André Seurre

 André SEURRE

Peintre verrier

1902-1977

 

Singulier destin que celui d’André Seurre né aux Chaprais le 9 juin 1902 (au n° 37 de la rue de Belfort). À sa naissance, sa mère, Marie – Joséphine Gagnepain est âgée de 34 ans. Elle est originaire d’Evillers dans le Doubs. Son père, Julien est alors âgé de 30 ans : il aurait été cuisinier, receveur au tramway, employé de commerce.

 

André Seurre

Acte de naissance d’André Seurre en 1902

 

Singulier destin puisque sa mère décède alors qu’André n’a que deux ans et quelques années plus tard, son père meurt également alors qu’il n’a que huit ans ! Par chance, il est recueilli par une famille qui habite le même immeuble que ses parents, le 37 rue de Belfort. Léon, Ambroise Midol est mécanicien « chauffeur » à la société de chemin de fer PLM. Il épouse Antoinette Bombicher en 1908. Lorsque le couple recueille André, ils n’ont pas encore d’enfants. Lucien Midol naît l’année suivante. André Seurre est donc élevé avec le jeune Lucien Midol : ils se considéreront toujours comme deux frères.

Tous deux font leur scolarité à l’école des Chaprais. Mais leurs études sont totalement différentes. André suit les cours de l’école des Beaux Arts de Besançon, tandis que Lucien est admis à l’école des arts et Métiers de Chalons sur Saône. Il devient donc ingénieur « gadzarts » comme on les appelle alors et après avoir travaillé à Stains, il est ingénieur en chef de la ville de Saint-Denis. Et il fera travailler André, son « frère » dans cette ville.

 

Lucien Midol, André Seurre et le jeune Alain Midol fils de Lucien

 

André Seurre se déclare alors doreur sur cuivre. il habite toujours le logement au n° 37 de la rue de Belfort. Après son service militaire, il se marie en 1923 avec Marie-Jeanne-Antoinette Rergue (1903-1969) et l’année suivante, à la naissance de leur premier enfant, le ménage s’installe à quelques pas, au 13 rue de la Liberté. Il devient curieusement gérant des établissements Cotelle et Foucher., inventeurs de l’eau de javel.

Puis il s’installe à Valence comme représentant de commerce et vend de la lessive. Il commence à peindre des paysages de Provence. Et vers 1934, il se fait embaucher dans les ateliers Thomas de Valence, entreprise spécialisée dans la création et la restauration de vitraux. C’est là qu’il va se former et apprendre l’art difficile du peintre verrier.

Son premier chantier se situe à l’église Saint Joseph des Fins à Annecy avec les ateliers Thomas. Puis l’église de Plaisans près de Séderon dans la Drôme.

 

Vitrail Saint-Michel église Séderon photo André Poggio

 

Détail de la fresque photo André Poggio

 

En 1945, il réalise les vitraux de l’église de Cottance dans la Lore et peint dans la nef un chemin de croix.

 

Fresque Cottance photo C. Mérieux

 

Fresque Cottance datée et signée photo C/ Mérieux

 

A cette même époque il va quitter les ateliers Thomas afin de se réinstaller à Besançon au n° 13 de la rue de la Rotonde dans un atelier qu’il ne quittera plus.

M. André Poggio, à partir des fresques dans son village de la Drôme provençale, est devenu le spécialiste de ces œuvres peintes par André Seurre. Voici son analyse.

« Lorsqu’il installe son atelier à Besançon, vers 1945-1946, André Seurre décline les spécialités de son art :

Fresques – Vitraux

Comme créateur de vitraux, l’étendue de ses réalisations prouve qu’il fut un grand maître. Comme peintre de fresques, il faut bien constater que le nombre d’œuvres est beaucoup plus réduit. Nous n’avons retrouvé, en tout et pour tout, que trois chemins de croix (Boisset, Cottance, Séderon), quelques panneaux sur des murs d’église, une fresque profane (voir chapitre villa Midol)… c’est peu.

