Portrait officiel du maire Henri Bugnet

L’avocat Henri Bugnet a été maire de Besançon avant, puis après la seconde guerre mondiale. Son cabinet et son domicile sont alors, aux Chaprais, 1 avenue Carnot. Mais il n’est pas né dans notre ville. Henri, Jean, Auguste Bugnet est né le 21 février 1899 à Montceau-les-Mines.

 

Acte de naissance d’Henri Bugnet

 

Son père, âgé de 26 ans est employé des contributions directes. Sa mère est alors âgée de 27  ans et il est déclaré qu’elle est sans profession.

De l’enfance et des études d’Henri Bugnet, nous savons peu de choses.

Sinon que son père décède à Villefranche-sur-Saône en 1917, à son domicile (et donc, semble-t-il, il ne décède pas lors des combats de la première guerre mondiale).

 

Acte de décès du père le 10 juin 1917

 

Nous retrouvons Henri, lors du recensement de 1921 domicilié à Besançon, avec sa mère, au n° 4 de l’avenue Fontaine Argent.

 

 

Sa maman, Jeanne, est employée aux contributions indirectes comme l’était son époux. Et le fils Henri y travaille également comme employé surnuméraire…

L’installation des Bugnet à Besançon peut s’expliquer du fait que le père est originaire de Pierrefontaine les Varans et la mère, née Jeanne Malterre, de Baume les Dames.

En 1925, Henri est répertorié comme avocat à la cour d’appel de Besançon, dans l’annuaire Fournier. Son cabinet est installé 8 avenue Fontaine Argent.

En 1929, c’est-à-dire à 30 ans, il est candidat aux élections municipales de Besançon pour la première fois sur la liste radicale et socialiste conduite par le maire sortant Charles Siffert.

Il figure en 16° position (toute la liste sera élue au 2° tour). Au premier tour de ces élections, le 5 mai 1929, il obtient 3 795 voix sur 9 359 votants : Charles Siffert en obtient un peu plus : 4 038 voix.

Le comité radical et socialiste que Henri Bugnet semble alors présider, rassemble à quelques jours du 1er tour, plus de 400 personnes à l’Alca Cinéma, rue des Chaprais, dans un meeting enthousiaste qui clôt alors la campagne électorale de ce 1er tour.

 

Le Petit Comtois du 4 mai 1929

 

Au second tour, le 12 mai 1929 il totalise 4 690 voix (4 942 pour C. Siffert). A noter qu’au bureau de vote de l’école des Chaprais son score est de 609 voix (638 pour C. Siffert).

Henri Bugnet est-il déjà le secrétaire parlementaire de Julien Durand, cet avocat, député radical battu aux élections législatives de 1936 par le sinistre Louis Bietrix ? (Voir le portrait de ce dernier sur notre site).

Charles Siffert devient donc maire de Besançon : 5 adjoints sont élus parmi lesquels Henri Bugnet ne figure pas.

Mais, en 1934, à l’occasion de la démission de l’un des adjoints (décès de M. Veille), un jeu de chaises musicales se produit et le poste de 5° adjoint est vacant. Présenté par le maire, Henri Bugnet est donc élu le 21 septembre 1934 avec 26 voix sur 27 bulletins (il était alors de tradition de ne pas voter pour soi…).

En Avril 1935, Henri Bugnet épouse Marie Boccard, native de Jujurieux dans l’Ain, dont le père mèdecin est une personnalité, élu Radical.

Témoin à son mariage, Julien Durand.

 

Acte de mariage d’Henri Bugnet le 8 avril 1935

 

Son beau père est donc maire, conseil général de Jujurieux et même député de l’Ain de 1924 à 1928. A-t-il contribué à accélérer l’ascension politique de son gendre ?

Lors du conseil municipal du 1er mai 1935, soit quelques jours avant de nouvelles élections, en sa qualité d’adjoint au maire, en charge du budget, Henri Bugnet présente un rapport intitulé « Concessions pour fourniture du gaz et énergie électrique. Renouvellement des contrats. Résultats de l’enquête ».

