
Louis BIETRIX
1880-1952
Le nom de Louis Biétrix est connu des historiens pour plusieurs raisons, mais l’on ne peut pas dire qu’elles sont glorieuses. Nous allons nous efforcer de vous en expliquer les causes.
Louis Biétrix est né le 29 février 1880 Besançon, aux Chaprais. Il a une sœur jumelle, née peu de temps avant lui…

Acte de naissance de Louis Biétrix

Acte de naissance de sa sœur jumelle Marguerite
Leur père, natif d’Amagney dans le Doubs, est inspecteur de l’instruction primaire : il est âgé de 48 ans. Dans l’annuaire du Doubs datant de 1898, leur père retraité est domicilié 58, Rue de Belfort Leur mère Marie Félicie Bergerot est née à Coulans un village proche d’Amagney : elle est âgée de 38 ans. Le père de Marie-Pierre Géraud Bergerot est répertorié dans ce même annuaire du Doubs comme propriétaire habitant 58, Rue de Belfort !
Nous ne possédons pas de renseignements concernant l’enfance et les études des deux jumeaux. Louis fait des études de médecine à Besançon.
Devenu médecin, il installe son cabinet de médecin 20, avenue Carnot, à proximité de la place Flore.
Il épouse en 1905, Germaine Tissot, née à Besançon en 1883, fille d’un négociant en horlogerie.

Acte de mariage de Louis Bietrix et Germaine Tissot. Louis est déjà domicilié 20 avenue Carnot.

L’avenue Carnot autrefois avec ses lignes de tramway

Au numéro 20 de l’avenue Carnot était également installé, autrefois, le siège des Salines Franche-Comté.
En 1907 naît leur fils Pierre dont on sait peu de choses (il est mort à Paris en 1981).

Acte de naissance le 25 octobre 1907 de Pierre Biétrix
En 1909, il figure parmi les fondateurs, aux Chaprais, de l’association sportive l’Aiglon rattachée à la paroisse de l’église Saint-Martin.Une des activités de l’association est le tir. Car les français n’ont pas fait leur deuil des territoires de l’Alsace et de Lorraine perdus après la guerre de 1870/71. D’autant plus que de nombreux réfugiés de ces régions sont venus en Franche-Comté souhaitant ainsi échapper à la domination prussienne.
Les sociétés sportives sont à la mode et pratiquent très souvent l’entraînement au tir. Il s’agit de former les futurs soldats aptes à la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine.

Cette société bisontine créée en 1908 pratique même l’instruction militaire
Louis Biétrix s’inscrit dans cette mouvance politique de la Droite nationaliste.
En 1912, il fait connaissance avec une jeune veuve, Gabrielle, Lazarette Fournaud, née à Autun en 1874.
Cette dernière épouse, le 21 décembre 1897, Philibert, Alfred Plissonnier, originaire du village de Loisy, âgé de 34 ans, un riche pharmacien installé à Monaco. Le couple rejoint Monaco. Mais l’ époux décède en avril 1909. Gabrielle quitte donc Monaco et vient s’installer à Besançon où réside un oncle qui a été son témoin à son mariage. Elle a alors 34 ans.
Cette liaison entre Gabrielle et Louis est connue de toute la bourgeoisie bisontine. L’épouse Biétrix l’apprend songe alors à divorcer. Mais elle est semble-t-il, très amoureuse de son époux qui ne manque pas de lui prodiguer des serments de fidélité pour l’avenir… Et il lui indique alors qu’il a cessé cette liaison adultère.
La première guerre mondiale éclate et Louis est envoyé sur le front de l’Est jusqu’en juillet 1915. Blessé par un obus, il est affecté à l’hôpital Lons-le-Saunier, puis il est nommé en 1917, médecin- chef de l’hôpital de Bagnères-de-Bigorre. Là, les versions divergent : s’installe-t-il avec son épouse au centre-ville dans une villa en face d’un jardin public ? Ou alors son épouse demeure-t-elle toujours à Besançon ?
Toujours est-il que Germaine apprend, par hasard, que son mari, toujours aussi volage, a repris sa liaison avec son ancienne maîtresse. Alors qu’elle lui rend visite à son cabinet, son époux est absent mais sa secrétaire la laisse entrer car elle lui apporte un costume car il doit se rendre à un enterrement. Elle reconnaît dans le courrier posé sur le bureau, l’écriture de Gabrielle, son ancienne maîtresse. La lettre, à l’en-tête de l’hôtel Terminus à Lourdes est sans équivoque. Gabrielle y rappelle leur folle nuit d’amour récente.

