Quelques données historiques

Par M. Guy Paris

 

I- Le couvent et l’église Saint-Martin de Bregille.

(D’après « Le Vieux Besançon religieux » du chanoine Antoine Monnot (1955).

 

 

L’histoire nous apprend que ce coin de Bregille fut un centre de vie religieuse et chrétienne depuis fort longtemps. Il y eut là, primitivement, une abbaye de femmes fondée au VIIe siècle, probablement sous l’épiscopat de Saint Donat.

Castan, qui a fait des recherches à ce sujet, nous a laissé ses précisions : « L’évêque Donat, élève de la grande école monastique de Luxeuil, peupla Besançon de congrégations religieuses : l’abbaye Saint-Paul, Jussa-Moutier et Saint-Martin de Bregille, ces deux dernières, régies par la mère, la sœur et la cousine de ce prélat (628 – 638) ».

L’Annuaire du Doubs de 1833 consacra une petite notice à cette abbaye. Vers l’an 650, le duc Amalgaire, gouverneur d’une partie de la Bourgogne, fonda pour sa fille une abbaye dont elle fut la première abbesse. Il n’y a plus de vestiges de cette abbaye. On sait seulement qu’elle était placée dans un lieu agréable, entouré de coteaux, de vignes, arrosée par de belles sources et séparée de Besançon par le Doubs, ce qui fait supposer qu’elle était placée dans le fond du vallon et non sur la hauteur.

Cette abbaye passa ensuite dans le domaine des archevêques de Besançon qui possédaient le village de Bregille et y avaient des officiers pour exercer la justice et percevoir la dîme. Le don en fut fait à l’archevêque Arduic par Charles le Chauve en 870. Cette abbaye avait été fondée par Amalgaire sous le vocable de Saint-Martin. Mais il paraît, si l’on en juge par la chronique de Bèze, rapportée par Dunod, que sa fille y resta peu de temps avec ses religieuses car elle alla rejoindre son frère à l’abbaye de Bèze. On présume qu’à partir de ce moment, sous le même vocable, fut instituée une abbaye d’hommes.

Il est regrettable qu’on n’ait pas les dates de cette disparition et de cette mutation, puis de l’apparition d’une église paroissiale qui devenait nécessaire en raison de l’accroissement de la population. Ce qui est certain, c’est que, dès la fin du XIIIe siècle, les archives du Doubs nous mettent sous les yeux les noms de certains curés de Bregille. En 1296, nous relevons le nom d’Étienne d’Oiselay et un siècle plus tard en 1385, celui de Hugues de Chaux en Montagne. En 1304 nous trouvons mention d’une rente faite à l’église de Bregille pour un anniversaire. Du reste, propriétaires de cette partie de la banlieue, les archevêques de Besançon ne pouvaient point négliger le bien spirituel de leurs propres sujets. Ils durent s’en occuper mieux encore lorsqu’à partir du XIIIe siècle, ils eurent construit, sur les hauteurs de Beauregard, un château avec enceinte. Eux-mêmes s’intéressaient tout particulièrement à la paroisse Saint Martin de Bregille, et des documents retrouvés à la Révolution nous les présentent comme spécialement chargés de l’entretien du culte dans cette église paroissiale.

Cette église avait été construite à l’emplacement de l’ancien couvent, et c’est pour cette raison sans doute qu’elle conserva le nom de Saint-Martin. Elle était située au confluent du ruisseau de Bregille avec la rivière du Doubs, à peu près à l’emplacement de l’ancienne gare des marchandises de la Mouillère. C’est là que nous la voyons sur presque tous les vieux plans de la cité de Besançon. Aux époques de paix, ce coin de Bregille était très agréable, mais au moment des guerres, l’église était exposée à toutes les attaques et à toutes les destructions.

Une première fois, elle fut démolie au milieu du XVe siècle, lorsque les habitants de Besançon craignant que, de Montbéliard, le Dauphin de France ne vînt mettre le siège devant la ville, résolurent de détruire le château des archevêques. « Ils s’y portèrent en masse, nous dit Laurens, et n’y laissèrent pas pierre sur pierre. Ils détruisirent également l’église Saint-Martin et le village de Bregille, et coupèrent tous les arbres fruitiers du vallon. »

Seul centre religieux de la banlieue, avec Saint-Ferjeux, l’église Saint-Martin dut être rebâtie peu de temps après.

 

Eglise de Bregille sur ce plan datant de 1598 Mémoire Vive Besançon

 

Un décret de l’archevêque de Besançon, daté du 1er août 1705, a partagé entre ces deux églises toute la banlieue immédiate de Besançon. Ce décret,a en effet, enlevé à la paroisse de Sainte-Madeleine, les granges et hameaux situés hors des portes du quartier septentrional de la cité, pour en attribuer la moitié à la paroisse de Saint Ferjeux et l’autre moitié à la paroisse de Bregille.

