Histoire de l’AIGLON

C’est l’une des plus vielles associations sportives de Besançon. Elle voit le jour en 1909 : seule la Bousbotte du quartier Battant l’a précédée en 1895.

Elle est créée par la paroisse Saint Martin des Chaprais qui comptait alors 13 000 paroissiens et s’étendait bien au-delà des Chaprais. Le chanoine Pierre Mabile soutient cette initiative des abbés Begey, Henry Jeanningros et du vicaire de la paroisse Auguste Vaugne.

 

Le plan de la paroisse des Chaprais

 

Trois chapraisiens déposent alors les statuts, le 10 juillet 1909 :

–  le docteur Bietrix, alors domicilié 20 avenue Carnot. Il en est, dès sa création,  le Président et ce jusqu’à la déclaration de la guerre, en 1914.

 

 

–  l’abbé Henry Jeanningros, domicilié alors 20 rue des Deux Princesses. Il en est le directeur.

–  l’employé de bureau Joly Gustave, qui habite 18 rue de l’Eglise. Il en devient le secrétaire.

L’association est reconnue officiellement, avec une publication au J.O. du 20 juillet 1909 :

«  18 juillet 1909. « L’Aiglon ». Gymnastique. Siège : 20 rue des Deux Princesses. Besançon. Doubs ».

Il convient toutefois de souligner que dans l’objet de cette nouvelle association, s’il est bien indique « gymnastique » sont aussi rajoutés le tir et les sports. Nous sommes dans la période où il s‘agit, pour la France de récupérer l’Alsace et la Lorraine perdues après la guerre de 1870/1871.

Dans son article X des statuts, il est précisé : Les gymnastes doivent une obéissance militaire à leurs moniteurs. Toute discussion avec eux est interdite rigoureusement sous peine d’un renvoi temporaire.

 

 

Pour ses activités, l’Aiglon loue une salle, rue de la Liberté, dans un ancien bal situé derrière la bonneterie Druhen. Maxime Druhen  est d’ailleurs parmi les fondateurs.

 

Publicité Druhen 1923

 

Un costume est adopté avec un béret alpin vert, une large ceinture de flanelle verte et un costume blanc avec un maillot orné du logo de l’Aiglon de couleur verte également.

L’espérance est donc  au rendez-vous et sous la houlette d’un moniteur dévoué, M. Alphonse Ramelet (rejoint ensuite par son frère), l’Aiglon participe, dès 1909  aux concours de gymnastique de Lyon, puis Dijon en 1910, Vienne en 1911…

L’Aiglon adhère à la Fédération Sportive de France, d’inspiration chrétienne, créée en 1898.

Cependant, le propriétaire de la salle de bal récupère son bien ce qui oblige l’Aiglon à déménager. Et ce sur un terrain acquis par le chanoine Mabile, 27 avenue Carnot, terrain situé derrière les établissements Beckerich, vaste terrain qui s’étend jusqu’à la rue des Noyers (actuelle rue Krug). Une construction commence mais un ouragan en détruit une partie.

 

 

Et tout s’arrête alors également du fait de divergences internes et la première guerre mondiale éclate qui va provoquer sa mise en sommeil. Les abbés dévoués à l’Aiglon sont mobilisés.

Après l’armistice, les activités reprennent, mais rue de la Cassotte dans la propriété des Pères Capucins, après la vente du terrain de l’avenue Carnot.

 

 

Les gymnastes qui seront bientôt une soixantaine participent à de nombreux concours et remportent quelques succès : à Morteau en 1920, Besançon en 1921, Gray en 1922.

 

Défilé de 1922 à Gray

 

A Morteau, un incident se produit : les gymnastes qui dorment alors dans le foin d’une ferme échappent de peu à l’accident : les jeunes furètent partout et mettent en branle, par accident la plateforme soutenue par deux madriers, plateforme- élévateur pour les voitures de foin. Heureusement le fermier parvient à l’arrêter à temps, car des jeunes sont dessous ! Plus de peur que de mal : aucun gymnaste n’est blessé !

Après la construction de l’église du Sacré Cœur achevée en 1923 (voir l’article qui lui est consacré), les Pères Capucins reprennent possession de leur couvent et l’Aiglon déménage de nouveau dans une salle paroissiale construite rue du Pater sur un terrain acheté au docteur Perron qui habite à proximité. Et ce,  grâce aux efforts déployés par le chanoine Marie Joseph Cretin (curé des Chaprais de 1922 à 1942).

 

Locaux de l’Aiglon entrée rue du Pater

 

Les anciens locaux de l’Aiglon dans la cour photo Guy Paris

 

Cette vaste salle est dotée d’une scène de théâtre, d’agrès démontables à l’occasion des séances récréatives organisées par la paroisse. Une grande cour permet également l’entraînement des gymnastes qui vont poursuivre sur la voie du succès lors des concours de Pontarlier en 1923, Dijon en 1924 (1er prix avec félicitations du jury),  Mulhouse en 1925, Vesoul en 1927, Besançon en 1928 (prix d’excellence pour la section adultes, félicitations du jury pour les pyramides exécutées),  Mâcon et Montbéliard en 1929, Colmar en 1930, Nice en 1932, Belfort en 1933, Strasbourg en 1936, Paris en 1937,  Besançon en 1938 et Beaune en 1939 où le moniteur René MARECHAL présente 60 adultes et 80 pupilles !

