
Photo plaquette exposition fonderie d’art de Saint Sauveur 2019
A l’occasion de son décès, le 20 mars 2026, nous avons rendu un premier hommage au sculpteur Jens Boettcher. Voir https://www.histoire-des-chaprais.fr/portfolio-items/2012/.
Nous n’oublions pas que ce sculpteur a travaillé longtemps aux Chaprais, dans son petit atelier de la rue de la Rotonde aujourd’hui disparu. Quelques 44 œuvres ont été réalisées dans cet atelier de la rue de la Rotonde et sont reproduites dans la plaquette éditée à l’occasion de cette exposition réalisée dans les locaux mêmes de la fonderie d’art de Saint Sauveur en 2019.
A l’occasion de la donation de plusieurs de ses œuvres à la ville de Besançon, en 1999, donation évoquée dans l’article précédent cité, deux articles sont parus dans le quotidien l’Est Républicain. Nous les reproduisons ci-dessous avec l’accord de leurs auteurs.

Le joli cadeau du sculpteur à la Ville
Il y a quelque chose de pathétique chez Boettcher dans sa silhouette de grand Monsieur à la démarche un peu dégingandée. Dans son très expressif visage marqué par les outrances et les horreurs de ce siècle qui tranche avec son beau regard bleuté. Toute sa création s’en ressent. Cet « expressionnisme figuratif » donne une vision tourmentée du monde. Ces sculptures sont souvent tordues, morcelées, en souffrance.
Pathétique aussi est son fort désir de laisser une empreinte dans la ville de son cœur : Besançon.
« L’exposition que j’ai faite au fort Griffon en 1997 a eu beaucoup de résonance. Alors j’ai ressenti cette envie d’offrir quelques œuvres » explique-t-il avec son accent d’Allemand né 37 et à Essen en 1933 et très francophile : il vit en France depuis 1968 et à Besançon depuis 25 ans. Un quart de siècle à se coltiner la matière dans son atelier de la rue de la Rotonde et à faire le professeur et à l’Ecole des Beaux-Arts.
1 286 000 F
Trois sculptures données au musée des Beaux Arts, plus 19 autres remises à la Ville. Total 22. Sans compter une bonne vingtaine de dessins, documents, esquisses. Un sacré cadeau dont la valeur est estimée à 1 286 000 F. Et une aubaine pour Besançon qui n’est pas très bien dotée en sculptures, que ce soit dans ses musées ou sur ses places publiques.
Dans deux lycées dès jeudi
Ce legs providentiel a été dûment validé par le comité artistique du Louvre et le conseil artistique de la direction des musées de France. Car tel est le cheminement peu poétique, mais règlementaire dans de telles circonstances. Il fera aussi l’objet d’une délibération, c’est également la règle, par le conseil municipal réuni ce soir même. « La seule condition étant que tout ce que je donne soit rassemblé dans un seul lieu pour être montré au public » précise l’artiste. Il ajoute sur un ton pince-sans-rire « si possible avant ma mort ».
Pas si simple que cela. Parce que le musée du Temps au palais Granvelle est encore loin d’être achevé, le musée des Beaux-Arts, site naturel pour accueillir cette collection est passablement embouteillé. Inutile de tourner autour du pot : le conservateur du musée des Beaux-Arts, Marie-Hélène Lavallée, sait bien qu’avant trois ans, date approximative des travaux à Granvelle et de la livraison du niveau îlot Paris revu et corrigé par le grand chantier de la place du marché, le vœu de Boettcher restera pieux. Par contre en 2002, elle espère pouvoir rassembler tout le legs dans l’extension de son musée prévu en direction de l’îlot Paris. D’ici là ? La dissémination semble inévitable. Au moins, en attendant, tout ne sera pas stocké dans un coin inaccessible au public. Dès jeudi 4 février, deux sculptures seront exposées dans le grand hall du lycée Saint-Jean (rue de l’Espérance dans le quartier Saint Claude) et une troisième dans le cloître du lycée Pasteur. Une idée de Jean Ponçot, ex adjoint au maire et professeur d’histoire retraité du lycée Saint-Jean, parce que ces deux établissements sont les seuls à Besançon à ce niveau d’études : être dotés de sections artistiques. Trois autres œuvres de ce don sont déjà visibles au musée des Beaux-Arts. D’autres encore seront placées à la rencontre des gens ici et là, en ville, dès que l’opportunité s’en présentera. « C’est compliqué de faire un cadeau » sourit le donateur.
Joël MAMET
Quelques jours plus tard, le 5 février 1999, un nouvel article paraissait dans le journal l’Est Républicain.

