1. Patrick DEGOIRAT, arrière petit-fils de Hyacinthe SARDA  retrace avec précision et érudition, l’histoire de cette fabrique d’horlogerie installée dans notre quartier, avenue Carnot. Nous l’en remercions vivement!

 

Hyacinthe SARDA (1) est né le 10 février 1869 à Prades dans les Pyrénées Orientales, dans une famille où l’on est « maréchal-ferrant » de père en fils depuis trois générations.

 

Engagé volontaire le 10 mars 1890, il intègre le 10ème Bataillon d’Infanterie de Forteresse en garnison à Besançon. Excellent réparateur, ses copains de régiments lui confient leurs montres et après ce seront les réservistes qui profiteront d’une période pour lui faire effectuer quelques petits travaux. L’armée venait malgré elle de lancer un des grands du métier.

Besançon est alors la Capitale de l’Industrie Horlogère Française.

En 1893 il s’installe au rez-de-chaussée d’un immeuble, situé au 33 quai Veil Picard et 1 rue Marulaz, dont il réserve trois pièces pour son atelier d’horlogerie « Au Régulateur » où en plus de la réparation il se consacre également à la fabrication et propose ses services à ses anciens clients et amis dont il a sagement noté toutes les adresses. Rapidement pour développer son affaire et récupérer la totalité du logement pour s’agrandir, il part habiter quelques mois dans une maison cossue, quartier de la Grette, mais les allées et venues étant fastidieuses en raison des moyens de transport de l’époque (il devait se déplacer en calèche), il saisit l’opportunité de la libération de deux appartements contigus à l’étage au dessus du magasin pour les relier et résider sur place avec sa famille.

 

 

 

Plus tard l’affaire ayant pris de l’importance, Hyacinthe travaille avec ses deux fils, Robert et Roger, et compte plusieurs employés.

L’année 1929 marque un tournant décisif. Roger et sa femme font construire un immeuble au 21 avenue Carnot, qui devient en 1930 le siège social des Etablissements Sarda qui emploient dorénavant une cinquantaine de personnes.

 

 

Le rez-de-chaussée est occupé par les bureaux des services commerciaux, le salon de vente, la salle des stocks et préparation des commandes, la salle des expéditions, le premier étage par les ateliers, les bureaux du Directeur, du Fondé de Pouvoir, du Comptable, le deuxième étage étant réservé à l’appartement privé de Roger.

 

Hyacinthe et Robert continuent de tenir le magasin quai Veil Picard, le premier jusqu’à son décès le 27 mars 1941, le second jusqu’en mai 1961, date à laquelle les deux frères cessent leur activité et cèdent les Etablissements Sarda à Difor.

 

La Maison Sarda compte parmi les précurseurs non seulement de la Vente par Correspondance (elle est alors la deuxième plus importante société de Vente par Correspondance dans ce domaine à Besançon, juste derrière la Maison Tribaudeau) mais aussi de la Vente Directe. En effet en tant qu’horlogers « producteurs » de la plupart de ses modèles, les Etablissements Sarda sont bien placés pour la Vente en Gros, mais la firme est surtout constituée pour la fabrication soignée et la Vente Directe aux usagers, des montres, chronomètres et chronographes qui bénéficient de prix très avantageux, 30 à 40% inférieurs à ceux pratiqués dans le détail, et à qualité égale.

Mais l’activité commerciale de la société ne se limite pas à la production des Montres et s’étend aussi aux articles de Grosse Horlogerie (régulateurs, carillons, horloges de parquet, pendules murales et à poser, réveils, garnitures de cheminées…), de Bijouterie-Joaillerie (alliances, bagues, bracelets, chevalières, colliers, médailles…), Orfèvrerie (tous articles en argent 1er titre, métal argenté et acier inrouillable) et Divers (stylos, jumelles, phonos, appareils photos…).

La société vend, soit sur place à Besançon, soit par correspondance, à l’aide d’un Catalogue de Montres et d’un Album« Rayons Annexes » (Grosse Horlogerie, Bijouterie-Joaillerie, Orfèvrerie et Divers), édités chaque année.

Elle a aussi fait réaliser un grand nombre de cartes postales gratuites pour la correspondance, en noir et blanc, représentant différents quartiers ou monuments de Besançon, avec les inscriptions, « Fabrique de Montres et Chronomètres H. SARDA, à Besançon (Doubs) » et « Demandez les nouveaux catalogues illustrés de plus de 250 modèles de montres », ainsi que des cartes postales avec une publicité sur les Montres Sarda au recto et l’adresse de la société pour la demande des catalogues au verso.

 

 

Elle fait paraître également de nombreuses publicités dans différentes revues: l’Illustration, Pénélope Magazine, le Journal des Instituteurs, Je Sais Tout, l’Almanach Vermot, l‘Almanach Hachette, le Chasseur Français…

 

 

Elle fait en plus de la réclame sur des couvertures de carnets de timbres, sur des enveloppes postales et des buvards.

