
Madame Decreux dans son appartement aux Chaprais. Photo Ludovic Laude Est Républicain
Elle fait l’admiration dans le quartier des Chaprais ! Mais lorsqu’on la croise dans le quartier, toujours coquette et maquillée, sait-on que Mme Marguerite Decreux a déjà 104 ans ?Elle est déjà dans sa 105° année qu’elle fêtera avant la fin de l’année.

Madame Marguerite Decreux lors de la célébration de ses 104 ans. Photo Ludovic Laude Est Républicain
Elle habite les Chaprais depuis des dizaines d’années ! Elle débute très jeune, dans la coiffure au Salon de Paris, 97 Grande Rue,

Annuaire Fournier 1925
Elle travaille ensuite au salon Miroudot, rue d’Anvers.
Puis chez Marinette 36 rue Battant.

Le salon Marinette, mais cette photo est plus tardive…elle date de 1966. Photo B. Faille
Elle crée ensuite un salon place Marulaz, avant de s’installer place Flore, dans un des premiers immeubles en construction, au 1er étage. Madame Decreux se souvient bien l’avoir acheté sur plan à la fin des années 50. Elle venait voir, le dimanche, l’immeuble se construire.
Son salon est installé dans l’appartement familial même.

L’immeuble de Mme Decreux derrière la déesse Flore. Photo CHC

La place Flore avant la construction de l’immeuble
Elle se souvient particulièrement d’un jeune homme qui passait alors avec une mallette afin de présenter ses montres à ses clientes. Ce jeune homme a d’ailleurs fort bien réussi puisqu’il s’agit de M. Gérard Mantion (il habite alors les Chaprais), le créateur de cette très belle entreprise qu’est, encore aujourd’hui, MATY.
Elle se souvient également de l’agent de police qui faisait la circulation place Flore, comme de la boucherie Hézard installée dans un petit immeuble rasé aujourd’hui.

La place Flore en 1960, la boucherie Hézard et le policier. Photo B. Faille Mémoire Vive Besançon
A cette époque, on ne fermait pas les voitures à clef ; c’était presque la campagne et l’on prenait le bon air sur le balcon de l’immeuble. Il y avait peu de circulation. C’était alors un village…
Madame Decreux a fort à faire avec trois enfants, un salon de coiffure à diriger et un mari souvent absent car il est représentant régional pour l’Oréal : il parcourt donc toute la région : Haute-Saône, Territoire de Belfort, Jura et Doubs.
Pour les loisirs peu nombreux, il y a le cinéma REX rue des Chaprais. Elle se souvient d’un hiver où l’on avait pu descendre la rue de Belfort avec des skis.
En 1964, avec sa fille Annie qui l’a rejoint dans le métier, elles ouvrent toutes deux un salon de coiffure (qui existe toujours) rue Courbet, à la place d’une blanchisserie. Annie reprend le salon à son compte en 1978, avant de le revendre à une salariée en 2001.

Le salon en 2001. Photo archives familiales D.R.

Annie Gaudillière en 2025. Archives familiales DR
Annie épouse en 1969 le peintre réputé Roland Gaudillière.

Roland Gaudillière dans son atelier. Photo B. Faille Mémoire Vive Besançon
C’est également l’époque où le salon de coiffure est fréquenté, entre autres, par Mme Lip, Mme Nougaro (la mère de Claude, l’épouse du directeur du théâtre Ledoux, Mme Lorach, Mme Rein, sans oublier Mme Meusy, l’épouse du photographe de l’avenue Carnot. Si le salon fermait le dimanche et le lundi, pendant le Festival de musique, le salon ouvrait pour parfaire le chignon de ces dames.
En 1971, elles achètent un terrain à la Malate et y construisent chacune leur maison. L’appartement de la place Flore est loué puis vendu car le locataire ne payait pas son loyer…
Madame Decreux prend sa retraite en 1978.

Madame Marguerite Decreux et sa fille Annie Gaudillière Photo Ludovic Laude Est Républicain
Installée dans son appartement près de la place Flore, dans un immeuble construit en 1991, elle a la chance d’avoir sa fille Annie qui réside dans le même immeuble ! Annie qui veille avec dévouement sur sa mère et entretient la mémoire des œuvres de son époux mort en 1998.
Voir https://www.roland-gaudilliere.com/
En 2004 (le 3 janvier), un terrible drame vient endeuiller la famille : le crash de l’avion qui a décollé de Charm El Cheikh, en Egypte et qui a provoqué la mort de 134 français ! Parmi ces victimes son fils Philippe, sa belle fille Géraldine et sa petite fille Charline..
Annie se bat toujours avec l’association créée avec les familles des victimes afin de faire condamner la compagnie Flash Airlines. Au nom de la mémoire de son frère, de sa belle sœur et de sa nièce. Et, bien sûr, au nom de sa mère…
Le procès aura lieu à Paris en avril/mai 2027. 23 ans d’attente et de combat !
Nous espérons bien célébrer à la fin de l’année les 105 ans de Madame Marguerite Decreux.
Avec sa fille Annie, elles sont toutes deux de véritables personnalités des Chaprais.
Marguerite Decreux et sa fille, Annie Gaudillière lors de son 104° anniversaire. Photo Ludovic Laude. Est Républicain
Voir également cet article publié dans l’Est Républicain, à l’occasion de son 104° anniversaire.
Sources : Est-Républicain, entretiens avec Mme Decreux et Mme Gaudillière.
J.C.G.


