En 1998, les paroissiens de l’église du Sacré-Cœur, avenue Carnot, fêtaient avec leur Curé, Pierre FAIVRE, les soixante-quinze ans d’existence de leur église.

A cette occasion, M. Bernard LAVILLAT, à partir d’une documentation conservée à la paroisse et aux archives diocésaines, aidé dans ses recherches par d’autres paroissiens, a rédigé le texte qui suit, sous forme d’une brochure de 20 pages richement illustrée.

C’est ce texte qui retrace l’histoire de cette église que nous publions ci-dessous mais avec des illustrations quelques fois différentes.

Les dernières pages sur la vie de la paroisse en 1998 constituent aujourd’hui un document historique important. Il reste à actualiser afin de mesurer  la pratique religieuse aujourd’hui aux Chaprais, qui comptent,, rappelons le, trois églises catholiques.

 

Brochure éditée pour les 75 ans du Sacré-Cœur

 

 

I-Il y a 75 ans…

A- le vœu de Mgr. GAUTHEY

 

Monseigneur François Léon Gauthey (1848-1918)Wikimedia.org

 

L’église du Sacré-Cœur a été érigée en l’accomplissement du vœu prononcé pendant la guerre de 1914 – 1918 par Mgr. GAUTHEY, archevêque de Besançon, en reconnaissance de la protection de son diocèse contre les horreurs de l’invasion et pour la victoire de la France. Dans une région où demeurait très vivace le souvenir des exactions subies au cours de l’occupation « prussienne » de 1870 – 1871, ce vœu ne pouvait que rencontrer une large adhésion.

Mgr. GAUTHEY voulait que cette église soit située sur la colline de Bregille afin que levant les yeux, les Bisontins ressentent sa présence et sa protection, comme les Lyonnais de Notre-Dame de Fourvière, les parisiens du Sacré-Cœur de Montmartre. Grâce un don providentiel, le 21 novembre 1916, il réussit à acheter pour 100 000 francs un vaste terrain en arrière du Fort de Beauregard. Aussi, dès le 31 décembre suivant, par lettre pastorale, il annonce « au clergé et aux fidèles de son archidiocèse la construction à Besançon, en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus, d’une église votive de reconnaissance et d’espérance », reconnaissance pour la protection reçue, espérance dans la victoire française.

La lettre précisait le lieu de la construction envisagée, les modalités de la souscription lancée pour la financer et donnait en annexe la formule du vœu prononcé le jour même à la cathédrale et auquel chacun était invité à s’associer.

Mgr. GAUTHEY, dans sa lettre, justifiait le culte du Sacré-Cœur et en faisait l’historique. Il affirmait qu’au Front, beaucoup de nos soldats portaient sur eux son insigne et il faisait allusion à l’active campagne qu’il venait de mener – sans succès mais à la grande colère des autorités civiles attachées à la laïcité de l’État – pour obtenir officiellement l’adjonction de l’emblème du Sacré-Cœur au drapeau tricolore.

 

 Drapeau et cœur de Jésus. Site http://www.onnepassepas.fr/

 

Mgr. GAUTHEY était en effet, par la parole et par ses écrits, un ardent propagateur de la dévotion du Sacré-Cœur. Né en terre bourguignonne, il avait été supérieur des chapelains de la basilique de Paray-le-Monial, lieu de rendez-vous bien connu des pèlerins qui viennent y honorer Sainte Marguerite-Marie.

 

B- Études et réalisation

Mgr. GAUHEY mourut le 25 juillet 1978 à l’âge de 71 ans, laissant à son successeur, Mgr. HUMBRECHT, le soin de réaliser son vœu.

 

Monseigneur Joseph Marie Humbrecht (1853-1927 Wikimedia.org

 

Déjà des doutes lui étaient venus quant au lieu choisi et une mission d’information dépêchée à Nancy auprès du fondateur de la paroisse du Sacré-Cœur de cette ville l’inclinait à donner à l’église votive le caractère d’une église paroissiale. Mgr. HUMBRECHT, jusque-là évêque de Poitiers qui connaissait Besançon pour y avoir été vicaire général de 1904 à 1911, obtint l’autorisation du pape BENOIT XV pour s’engager dans cette voie. Mais sur le mont de Bregille ne vivaient que quelques centaines de personnes et, à proximité, le quartier des Chaprais comptait plus de 11 000 habitants mal desservis du point de vue religieux. Ce quartier – et notamment sa partie basse qui allait devenir la paroisse du Sacré-Cœur – a été longuement gêné par les servitudes militaires qui interdisaient de construire en dur et les difficultés de liaison avec la Boucle (le pont Saint-Pierre date de 1885). Il connaissait, ces handicaps levés, une urbanisation rapide. Les catholiques n’y disposaient que d’une petite église paroissiale transept de l’actuelle église Saint-Martin, ainsi que d’une chapelle, mieux située rue de la Cassotte, abritant depuis 1867 une fraternité de Capucins.

