Nombreux sont les francs-comtois qui ont emprunté les lignes d’autocar des Monts Jura ! On peut considérer que cette entreprise créée en 1907 s’est développée, dans un premier temps, aux Chaprais.

Son fondateur, Henri Régnier, est né le 18 septembre 1882 dans la commune de Pierrefontaine-les Varans. Son père y est négociant en vins. Il est alors âgé de  37 ans, et son épouse a 25 ans.

 

 

Il est premier enfant de ce couple marié en 1881. 4 autres garçons et une fille lui succèdent. Henri, comme ses frères sera lycéen à Besançon.

 

Avec leur père, les 5 frères Régnier en uniforme du lycée Victor Hugo

 

Mais à la différence de ses frères et peut-être en sa qualité d’aîné, il travaille dans l’entreprise familiale où il est chargé des transports. En véritable visionnaire,  il comprend très vite, à l’aube de ce XX° siècle que le transport tant des marchandises que des personnes va devenir une question très importante. Il quitte alors sa famille puisqu’il n’est pas rémunéré et s’installe d’abord à Belfort. Puis, très rapidement, à Besançon où il acquiert l’entreprise de déménagement Camille Hehlen située 17 avenue Carnot. A la tête de cette entreprise qu’il vient d’acquérir, Henri Régnier la baptise du nom de Transports Monts-Jura. Il épouse Marie-Eugénie Vaufrey à Morteau et la même année.

 

En 1908 il achète le relais des postes intitulé La Cloche situé 50 rue de Belfort.

 

 

La famille Régnier réside alors dans une maison 48 rue de Belfort, maison aujourd’hui disparue. C’est là que naîtront les 4 enfants du couple : Denise, Jean, Robert et Pierre. Jean va également résider dans une maison située au fond du terrain, côté rue des Deux Princesses.

L’entrepôt des monts Jura est alors installé sur les terrains situés à ces numéros de la rue de Belfort.

En 1912, la compagnie de chemin de fer PLM crée La route du Jura et demande à la compagnie d’Henri Régnier d’assurer ces circuits touristiques en autocar. Pour cela, Henri Régnier fait l’acquisition de 7 autocars SAURER type A, à moteur 4 cylindres, dotés d’une caisse de 15 places.

 

Autocars Saurer

 

Mais la première guerre mondiale va interrompre ces circuits : hommes et véhicules sont mobilisés et il faudra attendre 1919 pour que ces circuits reprennent avec la création de la société Monts Jura.

 

 

8 lignes d’autocars sont créées de 1922 à 1925 : leur point de départ se situe 19 rue de la République. En 1923, une nouvelle route est créée : la route du littoral de Marseille à Nice.

Les châssis des nouveaux autocars sont de 2 marques : Renault et Rochet-Schneider, une entreprise bisontine. L’entreprise connaît alors un développement spectaculaire.

D’un tempérament très directif il est alors appelé à Besançon Monsieur OTTO KAR…..

En 1931, son fils Jean¸ le premier des 3 fils, alors âgé de 18 ans rejoint l’entreprise familiale afin de remplacer son père malade. Cette année là est rouverte la ligne Besançon-Pontarlier. Elle  leur avait déjà été attribuée en 1919, par le département qui la subventionnait : mais les difficultés du parcours de 62 kms et le rude hiver du haut Doubs n’avaient pas permis son développement. Cette fois, deux départs sont prévus, dans chaque sens, matin et soir avec de nouveaux autocars Renault de 33 places dotés, pour l’époque, de puissants moteurs six cylindres de 35 chevaux fiscaux et 90 chevaux réels.

En 1934, la société se compose de 38 autocars neufs.

En 1939 est inaugurée, rue Proudhon, une autogare privée  (le 28 mars), avec un restaurant buffet de style art déco et une cuisine en sous-sol ce qui est, à l’époque novateur.

 

Superficie du bâtiment, 1 300m2

 

Le buffet art déco

 

 

75 véhicules sur les 150 de l’entreprise sont réquisitionnés pour des raisons civiles et militaires dès 1939. 53 véhicules sont mis à disposition de la population civile et de l’armée afin de quitter la ville, en juin 1940, devant l’avance de l’armée allemande.

 

Mars 1943, réquisition allemande pour emmener les requis du STO (service travail obligatoire)

 

Jean Régnier est démobilisé en 1940 et reprend la direction des Monts Jura sous le contrôle d’un officier allemand (le capitaine Sturn) qui délivre les laissez-passer et les bons d’essence nécessaire.

En 1941, la société achète aux allemands deux douzaines de cars et camions afin d’assurer tout à la fois les transports des gens, le courrier et le ravitaillement. Des véhicules seront équipés de gazogènes par les mécaniciens de la société.