Les habitants de la section de Saint-Claude étant trop éloignés de l’église paroissiale, on leur donna une chapelle de secours, avec un vicaire résidant. Celui-ci dépendait du curé de Bregille et, encore en 1792, l’abbé Marion, curé de Bregille, nous signale l’oratoire de Saint-Claude comme faisant partie de sa paroisse.

Ainsi donc, jusqu’à la Révolution, l’église Saint-Martin de Bregille était le centre d’une paroisse assez importante et, chaque année, le troisième jour des Rogations, la procession de Saint-Jean s’y rendait, au chant des litanies.

 

Dessin Charles Pinot. Pellerin éditeur. Musée de l’image d’Epinal.

 

L’orage révolutionnaire passé, les offices reprirent à Saint-Martin de Bregille. L’église fut rouverte même avant les églises de l’intérieur de la ville. Et après le Concordat, le curé de Bregille continua d’avoir sous sa juridiction les habitants de Bregille, des Chaprais et de Saint-Claude.

Mais le centre de la paroisse dut être déplacé. En 1814, le prince de Liechtenstein vînt assiéger Besançon avec 15000 Autrichiens. La ville, sous les ordres du général Marulaz, devait résister vaillamment au blocus. Néanmoins pour la protéger, on  recourt à des moyens qui firent particulièrement souffrir la banlieue : « le 7 janvier 1814, nous dit l’abbé Baverel dans un manuscrit, on a commencé, par ordre de l’officier du génie Lafaille, la démolition de plus de 100 maisons dans les Chaprais, à Bregille et généralement de toutes celles qui se tiennent sur les bords de la rivière. Tout le village de Bregille, l’église, la cure ont été démolis ».

C’en était fini de la petite église ; elle n’allait plus se rebâtir sur l’emplacement du vieux couvent. L’abbé Defrein, curé de la paroisse, dut se réfugier au lieu-dit « la Blanchisserie » dans une maison qui servit plus tard d’église et de presbytère. Mais dès 1816, il est nommé curé de Bucey-les- Gy.

 

Général Jacob François Marulaz

 

C’est l’abbé Jean Baptiste Mercier, arrivé de son vicariat de Baume les Dames, nommé curé de Bregille le 1er juillet 1816,  qui se met à l’œuvre pour construire une église. Et comme la paroisse était très vaste puisqu’elle s’étend de Bregille à Saint-Claude, il pense mieux faire en la construisant au centre de ce territoire. L’église est achevée en 1822. Bregille est dès lors privé de son église et, dans les années suivantes, les habitants à plusieurs reprises, adressent à l’archevêque des pétitions dans lesquelles  ils  expriment leurs regrets d’être si éloignés de la nouvelle église, alors que pendant de si longs siècles, l’église Saint-Martin a été sur leur territoire. Leurs désirs ne vont être exaucés que beaucoup plus tard. Auparavant, on va assister au démembrement de l’antique paroisse : le 13 décembre 1836, une ordonnance royale érigeait en circonscription paroissiale le territoire desservi par la chapelle de Saint-Claude.

C’est en 1909 que Bregille fut reconstitué en paroisse avec tout d’abord Saint Lin comme patron, puis après la guerre de1914-1918, sainte Jeanne d’Arc, en l’honneur de laquelle est construite la nouvelle église

Journal de la paroisse de Bregille depuis le 1er juillet 1816 tenu par M. Mercier curé de Bregille depuis cette époque.

État de la paroisse à cette époque

Monsieur Mercier Jean-Baptiste, né à Foucherans près d’Ornans, en arrivant dans la paroisse de Bregille le 1er juillet 1816, trouve ladite paroisse dans le plus grand dénuement.

Son église située près du pont de Bregille ainsi que la cure ont été incendiées et démolies le 24 décembre 1813.

Une maison appartenant à Monsieur Dangest, pharmacien, dont il avait hérité par testament de Madame de Vanne sert alors de cure et d’église. Cette maison  située au lieu-dit « La Blanchisserie » est amodiée par la fabrique de Bregille pour la somme de 400 Fr. payée par la ville de Besançon, la paroisse faisant partie de la commune de Besançon.