A l’issue des élections municipales du 12 mai 1935 qui voit de nouveau triompher Charles Siffert, Henri Bugnet est élu 1er adjoint par 32 voix sur 33. C’est dire le chemin parcouru en 6 ans par ce jeune avocat. Il est alors présenté comme adjoint sortant, ancien combattant et résidant 1 avenue Carnot. Lors de ces élections, on compte 9 candidats habitant les Chaprais, dont le célèbre entrepreneur Pateu.

Le maire de Besançon, Charles Siffert décède au cours de son mandat le 28 juin 1939.

 

Le titre du Petit Comtois (quotidien radical) le 2 juillet 1939

 

Henri Bugnet, alors 1er adjoint, est élu maire par le conseil municipal qui se tient le 4 août 1939.

 

Article Petit Comtois 5 août 1939

 

 

Henri Bugnet est élu maire le 4 août ; son premier adjoint devient Charles Fesselet qui était auparavant 2° adjoint.

 

La guerre éclate et Henri Bugnet est mobilisé. Il est affecté dans le sud-ouest de la France Son premier adjoint, Charles Fesselet, Radical, commerçant de la place de la Révolution, fait fonction de maire jusqu’à sa révocation par les autorités allemandes d’Occupation qui le remplaceront par Louis Théron, un fonctionnaire non élu au conseil municipal, directeur des contributions indirectes. Henri Bugnet ne peut regagner Besançon qu’en franchissant clandestinement la ligne de démarcation et reprend dès la fin de l’année 1940 ses fonctions de Maire de la ville.

 

Henri Bugnet, le retour : discours au conseil municipal du 26 novembre 1940

 

Il va être un maire sous contrôle du Préfet et sous le contrôle des autorités d’Occupation.

Le 1er février 1941, un attentat, Grande Rue, est commis contre trois soldats Allemands.

La Feldkommandantur  560  réagit par ce communiqué ci-dessous :

Le Petit Comtois 3 février 1942

 

Ce communiqué allemand est accompagné du communiqué ci-dessous signe du Préfet et de Henri Bugnet.

 

Le Petit Comtois 3 février 1941

 

On comprend donc que ses fonctions de maire soient confirmées par les autorités de Vichy par un arrêté de l’amiral Darlan le 22 mars 1941, puis reconfirmées par un nouvel arrêté le 23 mai 1941 lors de la désignation d’un nouveau conseil municipal par Vichy (M. Jean Minjoz qui n’était pas conseiller municipal auparavant y fait son entrée, désigné par Vichy, de même Mme Marguerite Marchand, une des premières femmes du conseil municipal de Besançon, désignée elle aussi. Rappelons que les femmes ne bénéficient toujours pas du droit de vote et ne sont pas éligibles. Ce qui va changer à la Libération).

 

Le Petit Comtois 29 mars 1941

 

En 1941, Henri Bugnet est élu président de l’association des maires du Doubs.

 

Petit Comtois 16 août 1941

 

Et à la tête d’une délégation de maires du Doubs, il se rendra à Vichy saluer le Maréchal Pétain. Il lui en sera fait reproche à la Libération.

Autre acte de Résistance dénoncé comme un attentat par le Préfet et le maire Henri Bugnet. Dans la nuit du 13 au 14 juillet (la date est symbolique) 1942, le transformateur de l’usine Lip de la rue Beauregard saute. C’est un « acte de la résistance communiste » indique le Préfet du Doubs. Et il ne croit pas si bien dire puisqu’il s’agit d’un attentat commis par le fameux colonel Fabien, de son vrai Pierre Georges, alors en Franche-Comté, envoyé « au vert » par le parti communiste clandestin puisqu’il est traqué à Paris suite à son attentat contre un officier Allemand dans la station de métro qui porte aujourd’hui son nom.

 

 Le Petit Comtois 15 juillet 1942

 

Si Fabien s’attaque à Lip la veille du 14 juillet, c’est parce que l’entreprise est sous le contrôle de l’Occupant et qu’elle produit des pièces pour l’industrie de guerre allemande.

