
Aujourd’hui, à Ornans, qui évoque le nom de la famille Charrière ?
Ce patronyme est été connu Ornans pour la maison Charrière et le parc éponyme.
Il s’agit en fait de l’hôtel de Champerreux qui a appartenu successivement à la famille VUILLER puis à la famille VERCIA et à une banque, la banque JEANNOT.

Cette bâtisse possède encore d’anciennes caves voûtées qui serviront d’abri aux blessés lors de la seconde guerre mondiale. Elle appartenait à une tante de l’abbé Charrière chez qui il venait régulièrement.
Acquise par le Département elle s’intègre dans l’actuel musée Courbet.
Au cimetière des Teulet trouve une chapelle Charrière-Cayron. Il s’agit de la branche maternelle ornanaise de Jacques Charrière.

Son ascendance orléanaise par sa grand-mère Denise Cayron.

Son grand-père Camille Pierre Charrière négociant, épouse Denise Valentine Cayron née à Ornans. Son père Joseph Louis Étienne Charrière, médecin, épouse Marie Marcelle Cornet née à Besançon. Le couple aura quatre enfants. Jacques sera l’aîné né en 1912. Jean-Louis Auguste né en 1916. Pierre Paul Albert né en 1915. Geneviève Marie Marthe dite « Cocotte » née en 1921.

Jacques Charrière a-t-il été prêtre à Ornans ?

Eglise Saint-Laurent d’Ornans
Inutile de chercher dans les archives paroissiales abbé Charrière de rock une fonction dans notre paroisse.
Aujourd’hui le nom de Jacques Charrière évoque la carte du maquis Loue Lison.
J’ai eu l’honneur de rencontrer le dernier survivant de ce maquis, M. René Pourcelot, 97 ans, bon pied bon œil. L’histoire commence avec le maquis Loue Lison.

Carte maquis L L Loue Lison
Premier parachutage le 1er mai 1944. La section de Résistants du plateau attend le signal des parachutages depuis au moins un an. Il s’agit de faire parvenir aux résistants locaux des armes en vue de soulèvement la résistance lors du débarquement de juin 1944.
Le message codé la BBC arrive : « gibier va être servi la nuit prochaine » (le 30 avril). Gibier, c’est le nom de code du terrain secret de REUGNEY (numéro 31 sur la carte). À deux heures les Résistants balisent le terrain dès qu’ils entendent le moteur d’un avion lequel passe trois fois au-dessus de leur tête. Mais rien ne se produit. Le message passe le lendemain. Même dispositif et le 1er mai 1944 c’est un premier parachutage d’armes et d’explosifs qui a lieu, sans incident à 1 km au sud de Reugney.

Carte parachutage
Un effectif de 15 heures réceptionne 15 containers il faudra transporter et cacher dans le grenier de la gare de Reugney sans se faire repérer.
Jacques Charrière Résistant à la manœuvre

Cette opération est exécutée sous erreur de lieutenant de réserve VALBERT adjoint du commandant BERION. Les conteneurs une fois planquée, les armes qu’ils contiennent sont déballés, dégraisser, nettoyer les premières manœuvres d’exercice peuvent commencer pour les jeunes volontaires.
Jacques Charrière lieutenant de réserve, prêtre, officier d’un rare mérite et doué de qualités intellectuelle et morales exceptionnelles.
Le colonel Bérion recherche un lieu pour y constituer un maquis du commandement. À l’époque Granges-Maillot n’est accessible que par des chemins de terre et de cailloux souvent impraticables. Cet endroit semble tout indiqué.

Le château Maillot
C’est grâce à la protection des propriétaires du château Maillot, la famille de La Rochefoucauld, que le maquis pourra s’installer sur ce secteur.
Le marquis demandera ses fermiers de ravitailler maquis, notamment la famille ABIS.
Le 7 septembre 2024 une cérémonie sur les lieux de parachutage a eu lieu.
La vie du maquis. Discours de lieutenant Valbert, 10 août 1944.
« Jusqu’à présent nous avons fait de la résistance en chambre. Certains d’entre vous ont déjà pris le maquis vous rencontraient le boche. Il va falloir le battre, l’exterminer. Les événements pressent, notre situation de frontaliers nous permet de dire que nous aurons un grand rôle à jouer dans la libération du pays. Il ne s’agit pas d’attaquer les Allemands en formation déployée, de faire des manœuvres savantes, mais quelque chose de plus difficile peut-être, la guérilla. Attaquer le boche sans cesse, par petits groupes, – des coups de fusil de chasse de guerre sur les voitures ou véhicules ennemis, – dans les vitres, les cabines les classes, mitrailler les convois, les colonnes. Jeter le désarroi dans les petites formations, unité. Les retarder pour les prendre sous le feu, et détruire par la suite… harceler d’embûches l’ennemi, l’empêcher de faire sa retraite ordonnée… Faire la guerre de partisans. Disparaître, il apparaît plus loin et toujours – pour démoraliser le boche ! ».
Le discours est dur, c’est un discours de soldats et de chef… Les événements l’obligent. C’est un homme transformé, habité par sa mission qui assure son devoir.
Ambiance au maquis
Après un violent accrochage avec les Allemands dans le village d’Amancey, des jeunes fêtent la bonne nouvelle du retour des maquisards.

