Cette question a également  été étudiée par M. Fabrice Petetin dans son mémoire de maîtrise».

« En 1794, il y a tout juste 294 habitants aux Chaprais, il y en a plus de vingt fois plus 120 ans après (6568 en 1911). On observe donc un taux de croissance moyen par an de 18%.

Comme on peut s’en douter cette croissance n’est pas régulière. Nous allons devoir chercher à comprendre selon quel processus la croissance de la population s’opère.

Il faut d’abord présenter l’évolution globale de la population au cours de la période. cela,. Afin de mieux faire apparaître, les données, les tableaux  tableau ci-dessous détaillent les chiffres.

Le premier fait que l’on remarque, c’est la fabuleuse croissance du milieu du siècle. De 1851 à 1896, la population passe de 736 habitants à 6 415. En 45 ans la population est multipliée par 9. Pourtant, rien ne laissait supposer un tel décollage. En effet, la progression de 214 habitants entre 1836 et 1841 fait figure d’exception puisqu’elle est suivie de dix ans de déprime démographique qui fait perdre une centaine d’habitants au hameau. Autrement dit, il perd la moitié de ce qu’il a gagné précédemment. Heureusement, la croissance redémarre et pour longtemps. Mais en 1896 les Chaprais amorcent une phase de stagnation. Ainsi, de cette date à 1911, la progression n’est que de 143 habitants, une misère pour un quartier peuplé de plus de 6 500 individus.

Globalement, trois périodes principales se dégagent.

D’abord de 1836 à 1856, où la croissance est plombée par des diminutions de population. Ensuite nous observons trente ans de croissance forte et continue.

Enfin, à partir de 1891, la progression est pour la première fois interrompue, suivie d’une progression plus chaotique et terminée par une quasi-stagnation. Il se dégage un épisode particulièrement faste entouré de deux périodes d’inertie relative. Il apparaît en outre, que certaines années s’avèrent exceptionnellement propices pour les Chaprais, 1881 et 1886, puisqu’ils gagnent respectivement 1328 et 1619 habitants, plus que la population totale de 1861 (1251) !

Les origines des chapraisiens

Deux recensements nous permettent de connaître les origines des habitants des Chaprais : celui de 1794 et celui de 1876.

Il nous paraît particulièrement intéressant pour étudier le pouvoir d’attraction du quartier de connaître les origines des habitants. Cela est d’autant plus intéressant que ces recensements

sont situés à des dates clef. Le premier, en début de période, nous livre des informations précieuses sur la formation du hameau. Le second, situé en pleine période de forte croissance, nous informe sur les origines des nouveaux chapraisiens.

 

Origines des Chapraisiens de 1794

En 1794, le hameau est encore jeune, donc en pleine croissance. Seule la moitié des habitants sont nés aux Chaprais. Les autres pour la plupart sont bisontins. Pour être plus précis ils représentent 64% de nouveaux chapraisiens, dont un quart sont originaires de la banlieue (Bregille et Palente essentiellement).

Une part non négligeable de la population, 8,5%, est issue des environs de Besançon (Thise, Avanne, Beure, Thoraise…). Les  derniers 23 habitants viennent, pour onze d’entre eux, d’autres  localités comtoises (Pontarlier, Baume, Orchamps-Vennes, Fraisans…). Certains ont des origines plus lointaines puisque l’on compte un lyonnais, un picard, un nivernais, un parisien, un bourbonnais et un lorrain. Enfin six horlogers suisses sont venus de la Chaux de Fonds avec Mégevand.

Il ressort de cette étude que la plupart des chapraisiens de 1794 sont originaires de la commune de Besançon à plus de 80 % et que les autres sont souvent des comtois venus aux Chaprais par mariage. Il faut tout de même noter qu’à l’époque révolutionnaire, ce hameau n’est pas répulsif puisqu’il accueille des horlogers suisses réfugiés à Besançon.