La paroisse se trouve alors composée de tous les habitants hors les murs à partir de la porte Battant et en suivant la route qui conduit à Vesoul du côté du Nord, situé sur le territoire de Besançon, en faisant le tour de ces territoires et arrivant à la porte Bregille, bois de Bregille compris. Le nombre des habitants est alors de 1906, tous ruinés par le blocus qui a commencé le 1er janvier 1814 et a été levé dans le courant du mois de juillet de la même année. Presque tous les paroissiens sont entrés en ville pendant ce temps, emmenant avec eux tout ce qu’ils peuvent. D’autres restent et n’en sont pas plus heureux, ni plus riches. Le prêtre qui  les dessert qui est leur curé les quittent pour aller à Bucey les Gy. C’est M. Defrein qui a voulu rester hors la ville pour soigner ceux qui sont restés. Beaucoup souffrent. Il est ruiné lui aussi.

Le mauvais temps 1816 se joint aux malheurs de la guerre. L’année est  pluvieuse et des plus stériles. La misère générale en France pendant l’année 1817.

La livre de pain se paie jusqu’à un franc. Dieu nous préserve de revoir une pareille famine ainsi que ceux qui viendront après nous.

Mercier, curé de Bregille

Au milieu de tant de calamités et de désordres, on sent le besoin pressant de penser à bâtir une église. Chaque dimanche, des personnes tombent évanouies dans la chambre qui sert église ; le quart des paroissiens peut seulement y entrer. Le curé ne possède qu’une chambre et une cuisine. Mais à qui s’adresser pour obtenir les sommes nécessaires ? La ville a 200 000 Fr. de dettes, les paroissiens sont ruinés, les décorations de l’église ont été brûlées, les ornements perdus ou égarés. Enfin il n’y a rien, cependant il faut marcher.

Des démarches sont commencées auprès de Monsieur Terrier de Santans alors maire de la ville. Il faut le dire, à sa louange, il est rempli de bonne volonté, mais les créanciers de la ville le poursuivent, le tourmentent, et il conseille à la fabrique de Bregille de patienter.

Les membres qui composent la fabrique de Bregille sont :

  • Monsieur Raclot, préfet ;
  • Jean-Baptiste Rioudey ;
  • Charles Tisserand ;
  • Tissot J.C. ;
  • Vaucheret qui remplace son père.

Effrayés par les difficultés qui se présentent, par les démarches à effectuer, tous abandonnent leur poste et donnent leur démission. Il faut en excepter deux personnes Jean-Baptiste Rioudey et Joseph Barlot qui aident Monsieur le curé de tous leurs pouvoirs. L’un et l’autre méritent des éloges pour les services rendus à la paroisse.

Le 1er juin 1817, une première demande pour l’église est adressée en forme de pétition à Monsieur le maire. Le conseil répond que la ville est obérée, qu’il n’y a pas possibilité de faire suite à la demande de la fabrique. On observe ici que la somme demandée pour l’église est seulement de 26 000 Fr. Des demandes sont effectuées auprès du gouvernement afin d’obtenir des indemnités pour l’église et la cure démolies. 22 000 Fr. sont accordés et inscrits au grand livre. On compte là-dessus et la ville s’en empare. 3400 Fr. de dommages sont réclamés pour le mobilier de l’église : on obtient 1500 Fr.

Madame Buchet, marchande à Besançon fait don de 3000 Fr. pour la bâtisse de l’église. Telles sont les sommes dont dispose la fabrique de Bregille. De nombreuses pétitions sont adressées à Monsieur le maire.

Enfin, en 1819, le conseil vote une somme de 22 000 Fr. Un plan est envoyé à la fabrique, mais il est trop petit et trop mesquin. L’église bâtie n’aurait pu contenir plus de 500 personnes. Aussi la fabrique rejette le plan. Elle fait faire un plan à Monsieur Lapret alors architecte de la ville. Ce plan prévoit de 1600 à 1800 personnes. Cela semble convenir à la fabrique alors que la paroisse augmente en nombre de personnes chaque année. Ce plan nouveau s’élève à 60 000 Fr. et il est adressé à Monsieur le préfet. Il est rejeté. Le plan est transmis au conseil des bâtiments à Paris. Après démarches, celui de la fabrique est approuvée. L’ordonnance royale qui l’autorise est du 8 novembre 1820. Le conseil municipal veut délibérer mais le préfet s’y oppose. Alors le conseil forme un appel au conseil d’État en évoquant le fait que la fabrique a trompé la bonne foi du roi. Monsieur de Lachadenet, préfet du Doubs, force le maire à obéir à l’ordonnance et de mettre en adjudication. Ce qui est fait le 10 février 1821.

Monsieur Saget entrepreneur fait la partie maçonnerie et d’autres, le reste. Les travaux commencent le 15 avril 1821. On y dit les matines la même année alors que l’église n’est pas terminée. Pendant les matines il y eut un orage avec tonnerre, qui font trembler les murs.