Dans un premier temps, on décida de bâtir sur le terrain des Capucins, mais on y renonça des difficultés étant apparues : pour construire, il fallait détruire la chapelle Sainte-Colette à laquelle beaucoup de Bisontins étaient attachés.

 

La chapelle des Capucins autrefois, vue des jardins Mémoire Vive Besançon

 

Chapelle Sainte-Colette des frères Capucins  vue de la rue de la Cassotte

 

Finalement le chantier s’ouvrit, à peu de distance, entre l’avenue Carnot et la rue de Vittel, sur l’emplacement des serres de l’horticulteur Calame.

 

Derrière les serres Calame, au centre, la maison de campagne devenue la Cure derrière le Sacré-Cœur Mémoire Vive Besançon.

 

Le vendredi 3 juin 1921, jour de la fête du Sacré-Cœur, archevêque qui, dans sa lettre pastorale du 19 mars précédent avait fait connaître sa décision et relancer la souscription, posait la première pierre de la nouvelle église. Il plaça, dans une petite cavité à la base du piédestal qui supporte la statue de la Vierge au centre du portail principal, un étui de plomb contenant un parchemin et une médaille commémorative de cette cérémonie.

 

Eclair Comtois du 4 juin 1921 Mémoire Vive Besançon

 

Le couvent des Capucins accueillit l’abbé Pinondel, curé de la nouvelle paroisse créée officiellement dès juin 1922, et son vicaire l’abbé Tyrode. C’est dans la chapelle Sainte Colette que la vie paroissiale commença à s’organiser.

Mgr. GAUTHEY avait confié la réalisation de son projet à deux architectes bisontins, Camille Cellard, élève de Ducat le constructeur d’une autre église votive la basilique de Saint Ferjeux, et Maurice Boutterin qui aura plus tard une brillante carrière internationale.

Après la mort de Mgr. Gauthey, Mgr. Humbrecht écarte le projet Boutterin-Cellard jugé trop ambitieux : il prévoyait une crypte, un logement de sacristain et même un magasin d’objets de piété, mettant ainsi l’accent sur le rôle d’église de pèlerinage. Il confie la maîtrise d’œuvre à  un architecte parisien, Eugène Guillemenot, « spécialiste pour la construction des églises », le gros œuvre à l’entrepreneur Jean Melk de Vesoul, certains travaux spéciaux comme les voûtes à un « constructeur breveté » la maison Fabre de Paris, les sculptures et l’ornementation à un artiste d’origine italienne « membre des académies des beaux-arts de Florence et de Bologne », J. Norfini. Tous sont étrangers à la région ou tout au moins à la ville, ce qui peut s’expliquer par le fait que le nouvel archevêque n’avait pas d’attaches bisontines ou comtoises, mais plus sûrement pour des raisons financières. Les trois projets Boutterin-Cellard étaient chiffrés à 3 700 000, 2 000 000 et 1 700 000 francs, ce dernier initialement retenu, alors que le devis de Guillemenot  montait seulement à 993 836 francs.

Outre les deux prélats, personnellement très engagés, le chancelier de l’archevêché, le chanoine Henri Clère, a joué un rôle parfois décisif au cours de ces préliminaires : c’est lui qui sauva au tout dernier moment la chapelle Sainte-Colette de la démolition en proposant et en  négociant l’achat (pour 200 000 francs) du terrain Calame.

