
La manifestation du 5 Mars 1942
Que s’est-il passé le 5 mars 1942 à Besançon ?
C’est M. François Marcot qui le révèle le premier dans son livre Les voix de la Résistance paru aux éditions Cêtre. Anne-Laure Charles dans sa thèse de doctorat « Besançon à travers la seconde guerre mondiale : regards croisés franco-allemands sur une ville de zone interdite (1937 – 1948) » nous donne également des renseignements précieux sur cet événement.

Le journal Le Petit Comtois, sous contrôle de la censure allemande, ne rend pas compte de la manifestation
Par contre, deux rapports allemands attestent de cette manifestation le 5 mars 1942 à Besançon. Le premier, rédigé le jour même par le lieutenant Schiefer de la Feld Kommandantur 560 précise :
« Lors du transport de prisonniers juifs et communistes le 5 mars 1942 par le train partant de Besançon à 15h19, il s’est produit devant la prison la garde Besançon, des scènes d’émeutes organisées par les familles des prisonniers. Des femmes et des enfants de prisonniers criaient et se rouler par terre. Peu avant le départ du convoi ces scènes prirent un caractère de manifestation. À la gare, il y avait de 200 à 300 personnes.
(…) Je ne pouvais même pas établir qui criait car, étant responsable du transport, je devais veiller à ce que les prisonniers montent le plus vite possible dans le train. Je demande que, par la suite, de tels transports soient effectués en autobus. Si, pour des raisons d’économie d’essence, ce n’était pas possible, il serait absolument nécessaire d’effectuer des transports de nuit. »
Un second rapport daté du 6 mars 1942 émanant du Major Billet affirme que la discrétion nécessaire à la réussite de ces opérations de transfert des prisonniers n’a pas été tenue aggravant ainsi la réaction de la population :
«… le bruit de l’arrestation des juifs s’était déjà longuement répondu et a engendré dans la population un sentiment de pitié pour les juifs et d’hostilité à l’égard de l’administration allemande : les incidents survenus lors du transport montrent que ces sentiments se sont aggravés. Pour les futurs transports il faut veiller à ce que de tels incidents ne se reproduisent plus.
Veiller surtout à ce que toute information diffusée au service sur cette question le soit avec la mention secret. »
Il s’agissait du transfert de la maison d’arrêt de Besançon à la gare Viotte de 32 personnes juives arrêtées afin de les déporter vers les camps de la mort.

La maison d’arrêt de la Butte
Le préfet de Besançon, Linares fait état à la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés (DG TO) « de l’arrestation massive d’otages pour la plupart communistes et israélites à la suite des attentats commis à Chalon-sur-Saône. Cette arrestation a causé une vive émotion dans la population qui, tout en éprouvant les actes criminels de cette nature, n’admet pas le recours à la procédure des otages quelques soient les tendances des personnes auxquelles elle est appliquée. L’attention des esprits et l’hostilité à l’égard des troupes d’occupations s’en trouve accrue d’autant. »
Il semble que ce soit Marguerite Marchand (1905-1968), déléguée de la Croix Rouge à la prison de la Butte, qui ait informé les familles. Une voie de Besançon porte son nom depuis 1996.
Le Préfet semble complètement ignorer le sort qui attend les personnes et ses rapports ultérieurs ne feront plus état des arrestations d’israélites à Besançon qui se dérouleront en quatre vagues successives. (53 personnes arrêtées et au minimum 42 décès).
La première rafle s’est déroulée le 26 février 1942. Elle a concerné 14 personnes. ; puis nouvelles rafles le 9 octobre 1942, le 29 octobre 1943 et le 25 février 1944
Il y avait au milieu des années 30 une communauté juive composée d’environ 2500 personnes.
Sur les 75 000 juifs déportés de France, 2500 seulement survécurent.
Trois familles bisontines Juliette et Georges Allenbach, Gabrielle, Raoul et Jeanine Houdaille , Marie, Lucienne et Eugène Wurth plus le docteur Maurice Baigue ont été déclarés « Juste parmi les nations » pour avoir sauvé des personnes juives pendant la guerre.
On compte 4303 « Justes » en France et 28 707 dans le monde.
7 mars 1942
Rappelons également que ce jour là, Pierre Semard, secrétaire Général du syndicat des cheminots CGT a été exécuté par les nazis à la prison d’Evreux.
La section syndicale des retraités cheminots CGT qui commémore chaque année, le 7 mars, « l’assassinat » de leur secrétaire général, nous avait demandé de se joindre à nous afin qu’il n’y ait, cette année 2022, qu’une seule et même manifestation. Un de leurs représentants a pris brièvement et symboliquement la parole.
Afin de commémorer cet événement marquant de l’Histoire de l’Occupation à Besançon, le Collectif Histoire des Chaprais a organisé le samedi 5 mars 2022, une manifestation du souvenir devant le monument aux morts cheminots de la gare Viotte. Et ce, avec le soutien de la municipalité, de la Ligue des Droits de l’Homme, du MRAP, des Amis du musée de la Résistance et de la Déportation et de la section syndicale CGT des cheminots retraités.

Texte du discours prononcé devant monument au mort par M. Francis Rousseau, membre du Collectif Histoire des Chaprais.
Compte-rendu dans l’Est Républicain du 6 mars 2022

Cérémonie en présence de la maire de Besançon, Anne Vignot, du député Eric Alauzet et de nombreux élus photo Frank Hakmoun. ER.
Sources : Francis Rousseau; archives municipales et départementales; musée de la Résistance et de la déportation.
J.C.G.


