S’il est vrai que la production maraîchère a remplacé les champs et les prés (qui ont donné le nom aux Chaprais), sur les coteaux des Chaprais, la vigne était également présente. Le quartier peuplé de vignerons à Battant est tout proche. Avant la Révolution française, les propriétés situées aux Chaprais sont administrées par la Bannière de Battant qui instruit les demandes de construction, les impôts, etc.

L’examen des registres de cette Bannière atteste, pour la seconde moitié du XVIII° siècle et avant la Révolution, de la présence de vignes du fait de nombreuses demandes de Bisontins, résidant dans la Boucle, pour la construction ou la reconstruction d’un mur de clôture de vigne. Une vingtaine environ. Comme celle de «  Jean-François JOYLOT, huissier audiencier en la maîtrise des eaux et forêts » qui veut reconstruire le mur de sa vigne située au Pater.

Un siècle plus tard, la crise du phylloxéra en France, dans les années 1870 a provoqué une diminution considérable de la production de vin.

A Besançon, l’épidémie a également fait des ravages, mais on vendange encore, en 1882 comme le prouve cet arrêté du Maire paru dans le journal La Démocratie Franc- Comtoise.1882.

 

La Démocratie Franc-Comtoise du 1er octobre 1882.

A noter la date tardive, par rapport à aujourd’hui de l’ouverture des vendanges : le 2 octobre et le droit de glanage à compter du 10 novembre.

 

En septembre 1882, ont ouvert à Besançon des Docks et Entrepôts gérés par une société anonyme. Ils sont réalisés pour des actionnaires privés par l’architecte Marcel Boutterin (1842-1915) et l’ingénieur civil Paul Aigrot (1849-1910).

Dès leur construction en 1881, ils donnent leur nom à la rue où ils sont localisés qui se situe « Sous Beauregard ». Rachetés par la suite par les Docks franc-comtois, cette rue est rebaptisée en 1977, boulevard Diderot.

Cette société anonyme fait entrer Besançon dans le monde moderne du commerce avec ses transactions financières modernes (warrants) cotées en Bourse. Et toutes les marchandises sont concernées, au premier plan les fromages, mais aussi l’horlogerie et le vin.

 

La Démocratie Franc-Comtoise 20 septembre 1882

 

Une première vente de vin, « vente volontaire et judiciaire  suite à une liquidation importante »….Pour le vin, une liquidation s’impose, bien sûr !

 

Annonce parue dans La Démocratie Franc-Comtoise le 15 octobre 1882

 

A noter : le muid, unité de volume varie selon les régions de France. En Franche-Comté il correspond à environ 272 litres. Le demi-muid en fût de chêne est très prisé. « Il relève les qualités du vin et exprime les arômes végétaux ».

Voie d’eau et chemin de fer permettent l’approvisionnement en vin de la ville.

 

Annonce parue dans La Démocratie Franc-Comtoise du 30 octobre 1992

A noter que ce vin est transporté par péniches et le lieu de débarquement est quai de Strasbourg au port Bellevaux.

 

Les ventes vont se succéder. Quelques mois plus tard, c’est une quantité de vins de table non négligeable qui est mise en vente : 126 muids qui représentent plusieurs milliers de litres de vin !

 

Annonce parue dans La Démocratie Franc-Comtoise du 3 décembre 1882

 

Jules Gauthier (1848-1905), archiviste du département du Doubs (il est enterré au cimetière des Chaprais ; sa tombe est une modeste dalle) élabore l’annuaire pour 1882.

 

Annuaire du Doubs, collection privée

 

Dans cet annuaire, Jules Gauthier recense les marchands de vin. Sauf erreur de notre part, nous en avons dénombrés 67 sur la ville de Besançon ! Dont 27 qui précisent qu’ils ne font que le Gros  et 10, le Gros et le Détail.

13 sont installés aux Chaprais dont 7 pour le Gros et 2 pour le Gros et Détail.

Ils sont sitiés pour l’essentiel, route de Baume (route de Belfort actuelle), à la Mouillère, à la Cassotte, rue des Noyers (rue Krugg actuelle), rue des Capucins (rue de la Liberté actuelle), rue des Deux Princesses et avenue de la Gare.

Un arrêté du maire Claude François Vuillecard (1831-1908, maire de 1888 à 1898)) daté  du 14 septembre 1890, publié sous forme d’affiche, nomme les gardes des vignes, au moment des vendanges, vieille tradition historique afin de dissuader le vol de raisins.

Pour la banlieue, Bregille et Chaprais, les gardes seront sous les ordres de MM. Eugène Boucars de Bregille et de Pierre François Desmay de Fontaine-Argent.

« Ils garderont les vignes situées des Prés de Vaux à la route de Baume ».

 

Arrêt du 14 septembre 1889 : la garde se termine le 24 octobre. Archives municipales

 

En 1930, il est toujours question de garder les vignes afin de protéger les vendanges, mais le secteur des Chaprais a disparu.

 

Le Petit Comtois du 30 août 1930

 

Ces vignes vont donc disparaître progressivement ; le nombre de marchands de vin en gros va également se réduire, mais de grosses sociétés vont apparaître comme la Société comtoise  gazeuse. Nous traitons ce sujet dans un autre article de notre site.

Ou encore les Docks franc-comtois qui, après avoir fêté leur cinquantenaire en 1962 ; deviennent en 1965, la CEDIS, avec une très importante chaîne d’embouteillage pour ses vins. Ce qui fera l’objet d’un prochain article.

 

Publicité dans l’Est Républicain en 1972

Sources : archives municipales ; Mémoire Vive Besançon ; annuaire du Doubs de 1882.

J.C.G.