
Il y a 30 ans disparaissait l’abbé Charrière à Besançon.
Qui était l’abbé Charrière décédé au centre de retraite diocésain à Besançon, le 30 septembre 1994 ?
Tout à la fois un abbé habitant les Chaprais ; un Résistant sous l’Occupation dans la vallée de la Loue ; le directeur d’un hebdomadaire, Cité fraternelle, aujourd’hui disparu ; un écrivain auteur de livres pour la jeunesse ; mais aussi un excellent pêcheur de truites !

Article paru dans l’Est Républicain du 24 avril 1994, 5 mois avant son décès
Jacques, Camille, Joseph Charrière est né le 7 janvier 1912, à Besançon. Jacques est l’aîné de 4 enfants. Leur père, Louis Charrière est médecin, il a 31 ans. Leur mère, Marie Cornet, fille de médecin elle aussi est alors âgée de 22 ans. Mariés en 1909, ils vont habiter la maison construite en 1906 par le père de Marie Cornet, au 9 rue de la Cassotte : le père étant décédé dès 1908 et la mère l’année du mariage de sa fille.

Maison familiale 9 rue de la Cassotte
Jacques effectue ses études au lycée Victor Hugo où il rencontre un aumônier célèbre, l’abbé Flory. C’est ce dernier qui semble-t-il, convainc Jacques Charrière après des études d’Histoire de se dévouer au sacerdoce. Il effectue ses études aux Carmes à Paris où il retrouve un ancien élève du lycée Victor Hugo, l’abbé Garneret.
Mobilisé sur la Somme comme officier lors de la seconde guerre mondiale, au 60° RI, il est le seul des 17 officiers de ce régiment à ne pas avoir été tué, blessé, ou fait prisonnier.
Il est ordonné prêtre le 4 avril 1942 et rejoint Besançon au mois de juillet pour devenir professeur au collège Saint-Joseph. Il fait alors la rencontre du colonel Maurin responsable de la résistance en Franche-Comté qui le charge de la résistance dans le secteur Loue-Lison et devient ainsi, sous pseudonyme, le lieutenant Jean Valbert, adjoint de Just Bérion, directeur d’école à la retraite, chef de bataillon.
Après la dissolution de son maquis il intègre la 1ère armée française et participe au combat de la libération du Nord la Franche-Comté et de l’Alsace.
À la demande de Mgr Dubourg, il devient rapidement le directeur d’un nouvel hebdomadaire chrétien : Cité Fraternelle dont le premier numéro paraît le 26 novembre 1944 sous la direction de Maître Billey, président du comité départemental de libération du Doubs, et président diocésain de l’union des catholiques.

Le premier numéro de Cité Fraternelle
Mais à la suite des élections du mois d’octobre 1945, Maître Billey est poussé à la démission pour ne pas avoir soutenu le nouveau parti politique situé au centre, modéré, le MRP (Mouvement Républicain Populaire créé en 1944 et disparu en 1967).
Dès 1947 il est aumônier des Scouts de France en Franche-Comté et rédige sous son pseudonyme de Résistant : Jean Valbert, quatre romans pour la jeunesse et les scouts.
Ces romans, pour certains, toujours édités aujourd’hui, sont publiés dans la collection Signe de piste. Leurs titres ? Le Grand Jeu en 1952 ; Les compagnons de la Loue en 1954 ; Matricule 512 en 1958 ; Echec au roi en 1971.


Il écrit également des articles dans la revue Barbizier de l’association Le Folklore Comtois fondée par son ami, l’abbé Garneret.
Jacques Charrière devient l’âme du journal Cité Fraternelle jusqu’à sa disparition à la fin de l’année 1967. À tel point qu’il va engager ses deniers personnels dans cette aventure afin de renflouer ce journal déficitaire. Il contracte un emprunt personnel, en 1963, auprès d’une banque pour la somme de 1 million de francs et se porte caution pour un autre de près de 3 millions.

Cela ne suffit pas à sauver ce journal qui disparaît à la fin de l’année 1967.

Le dernier n° de Cité Fraternelle
L’abbé Jacques Charrière est aussi un grand passionné de pêche. Une tante habite à Ornans, une maison incluse dans l’agrandissement du musée Courbet actuel. Il y passe une partie des vacances de sa jeunesse et revient régulièrement pêcher la truite dans la Loue. Mais il pêche également dans la Rance rivière proche de la maison de sa sœur.
En 1982, Jacques Charrière prend sa retraite et rejoint le centre diocésain où il décède le 30 septembre 1994. Fidèle à sa ville, il repose au cimetière des Chaprais de Besançon.

Article paru dans l’Est Républicain le 1er octobre 1994
Le 30 septembre 2024, le Collectif Histoire des Chaprais a organisé un hommage à la mémoire de Jacques Charrière. Tout d’abord, le matin, sur sa tombe au cimetière des Chaprais.

Tombe de la famille Charrière au cimetière des Chaprais
L’après-midi, une conférence était organisée au centre diocésain, avec plus de 150 personnes. Conférence avec M. Dominique Lambert auteur d’une thèse de doctorat publié aux Presses Universitaires de Franche-Comté ; l’historien M. Joseph Pinard et le Président de Patrimoine pays d’Ornans, M. Claude Hugel.
Sources : archives diocésaines ; archives municipales ; thèse de M. Dominique Lambert ; archives Pays d’Ornans Patrimoine.
J.C.G.