 

II. Les années 1820 – 1823, la construction est décidée

L’église de Bregille a été incendiée en 1814 ainsi que le presbytère. Un local misérable, appartenant à un particulier et pouvant à peine contenir 250 personnes est offert aux paroissiens.

 

Abbé Baverel  Faits mémorables Mémoire Vive Besançon

 

Après plusieurs échanges de courriers avec la municipalité, un devis estimatif est établi par la fabrique pour la reconstruction de l’église. Il s’élève à 24 703 Fr.

Le conseil municipal prend une délibération le 25 janvier 1820 par laquelle il décide de donner au bâtiment de l’église une contenance de 600 âmes sans compter encore ce qui pourrait entrer dans le cœur et sur la tribune. (Extrait des minutes déposées au secrétariat de la ville).

Le 24 mars 1820, devis instructif de l’église. Le local destiné à l’emplacement de cette nouvelle église est situé aux Chaprais, près de l’ancienne blanchisserie.

 

Plan général de l’église Mémoire Vive Besançon

 

La longueur de cette église hors-d’œuvre est de 30,39 m sur 18,34 m. Elle est composée de trois nefs avec le chœur, de deux sacristies, d’un portail d’ordre dorique avec un fronton surmonté d’un clocher, le tout voûté en bois et plafonné. Le devis s’établit à la somme de 44 318,92 Fr.

Une ordonnance du roi du 8 novembre 1820 autorise l’adjudication publique pour la construction de l’église.

La municipalité fait un recours au conseil d’État par la séance du 22 août 1823.

Devis porté à 46 700 Fr. afin que l’église puisse contenir 1300 individus  (la paroisse compte 1915 âmes). L’église doit se construire sur le terrain de Monsieur Dangest « Cependant la ville ne négligea point d’aviser à la reconstruction de l’église et du presbytère. À côté de la maison dont on vient de parler, existait un vaste terrain dont elle fait même partie ; la ville en négocie l’acquisition pendant longtemps pour en composer un cimetière et pour placer, dans la partie la plus élevée, soit l’église, soit le presbytère. Elle est enfin parvenue à cette acquisition pour une somme de 24 000 Fr. »

À la même époque, une personne pieuse fait donation à la paroisse ou à la ville d’un terrain très voisin de celui ci-dessus, pour y construire l’église, ce qui dispense de la bâtir sur le terrain même du cimetière. Cette donation est acceptée par la ville.

Alors il ne s’agit plus que des frais mêmes de la construction.

Le gouvernement alloue à Bregille, donc à la ville, une somme de 15 700 Fr. pour la construction de l’église et du presbytère.

Le 13 janvier 1821, adjudication pour la construction de l’église pour la somme de 40 319 Fr.

Besançon le 20 juin 1821. Préfecture du Doubs.

Monsieur le maire,

J’ai l’honneur de vous adresser une ampliation par copie d’une ordonnance royale en date du 6 juin courant, autorisant la ville de Besançon a accepté la donation à elle faite par le sieur Mercier Jean-Baptiste, d’un terrain contenant 21 ares 66 centiares, pour servir à la construction de l’église de la paroisse de Bregille, situé sur le territoire de Besançon lieu-dit à La Pernotte.

Monsieur Jean Baptiste Mercier, curé de Bregille, a fait donation du terrain joignant du côté d du dessus l’ancienne route de Baume. Aux termes du même acte Monsieur Mercier a acquis par voie d’échange du sieur François Xavier Faivre et Dame Louise Charlotte Laurent son épouse pour servir à la construction d’une église.

La première pierre de ce pieux monument, construit sur les plans de Monsieur Lapret, a été posée le 3 mai MDCCCXXI  (1821) sous la présidence du marquis de Terrier de Santans, maire de la ville.

 

Plan église Mémoire Vive Besançon

 

En 1822, le 16 juillet, Madame veuve Lapret réclame ce qui est dû à son mari Denis Lapret architecte.

Le 15 juin 1823, Jean Baptiste Painchaux, entrepreneur en bâtiment, reconnaît les travaux avec le conseiller Bourgon, en présence des sieurs Sagot, entrepreneur maçon, Daniel Loude, charpentier, Milley, couvreur et gypseur, Quidel, serrurier et Pillot, ferblantier.

 

III. Après 1828 on prépare la construction de la cure

 

Plan presbytère architecte A. Delacroix 1937  Mémoire vive Besançon

 

Le 14 mai 1823, le conseil municipal acquiert de Monsieur Faivre un terrain de la contenance de 48 ares 78 centiares, joignant la nouvelle église de Bregille, pour une somme de 2533, 50 Fr.