Jens Boettcher : ses sculptures au cœur des lycées. Une expérience fabuleuse tant pour les jeunes que pour l’artiste. Le courant passe.
« Pourquoi avez-vous symbolisé le thème des Balkans par un homme ? ». Petit visage interrogateur face au regard du maître, de l’artiste, Boettcher répond volontiers aux interrogations des jeunes. L’artiste a offert une dizaine d’œuvres de grande taille à la Ville (ainsi que 12 petites œuvres, des dessins et des documents) et trois de ces sculptures ont été installées officiellement hier matin dans deux lycées de Besançon, Saint-Jean et Pasteur. Les jeunes sont venus nombreux après la cérémonie d’installation entourer le sculpteur, le découvrir, lui parler.
« J’ai fait don de ses œuvres pour qu’on leur donne un lieu où elles pourraient être exposées dans leur globalité » explique Jens Boettcher. « Dans un premier temps, ce n’était pas faisable et c’est Jean Ponçot qui a débloqué la situation en proposant une tournée des sculptures dans la ville. Aujourd’hui le carrousel se met en route ».
Les cérémonies d’installation ont ainsi eu lieu dans les deux établissements, cérémonies intenses, émouvantes où Jens Boettcher a pu exprimer son rapport avec l’art dans un silence religieux. « C’était impressionnant, on se serait cru dans une église » commente un élève de Saint-Jean. «Jens Boettcher est venu ici il y a quelques jours pour voir et sentir les lieux » explique le directeur de Saint-Jean M. François Régis Daboval. « Il voulait choisir des œuvres qui s’intègrent dans le contexte. Et sans qu’on lui ait parlé de l’implication de notre établissement dans l’action sur l’homme ou les droits de l’homme, il a décidé de nous attribuer « Balkans » et « Le mur de Berlin » qui s’inscrivent parfaitement dans ce cadre ».
Une exposition tournante : dans quelques mois ces sculptures seront remplacées par d’autres créations de Boettecher.
Dialogue établi
A Pasteur la sculpture s’intitule « Drancy ». « Je suis certain qu’un dialogue peut s’établir entre ces œuvres et ces jeunes » disaient récemment Jean-Claude Duverget le proviseur du lycée Pasteur. C’est fait. Et non seulement l’initiative ravit les lycéens, mais elle réjouit également Jens Boettcher : « les enfants sont une part de ma vie souligne-t-il, les miens déjà et aussi mes élèves des Beaux-Arts ». Ce qui explique peut-être son sens de la pédagogie et sa patience pour répondre aux questions qui ont fusé de partout.
Ah, au fait, pourquoi un homme pour symboliser les « Balkans » ? « Moi en tant qu’homme, je suis concerné par les conflits humains » a répondu Jens Boettcher.
Lors de la cérémonie d’installation organisée au lycée Saint-Jean, le conseiller municipal Christophe Pomez a souligné combien il était important que l’art sorte du musée et s’inscrive dans la vie quotidienne. Une position partagée par Marie-Hélène Lavallée, le conservateur du musée, qui adhère complètement à l’expérience en cours.
Annette Vial
Parmi les œuvres figurant dans la plaquette de l’exposition citée, cette œuvre peu connue intitulée La Pietà des Chaprais.

Enfin voici quelques œuvres conservées dans les réserves du musée des Beaux-Arts de notre ville. Ces photos nous ont été aimablement communiquées par la direction du Musée. Nous l’en remercions vivement.

Varsovie 1 Photo MBA

Balkans. Photo MBA
Enfin signalons cette exposition organisée cet été.

M. Jean-Claude Duverget, ancien Proviseur du lycée Pasteur nous a aimablement communiqué les 2 articles de presse cités. Avec Mme Chantal Duverget, historienne de l’art, il s’associe à cet hommage rendu à Jens Boettcher.
J.C.G.


