
Dans un article précédent, nous avons retracé l’histoire de cette Commune Libre des Chaprais créée au début de l’année 1930 avec l’élection d’un maire des Chaprais.
Or, chose curieuse, nous n’avions pas trouvé les statuts de cette Commune Libre. Et pour cause, car il semble qu’ils n’ont été déposés que quelques années plus tard, en 1936. Ce qui fait que cette année nous fêterons les 90 ans de cette Commune Libre. Nous en reparlerons car une exposition est en cours de préparation pour cet automne 2026.
Que précisent les statuts déposés qui ne font que deux pages et comportent 12 articles ?
Tout d’abord, la Commune Libre est une société comme il existe des sociétés musicales ou des sociétés de gymnastique. Aujourd’hui nous parlerions d’association….


Les statuts sont déposés le 25 février 1936et insérés au Journal Officiel du 1er Mars 1936
Le titre de « Maire des Chaprais » n’est pas repris et il n’est plus question de l’élire au suffrage universel comme c’est le cas en 1930 : les enfants et les étrangers pouvaient alors voter.
Le Président du comité des fêtes qui administre la Commune Libre des Chaprais est donc M. Félix Prost, qui, en 1930, lors de l’élection du maire des Chaprais, était trésorier.
L’article 1 rappelle la devise adoptée dès 1930 : Faire le bien en amusant. Tout pour les Chaprais !
L’article 2 précise que le siège de la société est au Café du Cercle, 37 rue de Belfort et que tout changement de siège doit être décidé en Assemblée Générale : cette précision aura son importance plus tard, en 1960 lorsque une deuxième Commune Libre est alors créée.
Et c’est l’article 3 qui fixe les buts de cette société : »… secourir les personnes nécessiteuses du quartier ds Chaprais, les vieillards, les pauvres honteux (comprendre ici : les pauvres qui ont honte de leur pauvreté), les enfants qui ne reçoivent de subvention d’aucune société, de la ville, du département ou de l’Etat ».Et il est précisé qu’il ne s’agit pas de secours en espèces, sous forme d’argent mais de « …victuailles, vêtements, chaussures, chauffage, carnets de caisse d’épargne pour les enfants. »
Enfin l’article 6 nous explique que la société est administrée, non pas par un conseil d’administration comme c’est la cas de la plupart des associations mais par un Comité des Fêtes qui comprend un président, 2 vice-présidents, 1 secrétaire et un secrétaire adjoint, un trésorier et un trésorier adjoint, mais aussi 2 délégués de l’Union Musicale des Chaprais, 2 membres des Amis des Arts et….10 membres divers. Et ce sans préciser comment ces derniers sont choisis….
Et voici donc la liste de ses dirigeants.

Liste des dirigeants édite déclarés lors du dépôt des statuts en 1936
Dans ces statuts, il n’est plus question d’élire un Maire de la Commune Libre, comme c’est le cas en 1930 : même les enfants et les étrangers avaient pu alors voter. Le Président de ce comité des fêtes est donc M. Félix Prost, libraire, 20 rue des Chaprais. De fait la librairie est tenue par son épouse, car Félix Prost est comptable dans l’imprimerie qui édite le quotidien radical Le Petit Comtois.
La composition du comité reflète, en partie, la population du quartier : on y compte 5 commerçants (un libraire, un épicier et 3 tenanciers de café (le Café du Cercle, 37 rue de Belfort, siège de la Commune Libre ; le Café Français, 42 rue de Belfort et le Café-restaurant A l’Espérance) ;un employé du PLM ; un mécanicien ; un ouvrier en papeterie ; un ouvrier d’usine ; un jardinier et une ménagère.

Le Café du Cercle dispose d’une salle de réunion. Archives municipales

Café du Cercle, 37 rue de Belfort, Café Français 42 rue de Belfort. Mémoire Vive Besançon

Le café restaurant A l’Espérance. Au premier plan, le commis de l’épicerie Brochet, M. René Baverel fait griller du café. Photo D.R.
Comme nous l’avons déjà évoqué dans un article précédent, la seconde guerre mondiale transforme le comité des fêtes en comité de guerre en soutien aux soldats mobilisés, habitant les Chaprais, et à partir de la défaite de juin 1940, en soutien aux soldats prisonniers.
Durant les années 50, les initiatives et fêtes se multiplient. Marcel Thévenot, menuisier à Battant, devient un populaire maire des Chaprais : il habite alors avenue Carnot.

Marcel Thévenot dit « Daniel’s »
Mais en 1960, une scission semble se produire au sein de cette Commune libre.

Une assemblée générale en vue de la constitution d’une Deuxième Commune Libre des Chaprais se déroulent les 11 et 18 février 1960. Un P.V. est établi le 3 mars 1960 et la liste du comité est adressée aux autorités. Sur cette liste 21 noms figurent dont celui de 4 femmes. Parmi ces noms, 6 personnes ne résident pas aux Chaprais, en particulier son Président, Morivel, en fait Maurice Dartevelle, métreur dessinateur en bâtiment demeurant 3 avenue de la Vaîte (il est vrai que les Vaîtes ont longtemps été considérés comme faisant partie des Chaprais).
Le 21 avril une assemblée générale se tient, non pas au siège 37 rue de Belfort, mais au bar des Chaprais, en présence de 22 personnes. Un nouveau comité est élu, mais sans l’élection d’un président.

Ce comité est aussitôt dénoncé, entre autres par l’ex-président Morivel (de son vrai nom Dartevelle) qui adresse au préfet la lettre manuscrite ci-dessous :

Le comité adverse riposte lors d’une assemblée générale le 28 avril, mettant en cause M. Dartevelle dans un réquisitoire implacable transmis au Préfet.

Il y a erreur sur les dates : l’A.G a eu lieu le 28 avril 1960

L’équipe dissidente va élire un nouveau président.

Le nouveau comité élu le 21 avril 1960
Si un président d’honneur est désigné, M. René Futin, agent d’assurances qui demeure à Montrapon, c’est de nouveau M. Dartevelle qui est le président actif. Mis à part un représentant de commerce domicilié à L’Isle sur le Doubs, et un cordonnier de la rue de Vesoul, tous les membres du comité résident aux Chaprais.
La suite est difficile à écrire car plus aucun document figure dans les archives. Et dans la presse, pour l’heure, nous n’avons trouvé que ce fait divers, en date du 25 avril 1960, concernant le président d’honneur M. Futin

M. Futin victime d’un accident de la route après une réunion du comité.
L’auteur de cet article ironise à propos de cette deuxième commune libre des Chaprais. Était-ce le commencement de la fin ? Peut-être découvrirons-nous, au hasard de nos recherches dans les archives, de nouveaux documents permettant de poursuivre cette histoire.
Sources : Mémoire Vive Besançon, Est-Républicain ; archives.
J.C.G.