La vie au maquis était dure. et les risques immenses. La prudence était de mise et devait Albert Levy est comme rapportée dans ce récit par Jules SERGENT disant :
» Quant à ce second, le capitaine Charrière, sa qualité d’ecclésiastique renforçait encore sa rigueur et son intransigeance. Mais c’était un homme juste et bon. »
Le maquis détenait des prisonniers allemands, en faite des ukrainiens enrôlés par les nazis et qui avaient déserté.

Les Ukrainiens évacués à Nahin
Les Allemands avaient pris 250 otages ornanais qui menaçait de fusillés si les « prisonniers » étaient pas rendus. Un ultimatum de libération est remis au maquis.
Les remettre aux nazis correspondait à leur exécution, grave cas de conscience en contradiction avec les lois de la guerre.
De Valbert pèsera de tout son poids dans la difficile décision de mettre en jeu la vie des Ornanais. Cette décision sera validée par un vote.
Les prisonniers avaient été évacués à Nahin, hameau de Scey –Maizières, puis à Levier par Marcel Messner. On ne peut pas livrer des prisonniers dont on est sûr qu’ils seront exécutés ou torturés.
19 heures le contact est pris avec le maquis. La réponse du maquis étend négative ( suite à un vote de 17 non sur 24 votants) au sujet de la libération des prisonniers, un contre ultimatum est rédigé.MM. Ballot et Perrot retournent à Ornans dans pour prouver leur bonne foi que pour faire prendre patience aux Allemands. Le sursis obtenu, il remonte vers Chantrans il retrouve l’abbé Renaud. Les abbés Renaud et Ballot réussiront à négocier à la Kommandantur de Besançon la libération des otages d’Ornans.
Le témoignage de Jacques Charrière du 2 avril 1945 dédouane M. Marius Tournier, maire de Chantrans de toute collusion avec l’occupant.

Lettre de témoignage du capitaine Charrière
Mon dernier propos sur son action de Résistants sera son témoignage en 1945 au procès du maire de Chantrans que la rumeur soupçonnait de collaboration. Il n’hésitera pas à mettre son poids en tant que personne morale pour innocenter Marius Tournier. Nous sommes loin du discours du 10 août 1944. Nous trouvons un homme juste et droit.
Suite au témoignage du lieutenant devait Albert la cour d’assises rend son verdict le 12 avril 945. Monsieur Marius Tournier est lavé et acquitté.

A la Libération il s’engage dans la 1ère Armée ou tout en conservant son grade il fut déchargé de commandement pour exercer les fonctions d’aumônier aux armées.
Jacques Charrière écrivain
Je tiens à évoquer sa personnalité dans la collection Signes de Piste car son inspiration, il la trouve dans la vallée de la Loue.


Et je vais vous parler plus particulièrement des Compagnons de la Loue où sa leçon de pêche est si belle que lui vaudra métier avec un jeune belge de 15 ans Bernard Ghislain qui résument très joliment leurs 16 années d’amitié en disant : « effectivement l’abbé avait la réputation d’être quelqu’un à la dure austère et sévère. Capable d’entrer dans deux femmes scolaires mais je n’ai pas connu ce côté public ayant eu la chance de le découvrir plutôt à partir du volet familial et amical où il pouvait être charmant et de très agréable compagnie. »

Le témoignage de Bernard Ghislain
Certes Jacques Charrière est bisontin des Chaprais mais son dernier refuge dans les moments difficiles furent les rives de la Loue où ils venaient pêcher soit
– en aval de Rurey chez « Ignace »
– sur les îlots privés de la Tricotte ou la famille Chabot l’accueillait.

La pêche de l’abbé Charrière le 24 avril 1994
Je terminerai mon propos pour la lecture d’un courrier écrit par Jacques Charrière alors aumônier militaire en zone occupée à Monseigneur Dubourg archevêque de Besançon le 1er juillet 1945.

Claude Hugel
Président de Pays d’Ornans Patrimoine