 

 

En 1958 elle possède un fichier de 200 000 « fiches-clients » de particuliers ou de collectivités répartis dans toute la France Métropolitaine et d’Outre-mer. Elle fournit ainsi de grandes entreprises et collectivités, telles: Directions Départementales de la Population, Poudrerie Nationale d’Angoulême, Régie Renault, Peugeot, Dunlop, Papier à cigarettes Lacroix, Fédération Française d’Athlétisme, Lubrifiant Igol, Amora, Société Nancéienne de Crédit, Houillères du Nord et du Pas-de-Calais, Verveine du Velay, Forges et Aciéries d’Hagondage, Union Sidérurgique Lorraine, Ateliers de Constructions de Roanne, Procures des Missions, Foyers Militaires, Chemins de Fer du Cambodge et du Cameroun, Ministère de l’Air, Institut Géographique de l’Armée, etc.

 

Les Établissements Sarda ont également des agences à Tunis, Rabat, Casablanca, Tananarive, Saigon, Chandernagor, Pointe à Pitre et ils exportent leur production dans tous les pays.

La société occupe une place de premier plan dans la production des montres françaises de qualité et se veut à la pointe de l’innovation.

Hyacinthe Sarda, Lauréat du Concours Chronométrique Officiel de l’Observatoire National de Besançon (2), est l’inventeur (système breveté S.G.D.G.) du Chronomètre 12-24 heures avec dispositif marquant automatiquement les heures du soir en chiffres rouges de 13 à 24 (zéro), soit de une heure de l’après-midi à minuit, ainsi que l’inventeur des Montres « porte-souvenir » avec reproductions photographiques (modèles déposés). Il a par ailleurs développé en 1918 des Montres Lumineuses (radium).

 

La société peut se faire assister, pour certaines pièces, d’artisans qualifiés travaillant à domicile sous son contrôle et recourt aussi aux « ateliers familiaux » de la région comtoise.

Mais elle produit dans ses propres ateliers ses montres les plus soignées et dispose sur place de toutes les possibilités techniques, notamment un atelier spécial de chronométrie avec Etuve électrique, Glacière, Pendule reliée à l’Observatoire et donnant « la seconde » toutes les heures par un signal lumineux. Outre les épreuves habituelles de positions, les pièces subissent dans cet atelier des épreuves de températures (glacière et étuve).

La production des séries chronométriques Sarda se divise en trois catégories:

– les Chronomètres avec réglage de précision aux positions (plat et pendu) donnant un écart moyen de réglage non supérieur à 15 secondes par jour,

– les Chronomètres Officiels de Précision avec réglage de précision aux positions (plat et pendu) et températures (étuve et glacière) donnant un écart moyen de réglage non supérieur à 8 secondes par jour,

– les Chronomètres de Haute Précision avec Bulletin de 2ème Classe de l’Observatoire de Besançon avec réglage conforme aux critères de 2ème Classe, soit pratiquement un écart moyen de quelques secondes par jour, et ceux avec Bulletin de 1ère Classe, conforme aux critères de 1ère Classe, se traduisant par un écart moyen de quelques

secondes par mois (un poinçon représentant une tête de vipère est insculpé sur l’ébauche de tout mouvement ayant satisfait à ces épreuves).

A l’Autodrome de Montlhéry, les chronomètres Sarda sont utilisés par les amateurs et les professionnels de l’automobile pour le calcul des vitesses horaires sur la Piste et le Circuit routier. A noter l’existence du cadran tachymètre « Montlhéry », gradué spécialement et très apprécié des usagers de l’Autodrome.

Les Montres sont souvent livrées en qualité « Deux Etoiles » (écart moyen journalier inférieur à 55 secondes) et « Trois Etoiles » (écart moyen journalier inférieur à 40 secondes). Les étoiles insculpées sur le fond des boitiers attestent de la qualité de ces montres ayant subi, de la part du Service Officiel de Contrôle de la Marche des Montres, des épreuves portant sur la constance de la marche, la bien facture de toutes les pièces et de la terminaison, la précision contrôlée à des températures (catégorie Trois Etoiles) et dans des positions différentes. Ce Service Officiel de Contrôle relève du Centre Technique de l’Industrie Horlogère (rattaché au Ministère de la Production Industrielle), organisme animé par des techniciens de haute valeur, dont les recherches et les travaux contribuent grandement au progrès de la qualité de l’horlogerie française.

Certaines sont livrées avec un certificat de réglage « Poinçon de Besançon » (celui-ci est alors inculpé sur le fond des boîtiers de montres ayant satisfait à cette catégorie d’épreuves très pointues) qui est délivré par l’Observatoire National de Besançon.

