
Un Résistant chapraisien oublié ?
(1910-1999)
Que reste-t-il de la mémoire de René MUSSILLON, secrétaire de police au poste des Chaprais, place de la Liberté, Résistant de la première heure ?
René Mussillon est né aux Chaprais, chemin des Cras, le 22 janvier 1910.Son père est alors âgé de 43 ans. Il est d’origine suisse et il exerce le métier de mécanicien aux chemins de fer. Sa mère est âgée de 37 ans. Il semble que René soit un enfant unique.

Acte de naissance de René Mussillon
Nous savons peu de choses sur sa scolarité.

Il effectue son service militaire à partir du 15 avril 1930 car il a devancé l’appel. Affecté à la base aérienne de Nancy, il obtient brillamment son certificat de mécanicien militaire d’aviation. Il est nommé caporal et il est libéré le 11 avril 1931 comme l’atteste son livret militaire.


Extraits de son livret militaire
En 1931, il se marie avec Marie Basset et naît quelques années plus tard une fille, Maud. Mais il divorce en 1951
Il entre dans la police municipale le 1er janvier 1933 et il est affecté au poste de police des Chaprais, place de la Liberté comme secrétaire de police.


Sa carte de policier
En 1936, il est réformé temporaire pour des problèmes pulmonaires, puis en 1940 il est déclaré « bon pour le service » et affecté à la base aérienne de Nancy le 12 juin 1940 avant d’être démobilisé le 22 juillet 1940.
Dans son rapport à la direction générale de la police, concernant ses activités durant la guerre, il déclare avoir, en 1942 constitué parmi les policiers, un groupe lié à L’ORA : l’Organisation de la Résistance Armée.

«.. Durant 4 ans, avec GABARD, je fais passer de nuit, après les avoir ravitaillés et munis de faux papiers, des prisonniers évadés ou des réfractaires ou encore des Français recherchés par les Allemands…
« …J’estime, pour ma part, avoir fait passer une cinquantaine d’évadés, auxquels, par mesure de sécurité, aucune identité n’a été demandée. J’ai fabriqué au moins trois cents fausses cartes d’identité à des recherchés, des évadés, réfractaires et Israélites. Le cachet a été fait par un de mes amis, graveur…. »

Ayant participé à une réunion clandestine de Résistants, il est arrêté le 25 mai 1944 avec l’avocat stagiaire, Louis Dubreuil qui habite 22 rue de l’Eglise aux Chaprais et le futur maire de Besançon, Jean Minjoz.

Louis Dubreuil est alors âgé de 28 ans. Il est le père, comme le précise la fiche d’arrestation, de 3 jeunes enfants âgés de 5, et 4 ans et d’un bébé de 2 mois. Louis Dubreuil est déporté et meurt à Melk, en Autriche le 22 novembre 1944.
Jean Minjoz est libéré le 17 juillet 1944.
Dans son rapport à la direction générale de la police, après la guerre, René Mussillon indique :
« Je suis conduit à la Feldgendarmerie où il m’est demandé à brûle pourpoint où se trouvent mes mitrailleuses. Je nie formellement et les Boches me disent qu’il est inutile que je me fatigue, que mes camarades sont également arrêtés et qu’ils ont parlé. Je n’en crois rien. Il m’est alors déclaré textuellement « le…. «…tant » à 18 heures, vous étiez réunis, Grande rue, chez l’avocat Dubreuil, avec les nommés Fauchs, Blondin et Desbouche ». Devant de tels arguments je reconnais, mais ne veux rien savoir pour les armes. Après un interrogatoire de deux heures, je suis conduit à la Butte et enchaîner par les mains et les chevilles de 14 heures à 20 heures. Lorsque je suis détaché. Lorsque je suis détaché je tombe à terre et ne peux me relever….
… Le lendemain nouvel interrogatoire. Je reconnais faire parti de la Résistance, mais nie tout le reste. Je déclare que les amis devaient se réunir dans la région de Nancray (ils le savent déjà..) mais je ne prononce pas les noms et dis les ignorer. Je soutiens que je suis entré dans le groupe en qualité de policier et que je voulais les faire arrêter s’ils avaient eu des armes. » Je soutiens qu’aucun dépôt d’armes n’existe. Je jure sur l’honneur que je viens de dire la pure vérité. »
Il est finalement libéré faute de preuves mais également grâce à l’insistance de son commissaire de police M. Buhr. Il est muté, par mesure disciplinaire à Dijon, mais il réussit à revenir à Besançon au mois d’août 1944.
Le 7 septembre 1944, c’est la mobilisation générale de tous les policiers Résistants. Comme l’indique la stèle érigée en 1946, place de la liberté, à proximité de l’ancien poste de police, c’est de cette place que les Résistants se regroupent afin de rejoindre les troupes américaines au combat derrière de la gare Viotte.

Les combats de la Libération. Des policiers sur un char américain.

Nous possédons quelques renseignements concernant le groupe de Résistants commandé par René Mussillon.

Après la Libération, René Mussillon va œuvrer afin qu’une stèle soit érigée place de la Liberté en mémoire des 24 Résistants tués lors des combats des 7 et 8 septembre 1944.
Il prend sa retraite dans les années 60 et il va commencer une nouvelle vie avec la veuve d’un industriel bisontin. Il demeure alors 5 avenue Droz. Il participe régulièrement aux cérémonies commémoratives de la Libération de Besançon, au cours desquelles il prend souvent la parole.

Il reçoit, comme l’atteste cette photo, de nombreuses médailles : entre autres la médaille militaire, la croix de guerre 39/45 avec palmes, la médaille de la résistance, la croix de combattant volontaire de la résistance, la médaille d’honneur de la police nationale et la croix de chevalier du mérite social.

Commémoration 1970 place de la Liberté. Au centre Jean Minjoz, à droite, porteur d’une gerbe René Mussillon


A la fin de sa vie, il est accueilli par son petit-fils, Alain Mile, dans un village à proximité de Dole. Il décède à l’hôpital de Dole en 1999. Il est inhumé au cimetière des Chaprais.

Tombe de la famille Mussillon aux Chaprais
Sources : archives municipales, archives départementales, archives familiales.