Extrait de registre du conseil municipal de Besançon en date du 18 août 1828.

Monsieur le maire expose que MM. Jean Antoine Dony et Jean Charles Jacquey, les deux derniers propriétaires demeurant sur le territoire, proposent à la ville d’acheter une propriété joignant au sud ouest le terrain acquis de Monsieur Faivre et de les réunir à cette propriété afin qu’on puisse y bâtir une cure pour la paroisse de Saint-Martin et enfermer le tout par un mur de clôture.

Le 4 juin 1828, l’architecte de la ville a présenté un devis estimatif de la construction de ce mur, dont la dépense s’élèvera à 4643 Fr.

Le 4 juin 1830, Monsieur le curé de Bregille demandera le paiement d’une somme de 1000 Fr. qui restent du fait de la construction d’un mur autour du terrain joignant l’église.

Vente du 6 mai 1829.

Le sieur Jean Bernard, Josèphe Marchand son épouse qu’il autorise, jardinier demeurant aux Chaprais territoire de Besançon.

Vente à Monsieur Jean Baptiste Mercier, prêtre, curé de la paroisse Saint Martin de Bregille demeurant aux Chaprais, au sieur Jean Charles Jacquey et dame Colette Foinol son épouse, à Monsieur Jean Antoine Dony et à dame Jeanne Claude Monnot son épouse, un terrain en nature de jardin, situé sur le territoire de ladite ville, lieu-dit au champ Vaufrelin canton des Chaprais, de la contenance d’environ 14 ares 44 centiares, touchant le levant M. de Vente, de couchant, le terrain de la ville, de nord l’ancienne route de Baume et de midi le chemin tirant à Bregille.

Monsieur Mercier, les mariés Dony et Jacquey déclarent expressément que le terrain à eux acquis est pour objet d’utilité publique, ainsi que cela sera expliqué dans la déclaration de commande qu’ils se proposent de faire dans le délai utile.  Ce terrain est destiné à la commune de Besançon.

Le conseil municipal de Besançon dans la délibération du 18 dernier,  a reconnu l’utilité de l’acquisition du terrain désigné au contrat qui précède, dont il a pris lecture, afin d’y construire un presbytère pour servir de logement au desservant de ladite paroisse Saint Martin

Le 4 juillet 1835, Jean Agathe Micaud, maire de la ville.

Échange de terrain avec le sieur François Pagandet propriétaire et Jeanne Françoise Barberet son épouse.

Deux portions de terrain en nature de prairie  artificielle situées sur le territoire de Besançon lieu-dit «Aux Pernottes », soit une contenance de 24 ares 3 centiares.

En contre échange lesdits époux Pagandet cèdent à la ville de Besançon une portion de terrain en nature de prairie artificielle située au territoire de Besançon, soit une contenance de 24 ares 16 centiares. Elle est acquise pour servir à l’emplacement d’un nouveau presbytère pour la paroisse de Bregille et par suite de l’agrandissement du cimetière.

 

IV. Dès 1858, déjà il faut agrandir l’église

Au mois de novembre 1858, le curé Cretin expose au conseil municipal de Monsieur Clerc de Landresse, que l’église a besoin de réparations mais qu’elle s’avère trop petite à cause de l’augmentation de la population qui s’élève à peu près 3000 personnes. « C’est une chose bien funeste à la conservation de la religion parmi les populations qu’une église trop petite, surtout dans les temps actuels. C’est un prétexte dont on se sert pour ne pas la fréquenter. De là l’ignorance toujours plus grande des devoirs envers Dieu et les hommes. »

Deux cloches, l’une de 400 kg et l’autre de 1200 kg sont installées dans le clocher.

Le conseil de fabrique réitère des demandes d’agrandissement de l’église en 1859 et 1865.

Un orage de grêle du 1er juillet 1195 nécessite le remplacement des tuiles à l’église et au presbytère.

 

V. Des concertations ambiguës

Le 20 mars 1926, au conseil municipal de Besançon,. Ioffe, rapporteur, expose par lettre du 27 janvier dernier, M. l’abbé Cretin curé de l’église Saint-Martin de Bregille, sollicite l’autorisation de faire agrandir à ses frais l’église actuelle, placée au milieu d’un terrain clôt de murs et complètement séparée du cimetière des Chaprais.

Les caractéristiques du projet sont les suivantes :

– Changement d’orientation de l’axe longitudinal de l’église dont la plus grande nef deviendrait le transept, les agrandissements projetés devant utiliser le terrain restant disponible à droite et à gauche de l’église actuelle, dont l’entrée sur la place deviendrait une entrée latérale sans qu’il soit touché au clocher actuel.

