Les cités PLM

Les débuts

Avant l’arrivée du train à Besançon, la compagnie du Paris-Lyon se soucie du logement de son personnel. C’est ainsi que lors des comités directeurs des 25, 29 janvier et 11 mars 1856 le directeur de la compagnie propose d’acquérir « au sieur Bernard, maître de poste à Besançon » un local commercial au centre-ville dans lequel pourraient loger des employés de la compagnie.

En septembre 1857, Chaperon, directeur de la nouvelle compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée (P.L.M.), soumet au même comité une nouvelle proposition d’acquisition d’une maison située à proximité du dépôt des machines qui serait affectée au logement du « chef ou du sous-chef de dépôt et d’un ou 2 autres agents ».

 

Plan de la gare en 1862. La maison du chef de dépôt est située à proximité de la remise des machines.

 

En complément des premières acquisitions, vers 1875, la compagnie fait construire à l’angle du chemin vicinal n°49 de Chastres à la Viotte (rue Nicolas Bruand) et de la route nationale n°57 de Besançon à Metz (rue de Vesoul) une maison pour loger les sous-chefs de gare de la Viotte. À cette époque le chef de gare habitait en ville, à défaut de pouvoir occuper le bâtiment des voyageurs, comme ce sera le cas plus tard à la Mouillère.

 

La maison des 2 sous-chefs de la gare Viotte

 

La maison des 2 sous-chefs de la gare Viotte avant sa démolition dans la cadre des travaux d’aménagement du tunnel inter quartier traversant la gare.

 

Le sous-chef est bien logé : il bénéficie d’une cuisine, d’une salle à manger, de trois chambres et d’un WC (sans doute pas à l’origine de la construction). Un luxe pour un employé de l’époque !

 

À proximité, la compagnie loge en 1900 le contrôleur du télégraphe.

 

Le « contrôleur du télégraphe », responsable des installations électriques de la gare, peut travailler « à domicile » ; il lui suffit de traverser le vestibule pour rejoindre l’atelier.

 

Lors de la mise en service du nouveau dépôt des locomotives en 1884, la compagnie construit également une maison Le chef et le sous-chef de dépôt sont logés à proximité immédiate de leur lieu de travail. Un escalier, à l’intérieur de l’enceinte ferroviaire, permet de rejoindre la rotonde, l’atelier et les bureaux depuis la maison, sans emprunter la rue Résal.

 

 

La maison des dirigeants du dépôt, aujourd’hui disparue.

 

 

La compagnie cherche donc à loger ses employés à proximité de leur lieu de travail, mais l’offre reste faible au regard du personnel nombreux préposé à la gare, à l’entretien des installations et au dépôt des machines.

Si, sur la ligne, les employés sont logés au premier étage, voire dans les combles de la gare dans laquelle ils travaillent, c’est impossible à la Viotte, le génie militaire ayant refusé la construction d’un étage dans le bâtiment des voyageurs. Certains cantonniers sont plus chanceux, ils peuvent loger dans la maisonnette du passage à niveau bien souvent tenue par leur épouse qui garde la barrière moyennant une petite rétribution annuelle.

 

La maisonnette du passage à niveau de la rue des Jardins en 1966. Des travaux de renouvellement de la voie sont en cours. Elle sera démolie en décembre 1975.

 

La maisonnette de la rue du Chasnot avant sa démolition en 2010. La barrière a disparu depuis la fin du XIXe siècle pour laisser place à un pont facilitant les déplacements dans le quartier.

Lors du recensement de 1911, la section 9 qui comprend les quartiers des Chaprais, de Saint-Claude, les Vaîtes, Bregille et Montrapon, soit les quartiers les plus proches de la gare et du dépôt, le cercle de généalogie des cheminots a relevé, sauf erreur de notre part, 573 noms de cheminots avec leur spécialité : dont 289 aux Chaprais, c’est-à-dire la moitié.

 

Les difficiles lendemains de guerre

Après la première guerre mondiale la question du logement va devenir cruciale. L’accroissement considérable des effectifs (suite au vote de la loi dite des « huit heures »), conjugué à une crise nationale du logement rendent difficile l’hébergement des cheminots.

À partir de 1922, la Compagnie PLM met en place des dispositifs financiers pour favoriser l’installation des agents à proximité de leur lieu de travail : avances à court terme et à faible taux (3 %), prêts hypothécaires (25 000 francs au maximum) avec remboursements étalés jusqu’à 25 ans, cession de terrains appartenant à la compagnie pour faciliter la construction individuelle. Ces aides permettent l’achat ou la construction de maisons ou des travaux d’amélioration. Sur l’ensemble du réseau, on dénombre 1 700 agents bénéficiaires en 1928 pour 17,5 millions de francs engagés.