Sur le chantier, les travaux avancent vite malgré un hiver rigoureux. Des techniques nouvelles provoquent l’étonnement des badauds et parfois les critiques d’un public vivement intéressé : ainsi le « ciment armé » largement utilisé, y compris pour les poutres de la charpente, ou encore les voûtes de briques creuses sans coffrage. Le décor sculpté n’échappe pas à certains jugements sévères et il faut que la « Semaine religieuse », sous la signature du chanoine Clère, explique aux gens pourquoi, dans la Cène représentée au-dessus du portail principal, le Christ est surdimensionné par rapport aux apôtres. Mais le bulletin de l’archevêché admet qu’on n’aurait pas dû mettre une barbe au « disciple que Jésus aimait ». Pourtant discrète et harmonieuse avec ses mosaïques dorées, la polychromie de la façade ne fit pas l’unanimité, mais on ne discuta pas la statue monumentale (2,80 m) du Christ bénissant, et on remarqua que les chapiteaux des colonnettes roses du tympan étaient tous différents.

Fin février 1923, pour l’essentiel, la construction est terminée. Il avait fallu 23 mois de travaux seulement. Le dimanche 11 mars l’église est bénite et inaugurée par le vicaire général Bouchet. La cérémonie solennelle de la consécration a lieu le 8 juin 1923, fête du Sacré-Cœur, par les soins de Mgr. Humbrecht en présence de plusieurs prélats originaires du diocèse, le cardinal TOUCHET, évêque d’Orléans, l’évêque de Carcassonne Paul de BEAUSEJOUR, le futur évêque de Nice, Paul REMOND, alors évêque « in partibus » de Clisma et aumônier de l’armée du Rhin. Le rituel long et complexe prend toute la matinée dès 7h30  mais la ferveur d’une foule considérable ne se dément pas. Elle apprécie la prestation des chorales du grand Séminaire et de la Maîtrise, et revient encore pour les vêpres…

 

II – L’église du Sacré-Cœur : une création continue

Pour la cérémonie de sa consécration l’église avait été abondamment décorée de plantes vertes et de fleurs. Cette profusion de décor végétal et aussi les nombreux drapeaux permettaient d’atténuer l’impression de nudité et de froideur due à un aménagement intérieur inachevé, mais aussi au style romano-bisontin auquel les fidèles n’étaient pas habitués.

L’équipement et l’aménagement intérieur se déroulent en deux temps. Le premier couvre une dizaine d’années sous l’impulsion du Père Pinondel. C’est d’abord l’installation des cloches après leur bénédiction par Mgr. Humbrecht le dimanche 27 avril 1934.

 

En quelques lignes, l’auteur de cette brochure, M .Lavillat évoque ces cloches. Or, nous avons, avec M. Alain Prêtre, chapraisien, auteur du reportage photographique sur ces cloches, recueilli des renseignements complémentaires que nous portons à votre connaissance :

 

La bénédiction des cloches

 

La bénédiction des cloches donna lieu à une grande cérémonie le dimanche 27 avril 1924. Le quotidien local, L’Eclair Comtois, a rendu compte de cet événement dans son édition du 28 avril 1924 (à noter que  le quotidien Le Petit Comtois, journal très anticlérical, et La Dépêche Républicaine de Franche-Comté, sauf erreur de notre part, n’ont dit mot sur cette bénédiction).

 

« Une cérémonie touchante et que l’on voit assez rarement s’est déroulée dimanche matin, en l’église votive du Sacré-Cœur, sous la présidence de Sa Grandeur Monseigneur Humbrecht, Archevêque de Besançon, celle de la bénédiction des cloches de la nouvelle Paroisse des Chaprais.

La cérémonie était fixée à 8h45, mais bien avant cette heure, les fidèles arrivaient si nombreux que bientôt le vaste sanctuaire fut trop petit pour contenir le flot sans cesse montant des paroissiens qui ne voulaient pas manquer d’assister à la touchante cérémonie qu’est une bénédiction, un baptême des cloches.

Grâce à un service d’ordre parfaitement conduit par des jeunes et dévoués paroissiens chacun put cependant trouver une place et l’église du Sacré Cœur était archi comble quand Sa Grandeur Monseigneur l’Archevêque fit son entrée et la cérémonie commença aussitôt selon les rites usuels toujours si impressionnants.

Depuis plusieurs jours, ainsi du reste que L’Eclair Comtois l’avait annoncé, les trois cloches qui bientôt prendront place dans les tours, pour animer la vie paroissiale, étaient exposées à l’entrée du chœur du Sacré-Cœur, sur l’échafaudage ad-hoc, à la place de la table de communion qui avait été enlevée pour la circonstance »…

 

 

Sont ensuite données quelques précisions concernant ces trois cloches.