– L’entrée principale serait du côté de la rue des Ecoles, à l’extrémité de l’agrandissement projeté, sur le terrain vague à gauche de l’église actuelle, ce terrain devant servir de passage pour accéder depuis la place à cette entrée principale qui n’aurait aucune communication directe avec la rue des Ecoles.

– La largeur du passage entre l’entrée principale et le mur de clôture, en bordure de la rue des Ecoles serait d’environ 3 m et côté ville de 2 m. Le mur en bordure de la rue des Ecoles serait surmonté d’une grille.

– La petite bâtisse existant à gauche de l’entrée actuelle serait remplacée par un oratoire aménagé pour recevoir en attendant les cérémonies, les cercueils arrivant d’autres communes qui doivent actuellement être déposées dans la salle de catéchisme, ce qui présente à tous points de vue de graves inconvénients.

Nazouski, du Havre, est l’architecte qui a dressé les plans de la future église.

La nouvelle construction serait édifiée d’après les procédés Nazouski, consistant en une double enveloppe de maçonnerie de pierre artificielle moulée, enliée de part et  d’autre et garnie en son milieu par un remplissage en béton.

 

Lettre publiée dans l’Union paroissiale de février 1928 ADD

Le 13 mars 1926, la mairie s’informe auprès de M. Lersh, jurisconsulte, si la cure des Chaprais peut, à ses frais, agrandir l’église actuelle sur un terrain appartenant à la ville et d’une contenance d’environ 3 ares.

(Une note incluse au dossier, à travers des exemples et différents textes de la loi de 1905, fait qu’il est conclu au rejet de la demande présentée par le curé des Chaprais).

Réponse : les communes peuvent engager les dépenses nécessaires pour l’entretien et la conservation des édifices du culte. Ces dépenses demeurent facultatives.

– En outre, les dépenses pour la réparation d’entretien ne seront licites que dans la limite où elles tendront à l’entretien de l’immeuble considéré comme élément du patrimoine communal, et non à l’amélioration des conditions dans lesquelles le culte y est pratiqué.

Agrandir l’église c’est améliorer ces conditions, et la ville ne pourrait contribuer pour une part quelconque à cette amélioration (!!!).

Si elle accepte les travaux que le curé Cretin désire effectuer à ses frais, c’est participer, car il résulterait l’abandon gratuit du terrain. Cette cession illicite constituerait une subvention au culte, prohibée par l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905.

Le 7 mai 1926, le conseil municipal est réuni sous la présidence de Charles Siffert, maire.

La commission des bâtiments a envisagé d’examiner cette question lorsque l’administration se trouvera en présence d’une association cultuelle régulièrement constituée, par application de la loi de séparation.

La commission de voirie émet un avis conforme.

À la suite de l’étude de la question par la commission d’administration et des finances, le conseil municipal prendra la délibération suivante :

« Le conseil municipal

Vu la demande de M. le curé des Chaprais tendant à être autorisé agrandir à ses frais l’église des Chaprais

Considérant que le pétitionnaire ne représente que lui-même et qu’il n’est à aucun titre légal, fondé à parler au nom des fidèles

Considérant en effet, que ces derniers ont à leur disposition, pour traiter avec la ville, le moyen légal de se constituer en association cultuelle conformément à la loi de 1905

Décide en conséquence, de rejeter la demande comme irrecevable ».

Le 18 juin 1926, une pétition est transmise au maire de la ville sous le patronage d’un comité. Cette pétition comporte 512 signatures dont certains noms bien connus des paroissiens du quartier : Dr Daguet, Paul Vichet jardinier, Lamblin-Donnat rentier au Clos des Vaîtes, Jobard Henri jardinier, Gavignet Henri jardinier, Boisson Henri, Ardiot Joseph, Kloetty.

Me L. Haumont, avocat à la cour d’appel :

Admet que, si la municipalité accepte d’offrir le terrain, elle concourra ou surviendra indirectement mais certainement à l’exercice du culte, et cela contre le vœu de la loi de 1905.

Mais, en fonction de l’article 5 de la loi du 2 janvier 1907, il faut entendre sans aucun doute les édifices et leurs dépendances ; le terrain considéré est incontestablement une dépendance de l’église.

Pour ces motifs, il estime qu’aucune règle légale ne s’oppose à ce que la ville prenne en considération la proposition de M. Le curé des Chaprais.

Me Paul Leron, avocat à la cour d’appel, exprime le même avis que Me Haumont.

