œuvre de chaque Société utile, en relatant ses actes, en parlant de ces travaux.
C.P.
L’Avenir de Besançon
21 novembre 1880
Effectivement des statuts sont déposés au cours de cette année 1880. Cette fois, ils comportent 50 articles (au lieu de 10 articles, rappelons le, dans les statuts de 1877). Il est rappelé que les jeux d’argent sont interdits et que les discussions politiques et religieuses sont prohibées. Le cercle est ouvert à tout français de bonne éducation et mœurs, majeurs. Les étrangers qui résident depuis plus de 6 mois à Besançon sont également admis. Sont précisées les conditions d’admission et d’exclusion. D’autres articles traitent De l’administration du cercle; des attributions de la commission (composée de 11 membres); des attributions du secrétaire, du trésorier, du chef du matériel; du budget.
Une liste de 109 membres est jointe à la déclaration de ces statuts.
Pourquoi une telle agitation en cette année 1880 ? Nous sommes en fait à la veille d’élections municipales programmées début 1881. D’ailleurs l’avocat Charles Perron qui donne son adresse route de Baume aux Chaprais, réside certainement chez son père dans la maison du 80 rue de Belfort. et il publie cet article significatif :

L’Avenir de Besançon 21 novembre 1880
Par contre, un nouveau cercle est bien créé, mais quelques années plus tard, en 1885. Et ce sous la Présidence de l’auteur de l’article paru le 27 mai 1880 dans le quotidien La Démocratie Franc-Comtoise, un certain A.P.
Nous évoquerons donc cette histoire dans un second article. Quant à l’avocat Charles Perron, il semble qu’il ait quitté très tôt Besançon pour une carrière dans la magistrature.
Sources : Mémoirevive Besançon; archives; Gallica.
J.C.G.






