Aimable, Justin, René CHABOD est né le 26 septembre 1904 à Gilley dans le haut-Doubs. Il est le dernier d’une famille de 9 enfants. Son père cultivateur est alors âgé de 47 ans ; sa mère 43 ans.

Comme souvent en Franche-Comté, c’est le 3° prénom qui devient celui d’usage. Pourtant, comme le fait remarquer l’abbé René Bolle-Reddat, chapelain de Notre Dame du Haut à Ronchamp, lors de l’homélie qu’il prononce à la mort de son ami, son premier prénom est déjà tout un symbole.

Dans ce pays du Sauget où il est né, on parle encore le patois. Et la présence de cette famille est attestée dans le haut-Doubs depuis 1645 nous précise l’abbé de Ronchamp, venue de Savoie afin de repeupler les terres de l’abbaye de Montbenoit dévastées et dépeuplées lors de la conquête française.

René devient orphelin de mère à l’âge de 12 ans. Il  fréquente successivementle petit séminaire de Maîche où il manifeste des talents dans toutes les matières. Puis le grand séminaire de Faverney et Besançon. Nommé prêtre en 1928 alors qu’il est surveillant de la maîtrise de Besançon, il est affecté dès 1929 à Vesoul. Ses responsabilités deviennent alors très importantes auprès des cercles de jeunes filles, des enfants de Marie ; il est également l’aumônier du groupe de cheminots catholiques. Il donne des cours au collège Saint-Maur.

 

Collège Saint-Maur

 

Il se fait remarquer alors par la qualité de ses sermons qu’il prononce d’un ton nasal chantonnant surprenant qu’il essaiera en vain de corriger lorsqu’il entend sa voix enregistrée avec un magnétophone.

Il quitte Vesoul en 1937 pour Les Fins où il retrouve son vieil oncle, le curé François Chabod alors âgé de 77 ans qui gouverne la paroisse depuis 35 ans.

En 1938, il est affecté à la paroisse Saint Martin des Chaprais.

 

Bulletin paroissial qui paraît avant puis après la guerre

 

Et c’est à la libération, le 7 septembre 1944 que se produit un grave incident qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques sans l’intervention de René Chabod.

Ces faits sont relatés par l’abbé de Ronchamp dans son son homélie lors d’une messe en mémoire de René Chabod, célébrée à Vesoul le 18 juillet 1980. Ils sont repris et complétés publiquement, lors du 40° anniversaire de la libération de Besançon, par M. Henry BRUN au nom du Souvenir Français. Voici le récit de M. Brun.

« Nous sommes le 7 septembre 1944, il est 16h30. Une charrette sur laquelle se trouvaient des armes et de la dynamite est abandonnée un instant par les Allemands-(alors en pleine retraite du fait des combats commencés)- devant le café tenu par Monsieur Girard, 12, Rue de l’Eglise. Cette charrette a subitement disparu.

 

Le départ des Allemands rue de Belfort

 

Questionnées, les personnes présentes ont dit n’avoir rien remarqué, mais poussant plus avant leurs investigations les Allemands ont retrouvé la charrette vide cachée dans une buanderie dans la cour du 18 rue de l’Eglise. Un officier, une demi-heure plus tard venait questionner à son tour.

Où sont passées les armes et la dynamite et qui est l’auteur de leur disparition ?

Personne ayant répondu, l’ordre fut donné d’emmener les sept hommes présents. Il s’agissait de :

– AUBARD André, cheminot ;

–BOURDOT père ;

–MELET Émile, cheminot ;

–VINCENT Pierre ;

–BOIDESSOT, le fils de la concierge de l’école de filles des Chaprais ;

–KLEIN Marcel, cheminot ;

–GIROT Léon, cheminot.

Un instant aligné contre le mur de l’école des filles des Chaprais, mais en raison de la présence des femmes en pleurs qui se tenaient à quelque distance, l’officier donne ordre de les conduire plus loin et c’est ainsi qu’ils parvinrent à la Famille, tirant la charrette !

Pendant ce temps¸ madame Dominici (elle habite alors 14 rue de l’Eglise) ayant aperçu Monsieur le curé Chabod près du passage à niveau de la Vaîte, (il venait de porter les derniers sacrements à malades) lui conta l’histoire et lui demanda s’il pourrait faire quelque chose.

N’écoutant que son courage et ayant ôté son surplis, demandant à Madame Dominicci de le porter à la cure, Monsieur le curé Chabod enfourche un vélo qui lui permit de rejoindre le groupe au moment où l’officier mettait en place le peloton d’exécution.

Il dit ces simples mots :

« Ces hommes sont jeunes et pères de famille, je suis célibataire, fusillez moi à leur place et laisser aller ceux-ci ! »

Son coup réussit ! On expédia tout le monde avec quelques bourrades et forces injures. Le curé Chabod revint blême poussant son vélo sur lequel il n’aurait pu monter… il ne s’est jamais vanté de ce haut fait à une époque où il était profitable de produire des titres patriotiques ».

En 1948, René Chabod est de retour à Vesoul et ce pour 18 années. Puis il se retire à l’âge de 61 ans. Il décède à Gilley le 5 juillet 1980.

Sources : Archives diocésaines ; discours de M. Brun.

J.C.G.