 

 

Henri Bugnet est-il pour autant un maire collaborateur ?

Le gouvernement a décidé de remettre en place les conseils municipaux d’avant la guerre en attendant de nouvelles élections en 1945. Henri Bugnet après avoir été destitué de son poste de maire de Besançon et remplacé quelques mois seulement par un Résistant, le docteur Maître, a réussi à entrer au Comité Départemental de la Libération du Doubs comme représentant du parti Radical.

En décembre 1944, le quotidien Le Comtois qui remplace Le Petit Comtois, empêché de reparaître à la Libération du fait qu’il avait été publié durant la période de l’Occupation, publie sous le titre la question municipale à Besançon un communiqué du groupe socialiste municipal.

 

Le parti socialiste qualifie Henri Bugnet, en décembre 1944, de « non résistant » et ne souhaite pas son maintien au poste de maire de la ville.

 

Et dès novembre 1944, les conseillers municipaux socialistes souhaitent démissionner si Henri Bugnet est de nouveau nommé maire de Besançon.

 

 

Et, coup de théâtre en janvier 1945, les socialistes restent au conseil en attendant les élections du printemps 1945.

 

Le Comtois 14 janvier 1945

 

Les élections municipales se déroulent le 29 avril et le 13 mai 1945.

Le dernier conseil municipal réuni avec Henri Bugnet, maire, la veille du premier tour, semble manquer particulièrement de chaleur…

Conseil municipal 28 avril 1945

 

Au nom d’un « rassemblement antifasciste », comme le précise l’historien Joseph Pinard dans son livre sur Louis et Jean Minjoz, socialistes et communistes font liste commune. Deux autres listes les affrontent. La liste Radicale conduite par le maire sortant Henri Bugnet et une liste intitulée « Administration municipale » regroupant la Droite et un nouveau venu, le Mouvement Républicain Populaire (MRP) que l’on pourrait classer aujourd’hui au Centre Droit ou la Droite modérée.

 

Journal Le Comtois avril 1945

 

Besançon est alors divisé en 4 sections, système un peu compliqué. Les Chaprais sont classés dans la 3° section avec les bureaux de vote dans les écoles d’Helvétie, Chaprais, Bregille, soit 6 bureaux de vote. Dans cette section des Chaprais, aucun élu au 1er tour. Mais huit candidats sont élus au premier tour. 5 élus de Droite dans la 1ère section (la Boucle) ; et 3 élus de la liste d’entente socialo-communiste dans la 2° section, dont Jean Minjoz.

Henri Bugnet, maire sortant, candidat dans la 3° section des Chaprais (il habite alors 1 avenue Carnot) est en ballotage.

 

La « Une » du Comtois du 30 avril 1945

Au deuxième tour, le verdict est implacable : Henri Bugnet est battu ; la Gauche socialo-communiste triomphe : avec 22 élus contre 12  à la liste d’administration municipale. C’est la fin du règne des Radicaux sur la ville qui dure depuis des décennies !

 

La « Une » du Comtois du 14 mai 1945

 

Henri Bugnet est donc battu à plates coutures : dans la 3° section des Chaprais, il obtient 763 voix au total alors que, par exemple, le communiste Léon Nicod en obtient 2 367 ! Tous les candidats socialo-communistes sont élus dans cette section des Chaprais.

Et Jean Minjoz est élu maire à l’unanimité du conseil municipal. Il faut souligner ce bel élan unitaire et patriotique !

 

Jean Minjoz à gauche  en 1945 Photo Bourgeois MRD

 

La défaite d’Henri Bugnet est de courte durée. En effet, après l’adoption d’une nouvelle constitution, de nouvelles élections municipales sont organisées les 19 et 26 octobre 1947.

