Henri Fertet nait le 27 octobre 1926 à Seloncourt dans le Doubs et fait ses études primaires dans cette localité où ses parents sont instituteurs.

 

Henri FERTET Archives Départementales du Doubs 

 

En 1937, il intègre le Lycée Victor Hugo de Besançon en 6ème, où il se révèle un élève vif, appliqué, passionné d’histoire et d’archéologie.

 

La classe de 5ème A – A2 1938-1939. 
 Archives du Collège Victor Hugo – AD25

 

En octobre 1940, après une parenthèse scolaire au collège d’Arbois durant son année
 de 4ème (1939-1940),
 il retrouve 
le Lycée Victor Hugo.

Tandis que du 12 octobre 1940 au 02 avril 1941, une partie du lycée est occupée par une compagnie du génie composée de 170 soldats allemands, certains élèves sont déjà entrés en Résistance.

 

Tract d’un élève du Lycée Victor Hugo en faveur de la célébration du 11 novembre 1940. Archives Départementales du Doubs

 

Les croix de lorraine fleurissent sur les murs du lycée ou sont gravés sur les tables et les bancs des salles de classe.
Un élève, André Ducret, est définitivement exclu du lycée le 21 mars 1941 au motif d’avoir, depuis la fenêtre de sa salle de classe du 1er étage, lâché un encrier sur la tête de la sentinelle allemande stationnant à l’entrée du lycée.

 

André Ducret. Archives Départementales du Doubs

 

D’autres élèves crépissent l’Aigle du 3ème Reich de boulettes de papiers à chaque passage dans l’escalier d’Honneur du lycée. Citons aussi Jean Grappin, élève de la classe de Philosophie, exclu du Lycée Victor Hugo le 13 mai 1942 pour avoir décroché et subtilisé le portrait du Maréchal Pétain qu’un élève avait apporté au lycée. Il entrera en Résistance, en 1942, aux côtés d’Henri Fertet.

Comme eux, Henri Fertet aspire à la libération du pays. Au cours de l’été 1942, Raymond Tourrain,élève du Lycée Victor Hugo, lui propose d’intégrer le groupe de Résistance de Larnod, dirigé par Marcel Simon. La majeure partie de ses membres était constituée de jeunes fils de paysans qui s’étaient liés d’amitié au sein de la J.A.C. (Jeunesse Agricole Chrétienne) et qui entrèrent en Résistance dès juin 1940.

 

André Ligier, Raymond Tourrain, Gabriel Ecarnot et Paul Ligier du groupe Guy Mocquet, dans le maquis, juillet 1943. Archives du Collège du Victor Hugo. Ci-contre, photographie de Macel Simon : Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon : MRDB

 

Ce groupe de Résistants, gaullistes de la 1ère heure, reconnu comme l’une des premières unités de Résistance en Franche-Comté, s’organise déjà selon les principes de la Résistance clandestine : constitution de groupes de combat et du rang de chacun, attribution de noms d’emprunt à chaque membre pour préserver l’anonymat, entrainement au tir avec les armes récupérées pendant la retraite de l’armée française ou volées aux allemands, fabrication et essais d’explosifs dans les casemates des vieux forts environnant Besançon, repérage de cibles potentielles..

 

Henri Fertet 
en 3ème A’, 1942

 

Henri Fertet, s’engage sans hésiter. Sous le matricule Emile – 702, il est désigné chef d’équipe malgré son jeune âge. Son sang-froid et sa détermination rassurent et inspirent confiance à Marcel Simon.

C’est ainsi que dans le contexte de l’occupation, chargé de menaces, de privations de toutes sortes et de restrictions des libertés, Henri Fertet partage son temps entre les cours au Lycée Victor Hugo durant ses années de 3ème et de 2nde et ses entrainements militaires le soir ou pendant les journées libres.