J’ai pourtant la faiblesse de croire que ce fut sa vocation première, et qu’André Seurre était peintre avant tout. Ses tableaux du dimanche, alors que pour nourrir sa famille il était contraint de faire le représentant de commerce, le prouvent. Quelques huiles, quelques aquarelles témoignent de son bonheur de tenir le pinceau et de créer à sa volonté.

Mais pourquoi voulut-il peindre « a fresco » ? Pourquoi s’intéressa-t-il à cette technique très ancienne, et surtout très contraignante puisqu’elle nécessite de grandes surfaces que l’on trouve principalement dans les églises ?

Les sources d’information sur les apprentissages de Seurre sont rares. La seule chose sûre, c’est qu’il fut élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Besançon, avant ses 20 ans. C’est beaucoup et c’est peu. Pour que naisse sa vocation de fresquiste, il a bien fallu d’autres rencontres décisives.

Deux des articles que les journaux locaux publieront au moment de son décès nous offrent une autre information : « … Ce bisontin, élève de Charles Abram fils… avait rencontré Georges Rouault à Paris. On le présenta à Maurice Denis qui lui apprit les premiers rudiments du métier… ». Et encore : « Elève de Maurice Denis, il avait exécuté les vitraux et le chemin de croix à fresques de Saint-Joseph-des-Fins à Annecy… ».

Si les journalistes citent Maurice Denis, c’est que le nom leur a été soufflé – peut-être par Seurre lui-même,  à l’occasion d’interviews antérieurs. Un fil d’Ariane nous est proposé, tirons dessus.

D’abord, qui était Maurice Denis ? S’il a perdu de nos jours l’aura qui fut la sienne, ce très grand artiste connut une notoriété internationale, aussi bien comme peintre que comme théoricien de l’art. Il appartenait au mouvement des nabis. Il était surtout un grand fresquiste…

Constatons également que dans l’immédiat après-guerre (celle de 1914-18), l’Ecole des Beaux Arts de Paris créa une chaire d’enseignement de la fresque. Il y eut bien un renouveau de l’art de la fresque à l’époque.

J’ai fini de tirer sur la pelote. Aucun membre de la famille de Seurre n’a confirmé mon opinion, et pourtant… Et pourtant, Il m’est impossible de penser que Seurre n’a pas fait un séjour à Paris. Séjour dont la longueur importe peu s’il lui a permis de rencontrer Maurice Denis, s’il lui a permis d’apprendre les rudiments de la technique. S’il a permis la naissance de sa vocation.

D’ailleurs, dès qu’il en aura l’occasion, Seurre vendra son savoir-faire : en 1943 à Séderon, en 1945 à Boisset, à Epercieux en 1947… et à chaque fois, il fera suivre sa signature de la mention : ENSBA – ce qui était le sigle de la seule école Supérieure des Beaux-Arts à l’époque, celle de Paris.

 

  Séderon – 1943 

 

                                                          Epercieux – 1947 photos André Poggio

 

André Seurre a beaucoup travaillé pour et dans les églises. Etait-il attaché à la religion ? Réponse incertaine. Mais ses chemins de croix à hauteur d’homme, ses fresques monumentales portent si bien le message chrétien qu’il faut se tourner à nouveau vers Maurice Denis. Lequel «… traversa une crise mystique adolescent, … a pensé devenir peintre moine comme Fra Angelico » (encore un fresquiste !) était profondément chrétien, militant de sa foi. Il réalisa dans sa propriété de St Germain-en-Laye (un ancien hôpital où se trouve aujourd’hui le musée qui lui est consacré) entre 19xx et 19xx une œuvre qui constitue peut-être le facteur initial de la carrière de Seurre.

Les fresques d’André Seurre méritent un long regard. »

Ajoutons pour compléter l’analyse de M. Poggio sur les rapports d’André Seurre avec la religion  que l’on possède une photo de lui en train de célébrer la messe de Willette, à l’église Saint-Pierre,  dédiée aux artistes en février 1959.