Henri Bugnet, ayant adhéré au Rassemblement du Peuple Français (RPF) créé par le général De Gaulle compose une liste avec des Radicaux. L’historien Joseph Pinard explique que les Radicaux ne pardonnent pas le fait que leur quotidien Le Petit Comtois n’a pas pu reparaître à la Libération (c’est également le cas à Toulouse avec la Dépêche de Toulouse, mais aussi dans d’autres villes). Le front « antifasciste » des socialistes et communistes a vécu : chacun de ces 2 partis présentent une liste séparée.

 

La « Une » du Comtois le 21 octobre 1947

 

Le Comtois du 21 octobre 1947

 

Henri Bugnet recueille plus de 10 000 voix contre moins de 1 000, 2 ans et demi plus tôt ! Il est vrai que le mode de scrutin a changé : on est passé à la proportionnelle.

Henri Bugnet a aussi changé de parti et il est porté par la vague RPF.

Alors pourquoi le maire Jean Minjoz perd ces élections ?

Le maire sortant, a commis, entre autres erreurs, celle de l’interdiction de la procession dans les rues de la Fête Dieu le 10 juin 1945. 10 000 personnes la suivent à Besançon, bravant son interdiction, nous explique l’historien Joseph Pinard.

Et à Besançon, comme partout ailleurs en France, il y a beaucoup à faire, un pays à reconstruire. Avec une crise du logement qui sévit et qui ne peut être résolu en une période aussi courte. Ajoutons les problèmes du ravitaillement qui demeurent (les cartes de rationnement sont toujours en vigueur comme sous l’Occupation).

La liste conduite par Henri Bugnet n’est pas majoritaire : 13 sièges seulement.

Lors du conseil municipal du 26 octobre 1947 réuni afin, entre autres, d’élire la nouveau maire, au premier tour chaque liste présente son leader qui ne peut donc être élu.

Un 2° tour est nécessaire et là, les 10 élus de la liste du Parti Républicain de la Liberté (PRL) classé à Droite, s’abstiennent.

Henri Bugnet est donc  élu maire puisque socialistes et communistes, qui ont refait leur unité le temps de l’élection du maire, ne totalisent que 12 élus.

 

Extrait du compte-rendu officiel du conseil municipal du 26 octobre 1947

 

Malheureusement pour lui, Henri Bugnet ne peut exécuter la totalité de son mandat de 6 années. Le 20 juin1950, il décède lors d’une opération dans une clinique de la région parisienne.

 

Compte-rendu du conseil municipal du 26 juin 1950

 

Le conseil municipal décide d’organiser des obsèques officielles à Besançon et de prendre en charge les frais de la clinique, de transfert du corps et des obsèques d’Henri Bugnet.

Bien que Radical donc réputé anticlérical, les obsèques sont organisées à l’église Saint-Pierre : les écoles bisontines sont invitées à faire participer leurs élèves.

 

Prise en charge des frais d’opération d’Henri Bugnet. Archives municipales

 

 

Conseil municipal du 26 juin : prise en charge globale de 500 000 francs

 

Une telle somme, selon le moteur de conversion de l’INSEE serait équivalente à un peu plus de 1 686 000 euros !

Et lors d’un conseil municipal suivant, la même somme est votée au profit de la veuve d’Henri Bugnet afin de compenser les pertes de revenus du cabinet d’avocat de son époux du fait de ses occupations de maire.

A l’issue de ses obsèques le cercueil d’Henri Bugnet est transporté au cimetière de Baume les Dames, la ville natale de sa mère qu’il rejoint dans le caveau familial.

Son premier adjoint, Henri Régnier, est alors élu maire et ce jusqu’en 1953<.

(Voir sur ce site le portrait d’Henri Régnier et l’histoire de sa société de transport les Monts-Jura).

Jean Minjoz est à son tour, de retour aux élections municipales de 1953 qu’il remporte. Il reste maire de Besançon de 1953 à 1977, date à laquelle il ne se représente pas. C’est le socialiste Robert Schwint qui lui succède alors.

Sources : archives municipales ; archives départementales ; Mémoire Vive Besançon ; presse Le Comtois ; livre de Joseph Pinard sur Louis et Jean Minjoz.