La première cloche pèse 1 200 kg et donne le « ré » dièse

Une inscription latine est portée sur ses flancs, traduite ainsi par le journal :

 » Le Christ triomphe

Le Christ règne

Le Christ gouverne 

Que le Christ me préserve de tout mal

Cette cloche

qui se nomme MARGUERITE-MARIE

a été dédiée au sacré cœur de Jésus

par Sa Grandeur Monseigneur Humbrecht

Archevêque de Besançon

en présence de M. Jean Dalloz, parrain,

et de dame Hermine Charrière

Veuve de M. Albert Eugène Garnier

marraine

et aussi de MM. F. Pinondel, curé

et L. Tyrode, vicaire

le 27 avril 1924

En souvenir de M. Albert Eugène Garnier

la cloche sonne

L’Ange vous appelle. Le Christ commande

Répondez et vous serez sauvé « .

 

Photo Alain Prêtre

 

 

 La 2° cloche pèse 950 kg et donne la note « Fa ».

Et sur ses flancs sont notés les noms des parrains M. Pierre Jacobé, de la marraine, Dame Marie-Thérèse Le Mire et elle a été baptisée MARIE-AMBROISINE.

La 3° pèse 650 kg et donne la note « sol »

Parrain : M. Jules P. M. Grosperrin, son épouse Dame Marguerite-Marie Domard étant sa marraine. Nom de baptême GENEVIEVE : relevons tout de même cette inscription sur ses flancs :

« J’appelle les hommes d’armes

J’annonce les jours

Je marque les heures

Je chante les fêtes

Je pleure les deuils

J’écarte les orages ».

 

Ces trois cloches ont été fondues à Brest dans les établissements de M. Gripon.

Relevons également que la cérémonie se termina à 11 heures ! Car selon le rituel religieux elles ont été l’objet d’une bénédiction de sel et d’eau, d’un lavage et d’un enfumage, en dessous, avec encensoirs. Puis, discours de Mgr Humbrecht. A la fin de la cérémonie parrains et marraines ont distribué des dragées tandis que l’on revêtait chaque cloche d’une robe de satin blanc avec des rubans de couleur différente pour chacune d’elles.

 

Photo Alain Prêtre

 

N° 1 du Petit Messager du Sacré Cœur janvier 1925 ADD

 

Dans le même temps une opportunité s’offrit d’acheter à la ville pour 27 000 francs,  l’orgue construit en 1860 pour la chapelle du collège Saint-François-Xavier (actuellement lycée Pasteur) par le facteur d’orgue bisontin Georges et rénové en 1894 par Henri Didier d’Épinal.

Le maître-autel ne fut mis en place qu’en 1926 et les vitraux du cœur en 1931. Le curé note alors dans  le  «  Livre de la paroisse » : « ils ont jeté beaucoup de vie spirituelle dans un sanctuaire dont l’architecture ne répondait pas entièrement aux pensées religieuses de beaucoup de paroissiens ». Les années suivantes les chapelles latérales reçoivent à leur tour autel et vitraux, parfois grâce aux dons de quelques familles pieuses.

Sur demande de leurs proches ont été gravés sur des plaques de marbre les noms des soldats du diocèse mort pour la France. Enfin, selon ses dernières volontés, le cercueil de Mgr. GAUTHEY est retiré du caveau des archevêques de la cathédrale Saint-Jean pour sa sépulture définitive dans l’église du Sacré-Cœur, objet de son vœu. Ce transfert donne lieu à une émouvante et interminable procession à travers la ville. C’était le 10 juillet 1931. Il repose dans la chapelle Sainte Marguerite-Marie.

En 1935 les travaux de l’église marquent une pause. On estime que l’essentiel est désormais réalisé. L’attention se porte alors sur l’école paroissiale, jusque-là logée chez les Capucins : pour elle, on va bâtir sur le terrain de l’immeuble tout proche acheté en 1930, au du 12 rue de la Cassotte. C’est l’église Sainte Collette. Ces travaux vont jusqu’au-delà de la guerre absorber les ressources disponibles. Aujourd’hui l’école a changé de statut, la paroisse est déchargée de sa gestion mais en assure l’aumônerie.( Depuis cette école a été rasée pour faire place à un bâtiment d’habitations ; l’école Sainte-Colette a été transférée au pôle Saint-Paul, Saint-Joseph, boulevard Diderot).