Le ministère de l’instruction publique, en date du 21 mai 1926, et d’après l’exemple d’Audincourt, ne voit aucun inconvénient à l’agrandissement de l’église. La commune reste propriétaire de l’édifice, sans que le curé ne puisse à l’avenir soulever aucune revendication au sujet des sommes versées.

Le 17 juillet 1926, nouvelle réunion du conseil municipal.

Ioffé, rapporteur. Le ministre de l’intérieur autorise l’agrandissement de l’église d’Audincourt comportant les mêmes similitudes que celle des Chaprais.

Le 22 juin dernier une pétition de 512 signatures demande un réexamen du dossier.

Le maire : en cas de décès du prêtre Cretin pendant les travaux qu’en adviendra-t-il ?

Énumération de quelques personnalités constituant le comité :

  • Perron, magistrat en retraite.
  • Matouillet, chef de division à la préfecture.
  • Daguet, docteur en médecine.
  • Mathis Eugène, officier en retraite.
  • Perron Charles, docteur en médecine.

Le maire estime que les capitaux auraient été mieux employés à la construction de maisons d’habitation ou d’un hospice, mais les intéressés ne consentent à les utiliser que pour l’agrandissement de l’église.

Ioffé reconnaît que l’argent serait mieux dépensé en faveur d’autres œuvres d’utilité publique, mais il estime qu’à l’époque tragique actuelle chacun doit faire abstraction de ses idées personnelles et faciliter l’union de tous les Français.

Le maire déclare qu’il n’entend pas faire acte de sectarisme car il est très respectueux de toutes les convictions religieuses.

Les persécutions systématiques envers les catholiques n’étaient pas propres à la ville de Besançon. En témoigne ce courrier du 10 août 1925 de la ville de Grenoble à la mairie de Besançon :

« En réponse à votre lettre du 29 juillet dernier j’ai l’honneur de vous informer que j’ai pris un arrêté pour réglementer la sonnerie des cloches, mais cet arrêté a été annulé par le conseil d’État. »

Toutes ces explications entendues, à mains levées, le conseil municipal émet un vote favorable à l’exécution du projet, sous réserve de la production de plans et devis à soumettre à la commission municipale des bâtiments et de l’établissement d’un contrat donnant à la ville toute garantie de sécurité nécessaires, notamment par la constitution d’un fonds de garantie.

Pour information, le montant total du devis s’élève à la somme de 602 057,05 francs.

Le 11 octobre 1926, nouvelle réunion du conseil municipal.

Deux questions sont reprises, à savoir :

– Réfection de la toiture actuelle suivant le devis dressé par les services techniques de la ville.

– Justification du versement de la somme représentant la valeur des devis, dans telle banque ou étude de notaires agréée par la ville.

La présence de l’architecte est souhaitée pour savoir si la toiture actuelle est à refaire complètement ou pas.

M. Pateu remarque que le fait de démolir la toiture actuelle pour la raccorder avec celle projetée qui changera l’orientation de l’église, doit en nécessiter le remaniement complet.

M. Ioffé ajoute que le devis prévoit l’établissement de 733 m² de toiture.

Diverses interventions concernent le montant du devis, jugé insuffisant et la nécessité d’une somme supplémentaire pour les imprévus.

Ces explications entendues, à mains levées, le conseil municipal renvoie la question à la commission des bâtiments pour étude sur place avec l’architecte auteur du projet.

Le conseil demande qu’on envisage, dans le contrat à intervenir, la réfection totale de la toiture de l’église actuelle, et le dépôt dans une banque de la ville du montant du devis qui lui sera présenté et qui résultera de la nouvelle étude à venir.

En réunion du conseil municipal du 15 novembre 1926, la commission des bâtiments, après avoir entendu les explications de M. Nazousky auteur du projet, propose d’autoriser l’agrandissement projeté et la mise à exécution des travaux, sous la réserve que les engagements suivants soient pris solidairement par les membres du comité ayant pris l’initiative de la pétition :

– Terminer complètement l’agrandissement de l’église.

– Approprier le terrain aux abords de l’édifice et notamment la partie à l’angle des rues de l’Eglise et des Ecoles.

– Exonérer la ville pendant 15 ans des impôts et de l’assurance contre l’incendie.

– Exonérer la ville de tous les frais d’entretien de l’église pendant une durée de 15 ans.

Un point d’achoppement intervient sur la question n°3.

En conséquence, M. le maire est autorisé à signer une convention pour accorder l’autorisation d’agrandir l’église de Saint-Martin de Bregille aux Chaprais, aux conditions fixées par la commission d’administration et des finances, dès approbation par Monsieur le préfet du Doubs.