Cet hôtel Terminus à Lourdes existe toujours aujourd’hui
Germaine outragée veut rencontrer cette maîtresse. Elle se rend donc, le 27 janvier 1907 à l’hôtel de Gabrielle. Mais la rencontre tourne à la dispute : Gabrielle fanfaronne et entend rester la maîtresse de Louis Biétrix. Dans un accès de fureur, Germaine assassine de 6 coups de couteau la maîtresse de son mari.
Le scandale est alors immense. Le procès s’ouvre sans tarder, à Tarbes, le 17 juin 1917. Le journal Le Républicain des Hautes-Pyrénées rend compte de cette session d’assises.

Le Républicain des Hautes-Pyrénées du 17 juin 1917

Républicain Hautes-Pyrénées 19 juin 1917
Le soir du 19 juin, le verdict tombe…madame Biétrix est acquittée !!! sous les applaudissements du public…

Le Républicain des Hautes-Pyrénées du 19 juin 1917
La guerre terminée, Louis Biétrix revient à Besançon. Son épouse vit-elle de nouveau avec lui ? Lors du procès de Tarbes ils ont échangé tous deux des serments d’amour. Mais finalement les époux divorcent le 18 octobre 1921.
Et Louis Bietrix ne perd pas de temps pour se remarier avec Augustine Bourgeois née à Lons-le-Saunier en 1897 : sa nouvelle épouse a donc 17 ans de moins que lui !
L’a-t-il connue alors qu’il était en poste à Lons-le-Saunier ?

Second mariage de Louis Biétrix le 29 février 1922, 4 mois à peine après son divorce
Le Docteur Biétrix acquiert alors la réputation d’être une sorte de médecin des pauvres. Il est spécialisé dans la radiographie aux rayonx X et va, de ce fait, souffrir d’une maladie de peau, la radiodermite qui entraîne l’amputation de deux doigts.
A la suite de cette amputation, il défraie la chronique lorsque, inquiété par le fisc au sujet de sa déclaration de revenus, il adresse au service des impôts en guise de déclaration, un de ses doigts amputés.

Paru dans le journal « Je suis partout » le 24 septembre 1937
Il se présente comme candidat de Droite aux élections cantonales de 1934 et il est brillamment élu face à un adversaire de taille, Julien Durand, avocat, conseiller municipal, député, ancien ministre du commerce.

En février 1935, Léon Blum est agressé sauvagement à Paris, boulevard Saint-Germain, où se déroulent les obsèques d’un leader nationaliste de droite. Pris à partie par la foule qui le reconnaît dans une voiture automobile, il est grièvement blessé et doit panser ses plaies durant un mois à son domicile. A cette occasion, Louis Biétrix va s’llustrer par un article d’une rare violence, publié le février à la « une » du quotidien L’Eclair Comtois sous le titre Y fallait pas qu’il y aille ! Il y traite Léon Blum de « …ouistiti de ghetto »….

L’article contre Léon Blum dans L’Eclaire Comtois du 19 février 1935
Toujours en 1935, c’est la campagne électorales pour les élections municipales. Elle tourne à un affrontement entre le Radical Charles Siffert et Louis Bietrix.