 

Carte Postale ancienne Mémoire Vive Besançon

 

La guerre terminée la paroisse connaît, à la grande satisfaction du curé Putot, successeur du chanoine Pinondel, une période faste. La population du quartier augmente et rajeunit. Les offices sont très fréquentés. Les travaux reprennent à l’église. En 1958 – 1959 un paroissien, le maître verrier André Seurre, réalise les vitraux non figuratifs des rosaces ; un autre paroissien, l’ébéniste Verdant fabrique les confessionnaux ; les fonts baptismaux sont l’œuvre d’ateliers parisiens mais l’entourage est de l’entreprise bisontine Verdet.

La rénovation de la liturgie voulue par le Concile Vatican II conduit, en accord avec la commission diocésaine d’art sacré, alors animée par Lucien Ledeur et Marcel Ferry, à un réaménagement complet du chœur de l’église. Le nouvel autel est installé en juin 1967 et consacré le 5 novembre suivant. On y a bien sûr transféré les reliques dont l’église était dotée dès l’origine : reliques de Saint Irénée, des Saints Ferréol et Ferjeux et de Sainte Marguerite-Marie. En 1973 les peintures intérieures sont entièrement refaites et l’église paraît toute neuve, quand le curé, le Père Charles, accueil l’archevêque Mgr. LALLIER pour la célébration du cinquantenaire.

Le Père Faivre enfin, en charge de la paroisse depuis 1985, aura le souci de lourdes réparations trop longtemps différées : la toiture de l’église, le presbytère (on avait envisagé de démolir…). Une belle Vierge à l’Enfant, sculptée dans la pierre naturelle par Alain Verdenet de Vuillafans, remplace au portail la statue d’origine qui tombait en morceaux. Les grandes portes sont restaurées, et toute la façade principale échappe aux nuisances des pigeons éloignés par un procédé coûteux mais astucieux et efficace. Couronnant le tout, outre une reprise intégrale de l’électricité et de la sonorisation, l’orgue est démonté et restauré par le facteur d’orgues Dominique Lalmand de Rainans (Jura). L’instrument étant classé, les frais sont partagés entre l’État (30 %), la Région (30 %), le Département (20 %) et la Paroisse (20 %). La restauration dure plus d’un an de mars 1995 à juin 1996. Inauguration, le 27 avril 1997, donne lieu un récital du maître Louis Robilliard, événement apprécié des mélomanes bisontins.

L’église ayant été construite après la loi de séparation de 1905, son entretien ne relève pas des deniers publics. Il a donc fallu lancer deux souscriptions et contracter un emprunt. Puis un important legs de généreux paroissiens a bien aidé…

 

Photo Alain Prêtre

 

Finalement l’église de 1998 offre un visage différent. Bien sûr le gros œuvre est inchangé, mais son habillage, fruit de la ferveur et du goût de plusieurs générations, lui a donné une âme et les paroissiens d’aujourd’hui aiment à venir y prier ensemble et partager l’Eucharistie. Les qualités originelles de sa structure se sont petit à petit mieux révélées. Le plan s’apparente à la croix latine mais les bras du transept sont occupés par des sacristies et les chapelles latérales, directement ouvertes sur la nef, n’ayant que peu de profondeur, l’édifice se présente comme un large vaisseau, baigné de lumière, lieu de rassemblement du peuple de Dieu. Les voûtes, sans grande hauteur, ne distraient pas le regard qui se porte vers l’autel surélevé, visible de partout. Car c’est là que se réalise l’essentiel, le don de Dieu incessamment renouvelé et le partage. Cette qualité liturgique s’est mieux affirmée lorsque le maître-autel d’origine a fait place au sobre autel installé après Vatican II, une œuvre de qualité que l’on doit aux architectes parisiens Olivier et Varenka Marc.

 

 

En contrepoint on nous permettra d’évoquer, avec un léger sourire, les servitudes « incontournables » comme on dit dans le jargon contemporain, du terrain choisi, après bien des péripéties, par Mgr. HUMBRECHT en 1921. Il n’a pas dû être facile alors de cadrer l’église entre l’avenue Carnot et le bâtiment devenu presbytère contre lequel de chevet vient inesthétiquement buter. Résultat, un privilège exceptionnel en centre-ville : caché derrière ce chevet, un « jardin de curé » où, l’été venu, mûrissent au milieu des fleurs, tomates, haricots, framboises et noisettes… De l’autre côté, entre presbytère et bâtiment des catéchismes, un parking bienvenu où peut s’organiser la procession des Rameaux. On peut regretter que la façade principale tombe abrupte sur une avenue fréquentée, sans ménager un espace suffisant où se prolongerait à l’issue les offices la convivialité paroissiale. C’est pourquoi, après la messe, des conversations amicales et animées retiennent encore à l’intérieur de l’église quelques paroissiens, surtout de jeunes couples avec leurs enfants. C’est bien sympathique : l’église est la maison de Dieu, n’est-elle pas aussi – église, Ecclesia veut dire assemblée – la maison du peuple de Dieu rassemblé ?