En 1924, une nouvelle méthode de financement permet d’accélérer la production de logements en utilisant des fonds de la Caisse des Retraites. C’est le début de la production massive de cités sur l’ensemble du réseau. On passe ainsi d’une expérience pragmatique à un système « industriel » de construction de logements.

Au 1er janvier 1929, si l’on ajoute aux cités qui viennent d’être construites, les bâtiments de gares, maisons de gardes-barrières et divers logements, la compagnie offre 14 461 logements à 7 415 habitants. Les logements réalisés, vu l’ampleur du programme, ne peuvent être de type individuel. Sont donc choisis des types de maisons de un à deux étages (trois, voire quatre étages dans les villes en raison du coût élevé du terrain) regroupant quatre à six logements, agréables et confortables, avec toutes les commodités sanitaires, balcons et jardins.

C’est à cette époque que la construction de cités est envisagée à Besançon.

 

 

La construction de cités pour les employés bisontins

Dans ses séances des 20 juillet 1928 et 22 février 1929 le Conseil d’administration du PLM ouvre 2 crédits :

  • l’un de 590 000 francs pour l’achat de 2 parcelles de terrains destinées à la construction de 2 cités pour agents dirigeants et subalternes en résidence à Besançon.
  • l’autre de 2 040 000 francs pour la construction de maisons pour agents subalternes sur l’une des parcelles de terrain situées à proximité du dépôt de Besançon (Cité des Cras).

 

Les cités pour agents « supérieurs »

Projet d’emplacement de cités rue Bruand et aux Cras

 

Les cités pour agents « supérieurs »

 

Projet d’emplacement de cités à Champ-Forgeron. Sans suite

 

Le 7 juin 1930, Quinquet, l’ingénieur en chef du service de la Voie présente son dossier au comité directeur de la compagnie PLM : « La crise persistante des logements sévit avec la même acuité pour les agents supérieurs des 3 services et rien n’était prévu jusqu’à ce jour pour cette catégorie d’agents qu’il y a intérêt à pourvoir également en logement, dans la mesure du possible.

En vue de remédier à cette situation les services intéressés estiment qu’ils conviendraient d’assurer à Besançon pour les besoins immédiats le logement de 6 agents supérieurs.

Les logements seraient répartis par service comme suit :

  • Exploitation : 2 inspecteurs et un sous inspecteur
  • Traction : un agent supérieur
  • Voie : un chef de section et un chef de district principal

En conséquence nous avons préparé le projet ci-joint qui serait réalisé au compte « Immeuble de la Caisse des retraites » suivant les conditions du programme de création des cités d’agents approuvés par le Conseil d’administration dans sa séance du 24 octobre 1924 et qui comprendrait en première étape la construction de 2 maisons à 3 logements en nous réservant la possibilité d’édifier ultérieurement une troisième maison à 3 logements.

Ledit projet comporte les dispositions suivantes :

Terrains

Les logements envisagés seraient construits sur un terrain encadré par 3 rues [rues Nicolas Bruand, Frédéric Bataille et François Charrière] situé à environ 700 mètres de la gare de Besançon-Viotte.

ce terrain d’une superficie de 2592 m² pourrait être acquis à l’amiable à des conditions avantageuses (38 francs le mètre superficiel non compris frais accessoires).

Maisons

Nous édifierons sur ce terrain 2 maisons du type courant pour agent supérieur à 2 étages sur rez-de-chaussée comportant 3 logements de 6 pièces chacun.

Tous les logements seraient pourvus de salles de bain, WC, cave, grenier, chambre de bonne, et dotés du chauffage central individuel. Ils seraient en outre alimentés au moyen de branchements reliés aux conduites de la ville en eau potable sur évier, en gaz pour le réchaud de cuisine et en électricité pour l’éclairage.

Chaque maison comporterait une buanderie et un étendage commun établi dans le sous-sol

Les eaux usées 2 toitures et les effluents des fosses septiques seraient évacués provisoirement dans un puits perdu par des conduites en grès en attendant la construction d’un égout qui sera établi prochainement par la ville de Besançon dans la rue Nicolas Bruand.

La cité serait desservie par un chemin central aboutissant à la rue Nicolas Bruand et le terrain laissait disponible serait aménagé en jardin d’agrément avec pelouse et bancs ombragés par des arbres.

Les dispositions prévues pour les logements sont conformes aux stipulations de l’arrêté municipal qui règle les conditions d’hygiène.