Une autre activité rencontre beaucoup de succès : le théâtre. C’est là qu’est représentée pour la première fois « La Crêche », avec le personnage truculent de Barbizier. Le répertoire est joyeux et léger et les pièces à la mode se succèdent. Une recherche rapide permet d’avancer que ces pièces de théâtre sont montées dans de nombreuses paroisses de France pour leur kermesse ou soirées récréatives.

 

 

Et les pièces se succèdent : Jean la croûte de Georges Letervanic, pièce dramatique en vers et en 2 actes ; Asile de nuit de Jean Maurey, comédie en un acte ;  La cloche des brouillards de Bernard Valoris, en 4 actes et 6 tableaux ; La lumière qui renaît de Georges Delonce, pièce en 3 actes ; Le voyage de M. Perrichon de Labiche, vaudeville en 4 actes ; Les crampons de sauvetage d’Astruc Elonir, comédie en 4 actes ; Les piastres rouges de Charles Leroy-Villars ; Mirage d’Afrique de Guy Lannois, drame religieux et patriotique en 4 actes.

 

Théâtre en 1932

 

Dès octobre 1927, le curé Cretin qui revient d’un congrès de La Croix, annonce dans le bulletin paroissial qu’il lance le cinéma dans la salle Saint-Joseph de la rue du Pater. Cinéma qui détrônera bientôt le théâtre.

 

Annonce de la création du cinéma dans le bulletin paroissial de 1927

 

En 1937, une colonie de vacances est créée à Granfontaine (elle a fonctionné jusqu’en 1970). L’été, 50 garçons y sont accueillis durant un mois, 50 filles leur succédant le mois suivant.

En 1943, Monseigneur DUBOURG décide de regrouper les « patro » bisontins qui rencontrent alors des difficultés en créant le Patronage Sportif Bisontin. Sont ainsi regroupés :

 La Bousbotte fondée en 1895 ; la Saint-Claude fondée en 1909 et l’Aiglon fondée la même année ; L4 Etoile de Saint-Ferjeux fondée  en 1910 et La Citadelle, fondée en 1911.

Le PSB compte en 1948 plus de 700 membres répartis en 6 sections sportives : foot, basket, hand, athlétisme, gym et ping-pong.

S’illustrent alors, en particulier, en gymnastique, les Trois Mousquetaires, qui, bien sûr sont quatre ! René BOLEY, Louis PERRETTE, et les deux frères AMIOT. Ils sont l’équipe emblématique du PSB. Mais ils continuent leur entraînement à l’Aiglon.

 

 

René Boley dispute alors quelques 29 championnats : il en remporte 21 et sera consacré champion de France catégorie B en 1951. Il quitte ensuite la compétition n 1955 mais reste fidèle à l’Aiglon dont il est élu vice-président en 1964.

 

René Boley

 

1964 est l’année où l’Aiglon se consacre exclusivement aux sports et devient donc LAiglon Sports.

Et sur l’air de la chanson La Madelon, l’abbé Devaux et Pierre CONFAIS actualise la Marche de l’Aiglon créée en 1925

 

La marche de l’Aiglon de 1925

 

En 1965 une plaquette est éditée : 170 jeunes participent aux activités de l’Aiglon (70 seulement en 1962). L’Aiglon organise alors des sorties pour le ski, des lotos et un gala au cinéma Lux.  La Fédération Sportive de France (FSF) à laquelle elle appartient ajoute la culture à ses objectifs et devient la FSCF. Cette année là également, le jeune Claude Ravier qui habite en face de l’Aiglon,  se classe 2ème en catégorie Juniors au championnat de France Fédéral de Dreux. Il devient d’ailleurs la même année moniteur de la section Pupilles et le restera les années suivantes.

 

Gala de novembre 1960 photo B. Faille Mémoire Vive

 

. En 1967, l’Aiglon compte beaucoup d’anciens qui décident de se regrouper dans une association intitulée  Les « 3A » qui signifient Anciens et Amis de l’Aiglon.

 

Les 75 ans de l’Aiglon en 1984

 

Aujourd’hui l’Aiglon a recentré ses activités sur la gymnastique pour les jeunes filles.

 

Les Poussins de l’Aiglon en 2007

 

Quant aux « 3A », ils se retrouvent encore chaque année pour une messe à l’église Saint martin des Chaprais suivie d’un bon repas.

 

La salle actuelle de l’Aiglon avec son vitrail autrefois au-dessus de l’entrée rue du Pater

Sources : Madame Compagne; archives municipales; Mémoire Vive.

J.C.G.