 

III- le clergé paroissial : stabilité, continuité

Prêtres responsables de la paroisse depuis sa création :

–  de 1922 à 1937 : Félix Joseph Amédée Pinondel né le 1er avril 1880 à Genevrey en Haute-Saône, ordonné prêtre en 1905. Il est nommé curé de la nouvelle paroisse dès sa création avant même que ne soit terminée la construction de l’église. Il meurt le 16 février 1959 après avoir exercé les fonctions de vicaire général.

– de 1937 à 1965 : Albert Louis Putot, né le 4 septembre 1887 à Audincourt, ordonné en 1913. Il va diriger la paroisse pendant la durée record de 28 ans englobant la difficile période de la guerre. Il la  quitte à 77 ans et meurt peu après, le 7 novembre 1967.

–  de 1965 à 1977 : Paul Charle, né le 21 novembre 1915 à Rougemont le Château dans le Territoire de Belfort, ordonné en 1939. Il a été Directeur des Œuvres avant de venir au Sacré-Cœur qu’il a quitté pour assurer l’aumônerie du couvent des Dominicaines de Béthanie à Montferrand le Château jusqu’à sa mort le 14 août 1991.

 

Est Républicain 10 mai 1965

 

– de 1977 à 1984 : Georges Durpoix, né à Besançon le 6 septembre 1920, ordonné prêtre en avril 1947. Il a été à Paris aumônier général de la J.E.C.. Décédé 15 septembre 1991.

– de 1984 à 1985 : Christian Marandet, né le 18 mars 1948 à Besançon, ordonné en février 1977. Il ne reste qu’un an au Sacré-Cœur avant de rejoindre la région parisienne car il est prêté, dès juin 1985, au diocèse de Corbeil.

– depuis 1985 : Pierre Faivre, curé actuel (1998), est le sixième à exercer cette fonction. Né à Salins le 6 juillet 1928, ordonné en juin 1953, il fut aumônier diocésain de l’enfance. Il reste 18 ans à Beaucourt (Territoire de Belfort) avant de revenir au Sacré-Cœur où il avait été vicaire. Il est le seul à en assumer la charge, n’ayant plus de vicaire.

Si l’on ne tient pas compte du bref passage de Christian Marendet, la durée moyenne de présence des curés du Sacré-Cœur est de 15 ans. Par contre, la paroisse a accueilli de nombreux vicaires. Beaucoup ne sont restés que deux ou trois ans avant d’assumer d’autres responsabilités.

– du temps du curé Pidancet, il s’agit de Léon Tyrode, Marc Cordier, Gilbert Deschênes, Marcel Roussel-Galle.

– du temps du curé Putot, ils sont nombreux à se succéder : Pierre Tarby, Abel Garret, Marcel Remonnay, Michel Perrin, Georges Willemin, Jean Courgey, Jean Rigolot, Marcel Baudiquey, François Friez, Pierre Faivre, Jean Aidemoy, Louis Cour, Louis Gallois. Deux d’entre eux sont restés huit à neuf ans : les abbés Friez et Faivre.

– du temps du Père Charle et du Père Durpoix : Alphonse Bessot, Philippe Lagondet, Claude Bonaïti.

Dans le même temps, le Sacré-Cœur a accueilli des prêtres auxiliaires, en fin de carrière, dont les paroissiens ont apprécié l’expérience, la disponibilité et les qualités humaines : Gaston Rognon, Jean Oudot, Gaston Ferreux, Just Vionnet.

– Enfin, le Père Michel Jacasse, chargé de missions sur le plan du doyenné de Besançon, habite la cure depuis août 1988.