 

 

Le soin et la perfection de confection des modèles permet d’offrir des garanties de fabrication allant jusqu’à 8, 15, voir 20 ans sur certains. Chaque montre est accompagnée d’un certificat de garantie. Bien entendu, l’excellence de ce travail a été primée à de nombreuses reprises, obtenant de Hautes Récompenses Bien entendu, l’excellence de ce travail a été primée à de nombreuses reprises, obtenant de Hautes Récompenses dans de nombreuses manifestations et aux Expositions Nationales et Internationales :

-la Médaille d’Or à l’Exposition Nationale Suisse de Genève en 1896,

-le Grand Prix de Paris à l’Exposition Universelle de Paris en 1900,

-la Médaille de Vermeil à l’Exposition Internationale de Dunkerque en 1912,

-la Médaille d’Or et le Grand Prix aux Expositions Internationales de Montluçon en 1913 et d’Alais en 1914,

-des Récompenses à l’Exposition Coloniale Internationale de Paris en 1931,

-le Prix et la Médaille d’Argent de l’Automobile Club de France en 1933,

-des Récompenses à l’Exposition Arts et Techniques de Paris en 1957.

Les Chronomètres de Haute Précision participent aussi avec succès aux Concours Annuels de l’Observatoire de Besançon et la Maison Sarda, l’une des plus anciennes parmi celles déposant à l’Observatoire, s’est vue maintes fois récompensée au Palmarès des Concours Chronométriques avec en Première Classe des Diplômes de Médailles d’Or, d’Argent, de Bronze (3), et en Deuxième Classe des mentions du « plus grand nombre » de Chronomètres présentés avec succès aux épreuves.

Ainsi citons pour exemples :

-des Médailles d’Or aux Concours Chronométriques de 1910, 1913, 1914, 1919, 1932, 1933, 1934…

-la Coupe Chronométrique (4), la plus haute récompense, au Concours National de l’Observatoire de 1933 (les Etablissements Sarda sont arrivés premiers du classement général avec 261 points et sont détenteurs pour l’année de cette Coupe);

-les Diplômes du plus grand nombre de Bulletins de Deuxième Classe obtenus au palmarès en 1932, 1934, 1951, 1952, 1953;

-la Médaille de Bronze de Bulletins de 1ère Classe au 50ème Concours Chronométrique en 1951-52;

-trois deuxièmes places dans la catégorie Poinçon de Besançon au 50ème, 51ème et 52ème Concours Chronométrique.

En outre les régleurs de précision des Etablissements Sarda sont régulièrement récompensés par des prix du Syndicat de la Fabrique d’Horlogerie de Besançon, du Syndicat National des Fabricants d’Horlogerie de Paris, du Centre Technique de l’Industrie Horlogère, du Groupement National des Manufactures d’Horlogerie, de la Fédération Nationale de l’Industrie Française de la Montre.

Dans les années 60, Sarda devint DIFOR.

 

Puis la société est absorbée par Maty qui fait disparaître la marque Difor.

 

  • SARDA est la prononciation roussillonnaise de CERDA, avec transformation du « è » en « a », nom catalan désignant celui qui est originaire de Cerdagne, plateau montagneux entre le sud de la France et l’Espagne.
  • L’Observatoire National Astronomique, Météorologique et Chronométrique de Besançon s’est, depuis sa création en 1885, assigné pour but de collaborer au développement de l’industrie horlogère française. C’est ainsi qu’un personnel scientifique procède à l’observation et à la comparaison de la marche des Chronomètres, déposés par des fabricants spécialisés, dans un climat de saine émulation professionnelle, avec celle des pendules de haute précision, qui sont chaque jour comparées aux pendules de l’Observatoire de Paris, grâce aux réceptions radiotélégraphiques des signaux horaires, et dont les écarts sont vérifiés au moyen d’observations astrales faites par le service astronomique. A l’issue d’épreuves très longues et compliquées, celles-ci sont sanctionnées, en cas de réussite, par la délivrance de «Bulletins d’Observatoire», documents constituant une attestation officielle de qualité, de régularité et de précision. L’Observatoire a aussi pour vocation de donner l’heure juste: l’heure s’affiche à l’Hôtel de Ville et les horlogers de la région viennent la prendre le matin.
  • Lorsqu’un Chronomètre obtient en 1ère Classe, un nombre élevé de points consacrant un degré de précision au dessus du minimum exigé (125 points), il participe au Concours Chronométrique et il lui est attribué un Diplôme de Médaille d’Or (215 points), d’Argent (190 points) ou de Bronze (165 points). Le Diplôme de Médaille est alors joint au Chronomètre.
  • La Coupe Chronométrique est décernée au fabriquant dont le chronomètre a obtenu le plus grand nombre de points au-delà de 250.