Jean se livre à des activités de résistance et participe à des réunions clandestines entre transporteurs. Il échappe de peu, en 1943, par deux fois à une arrestation. Tout d’abord à Lyon, lors de l’une de ces réunions puis à Besançon où il décline une fausse identité.

Deux faits notables en 1943 sont à rapporter. Tout d’abord le 27 octobre 1943 un terrible accident se produit dans les gorges de Noailles : avec ses 12 passagers, l’autocar bascule dans le ravin avec ses 12 passagers. Cet accident cause la mort de 11 personnes : une plaque signale toujours ce fait tragique sur un rocher situé à proximité.

Le second fait mémorable concerne la réaction d’un chauffeur des Monts-Jura dans le haut-Doubs qui aperçoit depuis son autocar transportant des voyageurs, 6 américains en parachute, leur bombardier étant abattu. Le chauffeur Louis Grisot fait descendre ses passagers et leur demande de l’attendre, récupère les 6 aviateurs US et les conduit à la frontière Suisse. Au retour, il récupère ses passagers : aucun ne le dénoncera !

 

Accident près de Mouthier Haute Pierre

 

Photo Christian Buron

 

Après la guerre, les Monts-Jura reconstituent tant bien que mal la flottille de ses véhicules et dans les années 50, assurent la promotion des sorties touristiques en Suisse  avec ses autocars : ce sont alors  des sorties très populaires au prix modeste de 500 francs (anciens), avec des convois rassemblant selon les années entre 24 et 36 autocars !

Henri Régnier est élu, au conseil municipal de Besançon, en 1947, sur la liste conduite par l’ancien maire Henri Bugnet. Il devient premier adjoint au maire et le remplace lorsque Henri Bugnet décède brutalement en 1950. Il est donc élu maire de Besançon de 1950 à 1953.

 

Portrait officiel de Henri Régnier, maire

 

Mais il est battu par le socialiste Jean Minjoz. (voir le portrait d’Henri Régnier dans la rubrique Personnalités et élus). Puis il est de 1959 à 1965, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Doubs.

 

 

En 1968, Henri quitte la présidence de la société au profit de son fils Jean. Ce dernier rachète progressivement les parts de ses frères : La société des Monts-Jura compte alors 420 salariés.

Il décède en 1969.

Jean Régnier est considéré comme un excellent organisateur qui consolide cette société, à la suite de son père Henri, le fondateur, le visionnaire.

 

Jean Régnier dans les locaux de Kéolis

 

En 1972, son fils Philippe, l’aîné des 4 enfants de Jean entre dans la société aux côtés de son père. Ses deux frères Jérôme et Sylvain ainsi que sa sœur Marie-Aline rejoignent progressivement la société.

Photo famille Jean Régnier : au 1er plan, Mia et son époux Jean. Debout de gauche à droite, Sylvain, Jérôme, Philippe et Marie-Aline

 

En 1973, Philippe crée une société de transports de fonds, une filiale qui deviendra Valtis.

Dans les années 1980, Jérôme développe un logiciel révolutionnaire  de gestion des autocars qui leur permet de rationnaliser les coûts et de répondre aux appels d’offres des collectivités pour le transport en commun des voyageurs. On est passé d’une logique de clients individuels et privés à une autre logique de transports organisés par les collectivités. Ce logiciel est toujours utilisé en France par les compagnies de transport.

 

 

De son côté, Sylvain développe le concept de location de voitures sans chauffeur, à prix flottant. Il crée la société MJ (comme Monts-Jura) location  et gère plus de 1 000 véhicules loués. Cette société existe toujours à Ecole-Valentin.

En 1985, les Monts-Jura vendent leur entrepôt de la rue de Belfort et s’installent rue Berthelot, là où est située la compagnie Kéolis aujourd’hui exploitant les transports en commun à Besançon.

 

Démolition des Monts-Jura, cliché polaroïd de M. Eugène Rieth ancien chauffeur des Monts-Jura, habitant 50 rue de Belfort. Décédé en 2025.

 

A la place des entrepôts démolis, est construit un supermarché Casino, devenu, depuis 2025 un Intermarché.

 

Construction du supermarché Casino. On peut voir l’immeuble du 50 rue de Belfort, construit pour les employés et en fond de terrain la maison de Jean aujourd’hui disparue (Photo Tupin Mémoirevive)

 

Dans les années 90, Marie-Aline dirige l’agence des Monts-Jura qui emploie 35 personnes et compte 15 000 clients annuels.

En 1998, les Monts-Jura  sont cédés à Cariane, une filiale de la SNCF, qui deviendra Kéolis en 2001.

Jean Régnier est décédé en 2009, mais ses 4 enfants sont toujours vivants. Seul Sylvain est encore en activités avec sa société MJ location.

Sources : les 3 reportages parus dans les numéros 197, 198, 199 du Magazine « Charge Utile » en 2009  par M. Benoît Gruhier ; sources familiales et photos familiales, tous droits réservés.