La gare Viotte vers 1860

La construction de la ligne de chemin de fer reliant Dijon à Besançon s’inscrit dans le développement du grand axe destiné à relier le Rhin à la Méditerranée entre Dijon et Mulhouse. Dès le 10 juin 1855, la section Dijon–Dole (47 km) est mise en exploitation, constituant une première étape dans la progression de la ligne vers Besançon.

La section Dole-Besançon (45 km) prolonge cette section en desservant notamment les stations d’Orchamps, Ranchot, Saint-Vit, Dannemarie et Franois.

Des difficultés qui retardent l’ouverture de la ligne. Le remblai de Rochefort

La principale contrainte technique du chantier concerne le franchissement de la vallée de Rochefort, située entre Dole et Orchamps. La voie y est établie sur un remblai d’une ampleur exceptionnelle : plus d’un kilomètre de longueur pour une hauteur moyenne d’environ 14 mètres .

Le sol naturel, constitué de terrains tourbeux, ne présente pas les caractéristiques mécaniques suffisantes pour supporter un tel ouvrage. À cela s’ajoute la nature des matériaux utilisés pour le remblai, provenant de tranchées ouvertes dans des terrains tertiaires, eux-mêmes peu cohérents.

Sous l’effet des précipitations hivernales, ces conditions entraînent des glissements de matériaux, des affaissements de plusieurs mètres de la plateforme

Ces phénomènes retardent considérablement l’avancement du chantier et compromettent l’objectif initiale d’une mise en service dès 1855 .

Pour stabiliser l’ouvrage, des travaux considérables sont réalisés. Malgré ces efforts, des tassements persistent encore en mars 1856, avec des affaissements localisés pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres .

Une progression rapide des infrastructures au début de 1856

Malgré ces difficultés localisées, la construction de la ligne est très avancée au début de l’année 1856. Les opérations de terrassement sont en voie d’achèvement. Le ballastage et la pose de la voie sont réalisés sur la quasi-totalité du tracé. Les passages à niveau sont aménagés, les maisons de gardes sont construites et la signalisation est progressivement implantées.

Les gares sont opérationnelles ou en voie d’achèvement. À Besançon, la gare des voyageurs peut être utilisée à court terme (les travaux de terrassement avaient débutés en octobre 1854) , tandis que les installations de marchandises nécessitent encore quelques aménagements (le service des marchandises sera ouvert le 25 juin) .

La construction du bâtiment des voyageurs

Les contraintes militaires

Dessiné par l’architecte Bisontin Alfred Ducat (on lui doit également les gares d’Auxonne, Dole, les bâtiments des gares de la ligne de Dijon à Besançon, la basilique de St Ferjeux, la gare de la Mouillère, etc.)  le bâtiment des voyageurs est construit au nord de la ville, à la Viotte, en dehors des remparts. Besançon est alors une place forte, dont l’organisation est régie par des servitudes strictes. Le génie militaire impose le maintien de zones dégagées autour des fortifications, l’interdiction de constructions susceptibles de gêner la défense ou les tirs. Elle sera donc construite en bois et briques, pour être facilement démolie. Dans ce contexte, la gare ne peut être implantée au cœur de la ville. Après bien des tergiversations, elle sera construite au nord des remparts, à la Viotte en dehors du tissu urbain dense. Pour les bisontins, la gare est donc implantée comme une station périphérique. Nous y reviendrons dans un prochain article.

Début 1856, elle est déjà suffisamment achevée pour être utilisée lors de la mise en exploitation de la ligne.

L’organisation architecturale

Le bâtiment s’inscrit dans un ensemble ferroviaire cohérent comprenant le bâtiment des voyageurs, une grande halle couvrant les voies, des halles à marchandises. La remise et l’atelier des locomotives seront achevés ultérieurement.

L’Impartial du 24 mars 1856 décrit le Bâtiment des Voyageurs :

« La façade principale de cet ensemble d’édifices est au levant, du côté de la ville. Au centre sont les portes donnant entrée dans un grand vestibule où se trouvent, à gauche le bureau des billets, à droite le bureau des bagages, au milieu la salle des bagages au départ.

À gauche, sont encore la salle d’attente des voyageurs ayant 3 compartiments pour les 1ere, 2e et 3e classe, puis le bureau de la voie, celui des chefs et sous chefs de gare, un passage pour la sortie des voyageurs, une salle pour les messageries et un appentis.  À la droite du vestibule sont les emplacements du télégraphe, du buffet, de la salle à manger, buvette, cuisine, cabinets, bureau des facteurs et du commissaire de surveillance, lampisterie, magasin des objets perdus, sortie des voyageurs, bagages à l’arrivée, appentis.