La communauté paroissiale garde le souvenir de ses serviteurs. Elle leur associe les prêtres et religieuses qu’elle-même a donnés à l’Eglise : le Père Gardet, témoin bien vivant de la construction de l’église, se souvient d’avoir été lors de la consécration, enfants de chœur aux côtés du Cardinal Touchet et de Mgr. Humbrecht. Actuellement il assure l’aumônerie au Foyer résidence Notre-Dame à Besançon.

André Papineau, en retraite au centre diocésain de Besançon.

Albert Martinet, décédé le 2 juillet 1979.

Jacques Charrière, décédé le 30 septembre 1994.

Michel Berche, oblat de Marie-Immaculée à Sainte-Foy les Lyon.

Jean-Pierre Rognon, missionnaire du Sacré-Cœur à Issoudun.

Sœur Anne Colette Cantenot, de la Charité, membre de l’équipe diocésaine du Catéchuménat à Besançon.

Sœur Colette Gagnière, Ursuline à Dijon.

 

IV- La vie de la paroisse (en 1998)

  • La pratique religieuse : recul ou avancée ?

Une étude précise de la pratique religieuse dans la paroisse du Sacré-Cœur depuis sa création ne manquerait pas d’intérêt, mais faute d’en avoir les moyens, il faut se contenter de quelques « flashs » permettant d’éclairer la situation au cours des années 50 d’une part, et d’autre part plus récemment en 1992 et 1998.

La visite pastorale de l’archevêque Mgr. DUBOIS le 10 février 1956 a conduit le chanoine Putot à  un intéressant travail de statistique. Il évalue à 1700 dont environ 400 « hommes et grands jeunes gens » le nombre des fidèles assistants régulièrement à l’une des quatre messes du dimanche, soit 20 % de la population paroissiale qu’il évalue à 8500 habitants, chiffres qui a presque doublé, écrit-il, depuis la fin de la guerre. Un comptage plus précis avait eu lieu auparavant le dimanche 13 décembre 1953. Il y avait eu 26 présents à la messe de 6h30, 173 à 7h30, 453 à 9h30, 650 à 11h15 (et 100 aux vêpres) soit pour les messes un total d’environ 1300.

L’enquête menée les 5 et 6 décembre 1992 dans l’ensemble des paroisses de la ville donne, pour le Sacré-Cœur, 149 présents le samedi soir, 246 à la messe du dimanche soit un total d’environ 400 présents pour une population évaluée au recensement de 1990 à 6073 habitants. La comparaison avec les chiffres des années 50 ne manque pas d’être inquiétante, d’autant que parmi ces 400 présents on compte 2/3 de personnes âgées (plus de 60 ans) surtout des femmes et seulement 11 % de moins de 20 ans. Il convient toutefois de nuancer cette appréciation. En 1956, de l’aveu du Père Putot, le nombre des communions est de 250 à 200 le dimanche soit 1/10 seulement des présents d’où la recommandation insistante donnée par l’archevêque de promouvoir la communion fréquente. D’autre part le nombre des retardataires est stupéfiant : compter un dimanche de décembre 1953 à la messe de 11h15, il a été de 315, soit environ la moitié de l’assistance, dont 151 durant le sermon et 9 après le Credo. C’était l’époque où d’aucuns modulaient leur présence au minimum requis pour « avoir sa messe » !

Il semble d’ailleurs que depuis quelque temps, la fréquentation des offices progresse. On a compté 170 présents à la messe du samedi soir 21 mars 1998, 252 à la messe du dimanche 22, soit un total de 422 participants. La moyenne d’âge reste élevée, mais comment en serait-il autrement ? Cela tient au caractère de la population du quartier. Très proche du centre-ville mais aéré et agréable il est devenu une zone résidentielle recherchée. Dans les années 50 on trouvait encore par exemple rue Krug, rue de la Liberté, rue de la Rotonde, rue du Chasnot, rue de la Viotte, des logements médiocres où habitaient des ouvriers de quelques ateliers proches ou des cheminots désireux de ne pas s’éloigner de la gare du dépôt des machines. Aujourd’hui, sans d’ailleurs que la population augmente, de grands ensembles dotés de tout le confort moderne ont pris la place d’ateliers, d’entrepôts (Pateu et Robert, Vins Union, Epicerie en gros Joliot…), de jardins (Capucins, clinique Saint-Vincent…). Le coût élevé des appartements les réserve à des familles aisées, professions libérales, cadres supérieurs en fin de carrière ou en retraite, dont les enfants devenus grands font leur vie ailleurs.