Origines des Chapraisiens de 1876

En 1794, la colonne des cahiers de recensement désignée « origine », est laissée au soin du recenseur, celui-ci indique donc comme il le veut soit un hameau, une commune ou même une région. En 1876, les choses ont été mieux préparé, il ya quatre colonnes. Les trois premières sont réservées aux français, la dernière appelée « autre », permet d’indiquer la nationalité des étrangers, les Français nés à l’étranger et les alsaciens lorrains. Pour les trois colonnes réservées aux français, il suffit de faire une croix dans la case correspondante. Elles indiquent si la personne est née dans la commune (Besançon), le département (Doubs), ou dans un autre département. Il faut préciser que le recenseur n’a pas toujours été rigoureux dans la collecte de cette information. Nous avons relevé plusieurs lacunes notamment rue des Capucins. Nous avons réparti les données en sept catégories, les personnes nées dans la commune, celles nées dans le département, celles nées dans un autre département, les Français nés à l’étranger, les étrangers. Dans cette dernière catégorie, nous avons séparé les Suisses des autres, étant donné leur importance numérique. Précisons immédiatement que les autres étrangers sont italiens, belges et allemands.

Pour une lecture plus facile et une démonstration plus claire, nous avons réparti ces chiffres dans un diagramme circulaire.

Les Français nés en France se répartissent en trois catégories de taille quasiment égale. Ceux qui sont nés dans la commune représentent 32,6% de la population, 26,1% viennent du département du Doubs, alors que 31,8% sont issus d’un autre territoire français. Un certain nombre d’habitants sont issus d’un territoire étranger, qu’ils soient de nationalité française ou étrangère.

Parmi eux, la plus grande partie vient de Suisse. Ce diagramme montre que seul 32,6% des Chapraisiens sont nés dans la commune. On peut donc, dire que moins de 30% des habitants sont nés aux Chaprais, puisque parmi les Bisontins il ne fait pas de doute que beaucoup, parmi eux, viennent du centre, de Battant ou d’autres hameaux de la banlieue.

Il apparaît donc qu’une faible part des habitants est née aux Chaprais.

Cela met en évidence l’attraction des Chaprais sur les nouveaux bisontins. Ce quartier ne se développe pas grâce à une migration des bisontins du centre vers la banlieue, mais très largement grâce aux nouveaux arrivants.

Ces derniers viennent souvent de loin, puisque seulement 26,1% sont des Doubistes. Il est probable, même si rien ne permet de l’affirmer, qu’une bonne partie d’entre eux viennent des environs de Besançon. Ce sont les meilleurs représentants de l’exode rural.

Ici, comme dans d’autres villes, ils s’installent dans la banlieue pour profiter à la fois des avantages de la ville et de la campagne. La majorité des nouveaux arrivants viennent de plus loin, 31,8% sont nés dans un autre département et 5,7% sont nés à l’étranger ou sont de nationalité étrangère. Malheureusement, rien ne permet de savoir si ces français viennent réellement de très loin.

En effet, être né dans un autre département cela peu vouloir dire le Nord, les Pyrénées-Atlantiques, la Haute-Saône ou le Jura.

Dans certains cas le nouvel arrivant peut avoir parcouru une distance de mille ou de vingt kilomètres. L’échelle n’est donc pas la même, le pouvoir d’attraction de Besançon non plus.

D’autres nouveaux bisontins ont franchi les frontières. Aux Chaprais les Suisses dominent largement avec 131 résidents. Les autres peuples sont représentés de manière plus symbolique, trois Allemands, trois Italiens, deux Belges et un Ecossais. Ces chiffres montrent la spécificité des Chaprais.

Dans l’ensemble de la ville on compte presque autant d’Italiens que de Suisses, au point que le consulat d’Italie en France a été ouvert quelques années avant celui de la Confédération

Helvétique. Notons que deux personnes sont nées en Algérie, sans que nous ne disposions d’autres précisions. Il s’agit probablement d’européens de retour sur leur continent d’origine.

Pour en terminer, quelques mots sur les Français nés à l’étranger. Il s’agit de quelques personnes, en tout seize, nés dans divers pays surtout en Suisse mais aussi en Russie.

Fabrice Petetin