 

Messe de Willette 12 février 1959photo B. Faille Mémoire Vive

 

Un article de l’Est Républicain paru en 1970 précise qu’André Seurre prépare cette messe depuis 33 ans !

 

Donc le voici installé dans son atelier rue de la Rotonde, atelier aujourd’hui détruit afin de laisser la place à un immeuble d’habitations.

 

Atelier André Seurre avant sa destruction en 2017. Le sculpteur Jens Boettcher devait ensuite l’occuper.

 

André Seurre dans son atelier photo B. Faille Mémoire Vive

 

Les chantiers vont s’enchaîner : en 1947 ce sont les vitraux de l’église de Montperreux dans le Doubs afin d’honorer le saint né dans ce village Isidore Gagelin mort martyrisé au Viêt-Nam en 1833. La vie de ce saint est évoquée avec 4 vitraux : l’appel du Christ ; tout quitter comme lui pour lui ; soigner les malades prêcher l’évangile ; le vœu de toute sa vie, la grâce du martyr ».

 

Le dernier vitrail à Montperreux

  

En 1948, il compose deux vitraux dans l’église de Lézigneux.

 

Eglise de Lézigneux, détail photo André Poggio

 

En 1951, son « frère » Lucien Midol, ingénieur en chef à la mairie de Saint-Denis lui confie la restauration des vitraux de la mairie.

 

Vitraux mairie Saint-Denis

 

André Seurre propose de nouveaux vitraux afin de célébrer la politique de construction des logements dans cette ville. Mais son projet n’est pas accepté.

 

Projet vitrail pour la ville de Saint-Denis

 

Durant son séjour en région parisienne, il en profite pour décorer la villa que son « frère » Lucien a fait construire en 1949 à Garges les Gonesses et réalise une fresque dans la salle à manger, fresque aujourd’hui disparue.

 

Fresque dans la maison Lucien Midol photo Anne Midol-Moutin

 

Vitrail pour la salle de bains maison Midol. Photo Anne Midol-Moutin

 

En 1951, il reçoit la commande d’un vitrail représentant Vesontio pour une fenêtre du musée des Beaux Arts de Besançon. Ce vitrail est aujourd’hui déposé et entreposé dans des caisses en réserve…

 

Vitrail autrefois au musée des Beaux Arts de Besançon Photo MBA

 

En 1961 il est à Charleville-Mézières à la basilique Notre Dame d’Espérance, un chantier qu’il ne pourra terminer puisqu’il compte 62 verrières. C’est le peintre René Durrbach qui dessine les vitraux. Le petit fils d’André Seurre, Michel qui a rejoint son grand-père en 1970 et qui va continuer son œuvre après le  décès d’André arrête le chantier sur lequel il perd de l’argent.

 

Vitrai de la Basilique Notre Dame d’Espérance Charleville Mézières photo mairie Charleville

 

Article 1962

 

En 1964, il travaille pour le chœur de l’église de Nods, en 1965 pour  la chapelle de la clinique Saint-Pierre à Pontarlier.

Difficile de recenser toutes les églises pour lesquelles André Seurre a œuvré : elles sont très nombreuses en Franche-Comté.

En 1972, André Seurre publie un livre d’histoire sur la verrerie en Franche-Comté.  Livre couronné par l’Académie des Sciences, des Belles Lettres et Arts de Besançon.

 

 

André Seurre est décoré en 1972 de la Médaille  de l’Ordre National du Mérite..

 

Article Est-Républicain

 

Il décède aux Chaprais le 27 janvier 1977. Il est enterré au cimetière des Chaprais.

 

Article Est Républicain février 1977

 

Tombe André Seurre au cimetière des Chaprais

Sources : archives municipales ; brochure André Seurre conçue par le Conseil Consultatif des Habitants des Chaprais, dont la plupart des textes émanent de M. André Poggio,édité par la ville de Besançon.

Vous pouvez lire cette brochure sur internet en suivant le lien :

https://www.calameo.com/books/000418148f4929610704d

J.C.G.