Cet arrangement paraît bien entendu et de nature à satisfaire toutes les exigences du service. »

 


Entrée de la gare donnant sur le vestibule

 

Des essais techniques progressifs dès décembre 1855

Les premières circulations expérimentales interviennent dès la fin de l’année 1855. Une locomotive atteint les abords de Besançon en décembre, s’arrêtant avant la gare en raison d’une discontinuité de la voie liée à une traversée routière non aménagée.

En janvier 1856, les locomotives circulent sur l’ensemble de la ligne pour transporter du matériel et effectuer des vérifications techniques. Le parcours Dole-Besançon est réalisé en environ une heure et demie, ce qui confirme les performances attendues de la ligne.

Au cours des mois de février et mars 1856, plusieurs inspections officielles sont organisées. Elles réunissent ingénieurs, représentants de l’administration et personnalités locales. Le 6 mars 1856 une locomotive venant de Dole arrive à la station de la Viotte. Une commission de réception conclut que la ligne peut être ouverte à l’exploitation le 31 mars, tout en recommandant la poursuite de certains travaux, notamment au remblai de Rochefort .

Une ouverture effective début avril 1856

La mise en service intervient au début du mois d’avril 1856. Le 7 avril, la section Dole-Besançon est officiellement ouverte à l’exploitation, portant à 92 kilomètres la portion exploitée entre Dijon et Besançon .

L’événement se déroule sans grande cérémonie officielle. « Cette inauguration de la ligne s’est faite sans grande ostentation mais avec l’ordre et la régularité qui annonce dès le début un service auquel rien ne manque ». La compagnie choisit de ne pas organiser de festivités importantes et décide de verser un don aux pauvres de la ville. C’est ainsi que « *Monsieur Le Comte Louis de Vaulchier, administrateur de la compagnie du Paris à Lyon et monsieur Ruelle, ingénieur en chef de la même compagnie ont remis entre les mains de son éminence le cardinal Mathieu la somme de 3000 francs et à Monsieur le maire de Besançon pour le bureau de bienfaisance une somme pareille, en tout 6000 francs, que la compagnie du chemin de fer a décidé de donner aux pauvres de la ville à l’occasion de l’ouverture du chemin de fer de Dole à Besançon ».(L’Union Franc-Comtoise)

Un train inaugural circule néanmoins entre Besançon et Dole. Il transporte entre 400 et 500 personnes, comprenant des représentants des milieux administratifs, économiques et mondains. « *Des convois sont partis de Dijon et de Dole avec des invités pour Besançon mais le grand convoi est parti de Besançon pour Dole. C’est à midi qu’il a quitté la gare au milieu d’un grand concours de population … Le convoi de Besançon à Dole avait une immense étendue. Dans les courbes lorsque de la tête on en considérait les extrémités on aurait dit un serpent dont la queue d’une longueur démesurée s’agitait … L’ouverture de la section de Dole à Besançon s’est faite de la manière la plus heureuse et le voyage ou plutôt la promenade a été fort agréable. » (L’impartial)

Une transformation immédiate des mobilités

L’ouverture de la ligne entraîne une réduction significative des temps de transport :

  • Dole – Besançon : environ 1h30
  • Besançon – Dijon : environ 3h
  • Besançon- Paris : réalisable dans la journée grâce aux correspondances

Horaires des trains de voyageurs du 7 avril 1856.

 

L’organisation du service comprend plusieurs trains omnibus quotidiens, ainsi que des correspondances avec les trains express à Dijon.

« Avec cette organisation on peut donc, en troisième classe comme en première, faire le voyage de Paris à Besançon ou celui de Besançon à Paris dans le même jour, et aux heures les plus commodes. Il était impossible d’offrir au public un meilleur service, s’appropriant mieux à tous les besoins et à toutes les positions.» (AD. BLAISE (des Vosges). Le journal des chemins de fer)

Sources :

https://memoirevive.besancon.fr/

https://archives-nationales-travail.culture.gouv.fr/

Jean-Marc Paris, cadre retraité de la SNCF

Rappelons que notre Collectif Histoire des Chaprais a organisé deux conférences sur l’histoire de la gare Viotte. Conférences qui ont rencontré un grand succès. Toutes nos félicitations renouvelées à M. Jean-Marc Paris qui nous prépare, vous prépare, une conférence sur l’histoire de la gare de la Mouillère (date à préciser début octobre).

 

Conférence le 27 novembre 2025 avec la Maison de quartier Battant

Conférence salle F. Jacob au foyer Habitat Jeunes Les Oiseaux