Au quotidien, tout manque : les aliments les plus élémentaires, le pain, le papier, le charbon, le pétrole, les chaussures, …

Les écrits de la mère d’Henri Fertet à l’Ordre de la Libération témoignent de ce climat de pénurie généralisée. Par exemple, elle conseille à ses enfants de marcher dans l’herbe, sur le bord des routes plutôt que sur le macadam, pour préserver la semelle de leurs chaussures.

 


Affiche « Economisez le pain » Archive : Musée de la Résistance et de la déportation de Besançon

 

On retrouve aussi les noms d’Henri Fertet de de son jeune frère Pierre sur un cahier de recensement des demandes de bons de chaussures
du lycée.

 

Cahier du service de gestion des bons de chaussures du Lycée Victor Hugo. Archives du Collège Victor Hugo – AD25

 

En 1942, quand le port de l’étoile jaune est imposé à tous les citoyens français et étrangers de confession juive, Henri Fertet est indigné. Il le fait savoir à son camarade Jean Uebersfeld, quand celui arrive au lycée, visiblement gêné par l’étoile jaune qu’il était maintenant obligé de porter.

Henri raconte : « Tout le monde était mal à l’aise et beaucoup se sont éclipsés… »
– Henri à Jean : « Ecoute Uebersfeld, nous avons toujours été bons copains, l’étoile jaune que tu portes ne te fait pas baisser dans mon estime. Cette obliga -
-tion est inique. Nous resterons bons camarades. ».

– Jean lui répond : « Je n’ai pas honte d’être juif, vois-tu ? J’en suis fier, au contraire ; mais ce qui nous fait mal, à tous, c’est la volonté qu’on a de nous mettre à part, de nous humilier. Et qui sait ce qu’il adviendra de nous … ? »

Les contraintes pèsent aussi sur les déplacements. Ils sont surveillés de très près par la police et par l’armée allemandes. Il est par exemple interdit de circuler en automobile sans laisser-passer.
Or, la famille Fertet est originaire de la commune de Sermoyer, dans l’Ain, en zone dite libre, de l’autre côté de la ligne de démarcation.

 

 

Demande de laisser-passer d’Henri Fertet : Archives du Collège Victor Hugo – AD25

 

Pour rendre visite à ses grands-parents, Henri Fertet doit donc solliciter un laisser-passer auprès des autorités de police. La demande se fait depuis le Lycée. Les déplacements se font uniquement par train spécial, à une date et à un horaire uniques et fixés par la police, par groupe de 7 élèves et sous la surveillance d’un adulte du collège.

Mais l’engagement d’Henri Fertet porte aussi sur l’assistance aux personnes. Dès l’année scolaire 1940-1941, il s’inscrit à la formation de secouriste organisée au Lycée Victor Hugo par la Croix Rouge Française.

 

Lettre de Mme Fertet au proviseur du Lycée Victor Hugo

 

Liste d’élève autorisés à sortir lors des bombardements : Archives du Collège Victor Hugo – AD25

 

Durant l’année scolaire 1942-1943, il se porte volontaire pour assurer les permanences au poste de secours de la Croix Rouge de Velotte pendant les attaques aériennes. Malgré le danger et le risque de bombardement, sa mère respecte sa volonté et demande au proviseur du Lycée de le laisser quitter le lycée pour rejoindre son poste durant les alertes.

 

Guy Môquet, fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941, à l’âge de 16 ans, avec 47 autres militants communistes en représailles de l’exécution, par la Résistance, du commandant des forces allemandes en Loire-Inférieure

 

Fin 1942, les jeunes Résistants du Groupe de Larnod, dont Henri Fertet et Jean Grappin font partie, passent à l’action armée. Les attentats à l’explosif se succèdent avec succès.

En 1943, afin d’obtenir des armes et des munitions, le groupe de Résistance de Larnod accepte de rallier les FTP (Francs-Tireurs Partisans), fondés par les communistes mais qui accueillait des Résistants de toutes convictions : pour Henri Fertet et ses frères d’armes, l’union des groupes de Résistance face à l’occupant devait dépasser les appartenances partisanes et idéologiques.