 

Carte postale Cim

 

  • Des chrétiens actifs dans l’Église et dans la société ?

Les 400 participants aux messes des 5et 6 décembre 1992 ont été interrogés sur leurs activités éventuelles dans l’Eglise : 52 faisaient partie de mouvements, 22 avaient un rôle de liturgie, 12 dans la catéchèse, 16 appartenaient à un groupe de prière, 54 assuraient divers services. Ces chiffres ne sont pas additionnables car une même personne peut avoir plusieurs engagements, mais ils sont significatifs. La pratique religieuse est devenue – et il  faut le regretter – le fait d’une étroite minorité, mais n’est-on pas passé – et cela est positif – d’une attitude de consommateurs plus ou moins passifs à une attitude de participation plus active ?

Où en est-on aujourd’hui ? Deux conseils, le conseil d’animation pastorale et le conseil économique, participent à la vie et à la gestion de la paroisse. Quant aux mouvements et services, ils s’agit du M.C.R. (Vie montante), d’une équipe d’A.C.I., de deux équipes du Rosaire, d’un groupe Évangile, de la chorale, des groupes d’adolescents ou de grands jeunes qui se préparent à la Confirmation, d’un groupe de servants d’autel, de lecteurs, sans oublier les catéchistes qui assurent la formation chrétienne des enfants et encore les dames qui veillent à la propreté et à l’ornementation de l’église et aussi les bénévoles qui collectent le denier de l’Eglise. Cette année ont été mises en place des équipes liturgiques.

On ne saurait enfin passer sous silence deux réalisations récentes qui témoignent de la vitalité de la paroisse et de son ouverture aux préoccupations de notre temps. L’année 1998 marque ainsi le 25e anniversaire du jumelage du Sacré-Cœur de Besançon avec la paroisse du Sacré-Cœur de Fribourg en Allemagne. C’est une initiative du Père Jean Oudot qui avait su tirer parti d’une longue captivité en Allemagne pour parler couramment l’allemand. Les rencontres annuelles, devenues rapidement très amicales, les deux chorales alternativement en France et en Allemagne, se sont élargies à l’ensemble des paroissiens.

L’autre réalisation est toute récente puisqu’il en est à sa quatrième année d’existence. Répondant un appel pressant des autorités civiles et religieuses de la ville affrontées au drame des sans-logis, la paroisse du Sacré-Cœur a offert un local pour l’ouverture d’un accueil de nuit. Trois chambres bien équipées, aménagées au deuxième étage du bâtiment des catéchismes permette de loger chaque nuit jusqu’à 10 personnes. Il s’agit d’un hébergement d’urgence et de courte durée, en attendant une solution plus durable. Pour l’exercice 1995 – 1996 on a compté 579 unités et 740 nuitées en 1996 – 1997. La gestion est assurée par le secours catholique en liaison avec divers organismes publics et associatifs. Elle mobilise une vingtaine de bénévoles dont 6 du Sacré Cœur.

Jumelage franco-allemand, accueil de S.D.F. : les mentalités ont évolué. Rendons grâce a Dieu que cette paroisse, née d’un vœu qui comportait aussi le souhait de la victoire de nos armes, accueille aujourd’hui fraternellement l’étranger, l’ancien « ennemi héréditaire ». Et louons aussi le Seigneur pour l’accueil des plus démunis par une paroisse considérée comme « bourgeoise ». Mais il y a encore beaucoup à faire et surtout peut-être pour que les jeunes – il y en a quand même ! – trouvent  pleinement leur place aux côtés des anciens pour assurer la relève.

La réorganisation de l’Eglise à Besançon (comme dans l’ensemble du diocèse) récemment menée à son terme devrait offrir un cadre favorable à cette nécessaire évolution de la pastorale. Les paroisses bisontines ne seront plus tentées de vivre repliées sur elles-mêmes. Le Sacré-Cœur fait partie avec Sainte-Madeleine, Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint Fort de Morre de l’unité pastorale de Besançon – Centre. Déjà des manifestations communes, à l’occasion des Confirmations par exemple, permettent d’élargir les contacts pour un dynamisme retrouvé dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. À l’occasion de ce 75e anniversaire toutes les paroisses de l’unité pastorale se retrouvent au Sacré-Cœur ce dimanche 21 juin 1998.

 

M .Bernard Lavillat

Achevé d’imprimer le 15 mai 1998