La nouvelle église en cours de construction

 

Construction de l’église selon le procédé Nazousky

Mur lumineux en bas à droite

 

Explications de l’architecte sur le mur lumineux. Bulletin Union paroissiale septembre 1928 ADD

 

Les cloches de Saint Martin des Chaprais

 

Guy Paris explique que pour son étude, il s’est glissé dans le clocher de l’église actuelle afin de lire les inscriptions figurant sur ses 3 cloches. Et il les a dictées à un ami l’accompagnant au cours de cette expédition quelque peu acrobatique.

La grosse cloche  de 1 200 kg a été fondue en 1830.

 

Photo Alain Prêtre DR

 

Guy Paris y a relevé les inscriptions suivantes…

Mon nom est Marie Joséphine Françoise et Madame Marie Joséphine Goguely née Fauconnet ngte (négociante) est ma marraine.

Mon parrain   est Monsieur Mermet François Croize ancien ngt.

J’ai reçu la bénédiction de Monsieur Mercier Jean Baptiste

 Mon curé le 20 août 1830

Dieu me conserve et sauve les paroissiens

Monsieur Alexis Fournier a contribué à ma naissance.

Par Louis Emmanuel Prost fondeur aux Chaprais 1830

 

Nous aurons l’occasion de revenir, dans un article qui lui sera consacré sur ce fondeur des Chaprais

La cloche moyenne, dont nous ignorons le poids porte les inscriptions suivantes…

Je m’appelle Louise Clémentine

J’ai été bénite par Monsieur François Xavier Désiré Cretin

De Dompierre, curé de la paroisse de Bregille

J’ai eu pour parrain Monsieur le colonel Bourlon de Moncey –f-l-c

Commandeur de l’ordre impérial de la Légion d’Honneur

Chevalier de Saint Louis et de l’ordre de S. Ferdinand d’Espagne

Et pour marraine Madame G-G-C Goguely veuve de Monsieur J Papillon

Propriétaire aux Chaprais

M-M de Moncey, J Juret, JB Convers, JB Bardot et A Dessirier

Etant membres du conseil de fabrique

Venite Adoremus

Bournez Emile fondeur à Morteau 1862

 

Photo Alain Prêtre DR

 

La petite cloche pèse 400 kg et l’on peut lire sur ses flancs …

Je m’appelle Antoinette Laurence

J’ai été bénite par Monsieur François Xavier Désiré Cretin

De Dompierre, curé de la paroisse de Bregille.

J’ai eu pour parrain Monsieur l’abbé Alexis Rozet des Chaprais

Prêtre professeur

Et pour marraine Madame Laurence Jouvenot

Epouse de Monsieur Auguste Klein demeurant aux Chaprais

Laudade Dominum Omnes Gentes

Faite  par Emile Bournez fondeur à Morteau 1862

 

Aujourd’hui et depuis plusieurs années, il n’est plus fait usage, lors des sonneries, de ces cloches qui ébranlent un édifice en mauvais état. Un enregistrement sonore les remplace.

Un  pare gravois a été installé depuis presque 20 ans déjà, en vue de protéger paroissiens et passants de toute chute d’éléments en « pierre fabriquée » du clocher conçu par l’architecte A. Nasousky dans les années 1920/30.

Il y aurait également beaucoup à écrire sur les parrains et marraines de ces cloches pour lesquelles l’on remarque que la première est de 1830 quand les autres sont de 1862. Ils sont, pour la plupart, chapraisiens.

Nous attendons les autorisations nécessaires pour publier le rapport réalisé, en 2019, à notre demande lorsque nous faisions partie de la commission patrimoine et partage du CCH des Chaprais (jusqu’en 2021). Une étude minutieuse a été réalisée par une société spécialisée sur l’état de ce clocher : bien que fissuré et désormais protégé par une sorte de treillis bleu, il n’est pas prêt de s’effondrer !

 

 

Une reconstruction, après démolition du clocher actuel, revient aujourd’hui à 1,3 million d’euros !

 

Les chaises de l’église

Bulletin Union Paroissiale Saint Martin des Chaprais Janvier 1946 ADD

Bulletin Paroissial janvier 1947 ADD

Les paroissiens étaient prévenus…..

 

Les chaises aujourd’hui

 

La Croix du clocher

La croix actuelle du clocher de l’église Saint-Martin n’est pas la croix d’origine….

La croix d’origine est désormais au rond point de la croix…de Palente….

Comment la croix d’origine est arrivée à Palente…Texte et document transmis par Madame Eveline Toillon, historienne

 

La croix à Palente

 

En 2022, le Collectif Histoire des Chaprais a organisé une conférence, le 29 novembre avec M. Guy Paris sur l’histoire de l’église Saint-Martin des Chaprais.