Le groupe prend alors le nom de Guy Môquet*, jeune militant communiste pris en otage et fusillé à Chateaubriant en 1941 (photographie ci-contre).

* L’erreur d’orthographe relative au nom de Guy Môquet, transformé en Guy Mocquet, fut involontairement commise par les membres du groupe de Résistance eux-mêmes. Ce patronyme les ayant toujours désignés ainsi depuis, nous respectons donc cette dénomination

Ainsi, Henri Fertet et ses camarades incarnent l’esprit de rassemblement et de cohésion face à l’épreuve et c’est un élément important de leur engagement, qu’il nous semble nécessaire de faire valoir.

 

 


Ecluse de Rancenay, détruite à l’explosif le 10 septembre 1942 par le Groupe Guy Mocquet. Crédit Photo : Christian Tourrain

 

Le 12 juin 1943, sur la route de Quingey, avec Marcel Reddet, Henri Fertet fait feu sur le douanier allemand Rothe, le blessant mortellement. L’objectif de lui prendre son arme, son uniforme et les papiers qu’il transporte ne sera pas atteint car l’arrivée d’une moto les oblige à fuir.

Mais, grâce à l’action d’un traitre chez les FTP, la police allemande avance dans son enquête et dans la nuit du 1er au 2 juillet 1943, une vague d’arrestations va survenir. Henri Fertet est arrêté à 2h du matin, à son domicile de l’Ecole de Velotte.

Comme ses 23 camarades, il est emprisonné à la prison de la Butte, à Besançon. Dans sa cellule de prison et celle de l’Hôtel de Clévans, siège de la SIPO-SD, il subit plus de 60 jours d’interrogatoires, de privations et de mauvais traitements avant d’être jugé par un tribunal de guerre allemand le 18 septembre 1943.

A 16 ans, Henri Fertet est le plus jeune des prévenus mais, selon le verdict, « sa précocité et son esprit habile » lui valent d’être condamné à mort.

 

Henri Fertet est fusillé le 26 septembre 1943, en même temps que 15 de ses 23 co-inculpés des groupes Guy Mocquet et Marius Vallet, dont Jean Grappin et Philippe Gladoux, anciens élèves du Lycée Victor Hugo. Il meurt sans bandeau et tombe en criant « Vive la France ».
8 autres membres sont condamnés à la déportation ou à la prison. 5 n’en reviendront pas.

La dépouille d’Henri Fertet et celles de ses camarades exécutés sont enterrées par les autorités allemandes en deux fosses communes, anonymisées, aux cimetières de Saint-Ferjeux et de Saint-Claude de Besançon. Tout sacrement, fleurissement et rassemblement sont interdits mais une foule nombreuse vient se recueillir en silence et sans discontinuer, tandis que les tombes sont couvertes de fleurs.

 

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Crédit photographique : Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

En hommage à leurs frères d’armes disparus, un monument fut construit après la guerre par les membres survivants des groupes Guy Mocquet et Marius Vallet au Rocher de Valmy, à Avanne-Aveney.

 

 

Dessin de l’exécution des membres des groupes Guy Mocquet et Marius Vallet réalisé par Pierre Mercier, 
étudiant et ancien élève du Lycée Victor Hugo, Résistant, Mort pour la France le 29 juillet 1944 à Besançon.

 

 

Archives : Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

 

Des rues, des lieux publics et des établissements scolaires portent le nom d’Henri Fertet, tels l’Ecole Henri Fertet de Velotte, à Besançon, le Collège Henri Fertet de Sancey ou le Lycée professionnel Henri Fertet de Gray.

 

Rue Henri Fertet – Besançon – Velotte

 

Henri Fertet a été fait Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 7 juillet 1945, un parmi les 1038 patriotes que compte l’ordre. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur.

Autres décorations : Croix de guerre 1939-1945 Médaille de la Résistance – Croix du Combattant Volontaire 1939-1945 – Médaille des Déportés et 
Internés Résistants.