Bietrix est traité de « matamore » Mai 1935 Le Petit Comtois
Fort de son succès aux élections cantonales au cours desquelles il a donc battu le député radical Julien Durand élu à Be Le Petit Comtois mai 1935sançon, Louis Bietrix alors adhérent à l’Action Française se présente aux élections législatives. Il n’y a, depuis 1924 qu’une seule circonscription pour la ville de Besançon.
Cette circonscription de Besançon est alors un fief radical : à 11 reprises un député radical y a été élu dont Charles Beauquier le premier parlementaire à avoir fait voter une loi dans le domaine de l’environnement (protection des paysages).
Julien Durand est le candidat du Front Populaire : il recueille 2 905 voix seulement au 1er tour contre 5 947 pour Biétrix. Et au second tour, malgré les désistements d’autres candidats en sa faveur, Biétrix l’emporte par 6 201 voix contre 5 661 pour le député sortant. L’historien Joseph Pinard, interrogé à ce sujet par le chroniqueur de l’Est Républicain Pierre Laurent qui lui demande pourquoi Louis Biétrix a gagné répond :
« Parce qu’il a eu recours à une fausse nouvelle. Durand, le député sortant, a été la cible d’une campagne de dénigrement l’accusant d’avoir été compromis dans le scandale financier de l’affaire Stavisky. Campagne orchestrée tant par l’extrême droite que l’extrême gauche. Ainsi l’hebdo du Parti communiste Le Semeur avait parlé de « la pourriture qui déborde » et demandé sa démission. Or Georges Pernot, parlementaire bisontin de droite, qui a été garde des Sceaux (celui-là même qui plaidera en faveur des Républicains espagnols réfugiés à Besançon pendant la guerre), a affirmé en ayant épluché le dossier de Julien Durand : « Il n’y avait rien qui entachât son honneur ». Et puis, Bietrix n’était pas un inconnu : il avait une réputation, – non usurpée d’ailleurs – d’être médecin des pauvres, il était revenu de 1914-18 décoré de la Croix de Guerre et c’était un activiste d’extrême droite particulièrement virulent et démagogue. »
Comme la Droite nationaliste et conservatrice, il mène campagne pour une profonde réforme de l’État avec une limitation du nombre des parlementaires, des pouvoirs accrus pour le Président de la République et la constitution d’un gouvernement « fort et digne ». La Droite a pour slogan : « ordre-autorité-liberté ».
Le Front populaire gagne au niveau national les élections. Louis Biétrix, député est donc dans l’opposition. Il s’inscrit au groupe des Indépendants d’Union républicaine et nationale.
Au début de l’année 1939, il va de nouveau rédiger une violente diatribe contre l’accueil des réfugiés espagnols à Besançon comme en France, article publié également dans l’Eclair Comtois. Et ce, sous le titre, « Pas de ça chez nous » !…

Article paru dans l’Eclair Comtois du 4 février 1939
Le 12 juillet 1940, il vote, à l’Assemblée nationale, les pleins pouvoirs accordés au Maréchal Pétain comme la plupart des députés de droite. À l’exception du député du Doubs classé également à Droite, mais profondément républicain, Léonel de Moustier qui va mourir ensuite dans les camps la mort.
Tout en étant contre les Britanniques et contre la Résistance, Louis Biétrix est également « anti boche ». Il est alors locataire d’un logement de 3 pièces-cuisine 12 avenue Fontaine-Argent, logement qui sera occupé par les Allemands.
Il est arrêté et emprisonné le1er octobre 1941 pour avoir insulté un officier allemand. Le préfet du Doubs alerte à plusieurs reprises l’ambassadeur de France nommé par le gouvernement de Vichy pour les territoires occupés, M. De Brinon.

Il est finalement libéré le 25 mars 1942 mais expulsé en zone dite « libre ».

Fort de cet emprisonnement, Louis Bietrix tente en vain de faire partie du comité départemental de libération. Il est frappé d’inéligibilité. Son épouse le quitte. Il quitte la région pour s’installer en Saône-et-Loire à Châteaurenard où il continue d’exercer, dans un relatif anonymat, sa profession de médecin. Il décède le 18 mars 1952 dans une relative solitude.
Sources : Archives municipales; site Mémoire Vive Besançon; Gallica bnf; archives départementales du Doubs; livre de M. Joseph Pinard « Du noir au rouge » éd. Cêtre.
J.C.G.