Ainsi qu’il résulte du détail estimatif ci annexé la réalisation des dispositions projetées entraînerait une dépense totale de 957 000 francs entièrement imputable aux comptes « Immeubles de la Caisse des retraites ».

Pour lui permettre d’effectuer les travaux le soussigné demande l’autorisation d’affecter à la construction de logements pour les agents supérieurs en résidence à Besançon les fonds nécessaires provenant de la Caisse des retraites soit un crédit de 957 000 francs ».

Si les cités pour « agents supérieurs » de la rue Bruand ne voient pas le jour, un bâtiment à deux étages pour « agents subalternes » est édifié au 8, en 1929/1930. En 1958, la SNCF fera construire une cité pour les cheminots dans le quadrilatère autrefois projeté pour la cité des « agents supérieurs ».

 

La cité du 8 rue Nicolas Bruand

 

Les cités pour agents « subalternes »

La cité des Cras est construite en 1930/1931, rue Romain Roussel à proximité de l’atelier et du dépôt des locomotives. Elle compte deux bâtiments à 3 étages. Les plans en sont dressés d’après des « plans types » établis par les services centraux de la compagnie, même si quelques fantaisies locales sont permises.

 

Vue aérienne prise en 1953.Au nord du dépôt c’est encore « un peu » la campagne.

 

L’aménagement des abords des deux maisons est soigné. À l’extrémité sud de la cité, on devine le toit d’un bâtiment qui doit être le lavoir.

 

Le premier bâtiment, situé au n° 46, est du même type que celui de la rue Nicolas Bruand, mais il comprend 3 étages.

 

 

Dessin-type d’un bâtiment PLM pour agents subalternes.

 

Plan-type d’un bâtiment pour agents subalternes.

 

Chaque étage se compose de deux appartements. Chaque appartement comprend un couloir desservant 3 chambres, une cuisine salle à manger, un débarras et, comble de la modernité, des WC privatifs. Les appartements sont identiques quel que soit l’étage et le nombre d’étage. À chaque appartement est attribué une cave et un grenier.

Le second bâtiment, au 48 a et 48 b, se compose de deux maisons d’angle qui ont été accolées.

 

Vue actuelle du 48 rue Romain Roussel.

 

Dessin-type d’un bâtiment d’angle. Ceux de Besançon sont légèrement différents.

 

Plan-type d’une maison d’angle. 2 maisons accolées forment le bâtiment du 48 de la rue Romain Roussel. On dénombre 3 appartements par étage.

 

Dans un note de 1929, le PLM décrit une maison d’angle :

Description d’une maison d’angle pour agent subalterne

Sur chaque palier se trouvent les entrées particulières des logements d’agents dont les dispositions se décomposent comme suit par logement :

  • un dégagement donnant accès à toutes les pièces
  • une cuisine salle à manger avec pierre d’évier, potager, emplacement pour cuisinière et placard cette pièce possède en plus un balcon aux étages
  • 3 chambres à coucher dont une avec balcon aux étages. Une chambre avec cheminée et les 2 autres avec tampon d’attente
  • un débarras
  • un WC éclairé par une petite fenêtre
  • une cave au sous-sol
  • un grenier dans les combles
  • une boîte aux lettres dans le vestibule d’entrée au rez-de-chaussée
  • à l’extérieur un lavoir

 

La Compagnie PLM a le gout de la réglementation et publie au début des années 30 un livret de 8 pages qui indique la conduite à tenir aux locataires de ses cités. A la lecture de quelques observations (très directives), on devine une organisation fort « encadrée » des cheminots de la compagnie.

Extrait :

 

En 1934, la compagnie totalise 17 738 pour 60 524 habitants soit « l’équivalent d’une grande ville comme Besançon ». Cette croissance concerne surtout les cités, qui passent de 2 919 à 5 763 logements.

Ces nouvelles constructions traduisent une amélioration notable du niveau de vie et une prise en compte du bien-être des habitants, notamment des familles et témoignent d’un modèle social où l’entreprise joue un rôle central dans l’organisation de la vie quotidienne. Malgré tout, à Besançon, la quantité de logements demeure très faible au regard du nombre de cheminots employés sur les différents sites. On peut probablement en déduire que l’offre de logement « privée » était suffisante.

 

Sources :

Archives personnelles dont

Bulletins PLM de mai 1929 et juillet 1934.

https://memoirevive.besancon.fr/

https://remonterletemps.ign.fr/

https://archives-nationales-travail.culture.gouv.fr/

J.M. PARIS