Stèle commémorative du Collège Victor Hugo
 honorant la mémoire des élèves et personnels
Morts pour la France de 1939 à 1948

 

– © Alain PrêtreLe 5 juin 2019, le Président de la République Française Emmanuel Macron a choisi de lire la dernière lettre d’Henri Fertet lors des cérémonies de commémoration du 75ème anniversaire du Débarquement organisées à Portsmouth.

 


Plaque apposée sur la façade
 de l’Espace Henri Fertet, de Seloncourt

 

Certificat attestant l’attribution de la croix de la Libération, à titre posthume, à Henri Fertet. 
Décret du 07 juillet 1945. 
Musée de la Résistance et de la Déportation.

 

Au matin de son exécution, Henri Fertet adresse une émouvante lettre à ses parents. Il y réaffirme sa foi en Dieu et en la justesse de son combat. Elle est lue par Maurice Schumann à la radio de Londres le 9 décembre 1943. Elle sera également diffusée par la presse clandestine : les Cahiers du Témoignage chrétien, n°18-19 d’août-septembre 1943, Libération d’octobre 1943, France d’abord ! de novembre 1943, …

 

Une des nombreuses copies d’époque de la lettre d’Henri Fertet à ses parents. Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

 

Elle devient un étendard de la lutte contre l’occupant dont des copies s’échangent en secret, dès les jours suivant l’exécution.

Chers parents,
« Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.
Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours, votre amour m’a manqué plus que vos colis et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd’hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J’espère qu’il ne faillira pas à cette mission désormais sacrée.
Henri Fertet dans les bras de sa mère, avant de partir au Lycée. 
Musée de la Résistance et de la Déportation de BesançonRemerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis ; dites-leur ma confiance dans la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet ; dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur, qu’il m’a fait, honneur dont je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades du lycée. A ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez « Le Comte de Monte-Cristo » à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey, 
 de La Maltournée, 40 grammes de 
 tabac que je lui dois.
Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.
Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel.
Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur. Pour moi, ne vous faites pas de soucis. Je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout, et je chanterai « Sambre et Meuse » parce que c’est toi, ma chère petite maman qui me l’as apprise. Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler, n’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois [fils]*, il en reste un, il doit réussir.
Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.
Papa, je t’en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort serait plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au ciel.
Qu’est-ce que cent ans ? Maman, rappelle-toi : Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs.
Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous, c’est dur quand même de mourir.
Un condamné à mort de 16 ans.
Excusez mes fautes d’orthographe, 

pas le temps de relire.
Expéditeur : Henri Fertet.
Au Ciel près de Dieu »

Henri Fertet dans les bras de sa mère, avant de partir au Lycée. Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

 

Dans la lettre originale, Henri Fertet écrit « Sur trois petits nègres, il en reste un ». Ces 3 petits nègres sont : son frère Pierre, son cousin Jules Balandier et lui-même, tout en faisant référence au titre du roman d’Agatha Christie « 10 petits nègres ». 
A l’époque, le terme « nègre » était communément usité pour désigner les personnes de couleur. Aujourd’hui, le mot nègre » a une connotation raciste contraire aux valeurs pour lesquelles Henri Fertet a donné sa vie. Voilà pourquoi nous avons fait le choix de cette modification, plus conforme à l’engagement d’Henri Fertet et de ses camarades. D’ailleurs, depuis 2020, le titre français de ce roman d’Agatha Christie est : « ils étaient 10 ».

Pour l’Association A la Mémoire d’Henri Fertet,
Président, Jean-Jacques Fito
Association à la Mémoire d’Henri FERTET – N° W251011072 – SIRET : 994 446 763 00017
Maison de quartier les Bains Douches Battant. 1 rue de l’Ecole. 25000 Besançon.
Tel : 06 28 23 65 28 – courriel : memoirehenrifertet@gmail.com