
Stéphane Boullier en 1962 Photo B. Faille Mémoire Vive Besançon
Créateur de KELTON, « un bulldozer ? »…
Quelle vie que celle de Monsieur Stéphane Boullier né dans un petit village de la Mayenne, Meslay du Maine, le 31 juillet 1907.

Acte de naissance : son père a 22 ans à sa naissance ; sa mère également 22 ans, est déclarée sans profession.
Savez-vous qu’il a été le président-directeur général de la plus grosse entreprise de fabrication de montres à Besançon, l’entreprise KELTON-TIMEX qui a compté jusqu’à 3000 salariés !
Un membre de sa famille a bien voulu nous communiquer les renseignements biographiques le concernant en nous remettant copie de l’hommage rendu lors de ses obsèques au crématorium de Saint-Claude le 18 juin 1992. Cet hommage public a été prononcé par Monsieur André Tripard au nom de Monsieur Jean-Pierre Chambon PDG de Fralsen Horlogerie (M. Chambon était en voyage à la date de cette cérémonie).
« La vie professionnelle de Stéphane Boullier a été très riche et nous allons en parcourir les étapes marquantes :
– Il est né dans la Mayenne en 1907.
– De 1917 à 1922, il est élève au lycée de Laval
– Puis, pendant trois ans, il débute ses études à l’Ecole d’Horlogerie de Cluses.
–En 1926/1927, il fait son service militaire à Angers.
– Jusqu’en 1930, il continue ses études à l’Ecole d’Horlogerie de Besançon, puis à l’Institut de Chronométrie.
– En 1930, il démarre sa carrière professionnelle chez Lip, successivement comme chef de fabrication et des achats, puis comme responsable de bureau d’études chargées d’installer deux usines de fabrication et d’assemblage en U.R.S.S.
Pendant cette période se marie et fonde une grande famille puisqu’il aura quatre enfants.
– En avril 1938, il quitte Lip et devient Directeur Technique de la Compagnie Industrielle horlogère dont l’usine est chargée de produire de l’armement destiné à l’aéronautique. L’unité est installée Faubourg de Tarragnoz à Besançon il en devient l’administrateur en août 1938.
– En 1939/1940, il est mobilisé par les ateliers d’armement de Bourges puis chargé d’installer une usine de fabrication de fusées à Besançon. Il est Directeur de cette usine qui ne fonctionnera que sept mois à cause de la guerre.
– En 1940, il est nommé par le Ministre de l’industrie poste de Directeur technique du Comité d’Organisation de l’Industrie de la Montre.

Archives départementales de la Côte d’Or
– En 1945, il est nommé expert en petite mécanique de précision par le Ministre de la production industrielle, chargé de mission auprès de la Mission française à Washington (Mission Monnet).
– En 1945, toujours, il réalise son rêve en créant sa propre entreprise. Il installe rue Gambetta, puis rue des Villas aux Chaprais. L’objectif, à travers cette entreprise, et de se spécialiser dans la fabrication des montres de qualité dite « Montres à étoiles » dont il est, pendant cinq ans, le plus grand fabricant.


Publicité parue en 1948
Ce classement de 1948 réalisé par le CETEHOR démontre que 2 860 montres VIXA de S. Boullier sont certifiées 3 ou 2 étoiles sur un total de 14 073 montres présentées par 34 fabricants
– Pendant 10 ans, Stéphane Boullier assure la présidence de l’union des fabricants de montres à étoiles et s’attaque hardiment au marché d’exportation est principalement l’Italie, l’Allemagne de l’Angleterre, le Canada, les USA.
– En 1955, attirés par la production de grande masse, il prend contact avec Timex aux États-Unis qu’il autorise à assembler des montres du type Timex.
– La distribution de ses montres sur la France est assurée par un service commercial Timex qui s’installe 52, Rue des Champs-Élysées à Paris.
– Par contre, n’ayant pas l’autorisation d’utiliser la marque Timex pour distribuer ces montres, Stéphane Boullier choisit de les commercialiser sous la marque Kelton qui a fait le chemin qu’on connaît.
– À la même période, afin d’augmenter la gamme des produits Kelton, il étudie et met au point le remontage automatique des montres mécaniques. Ce système très fiable et très robuste équipe encore actuellement les montres automatiques Timex.
– Devant l’immense succès de Kelton, Stéphane Boullier se trouve en position de force pour proposer la cession de son affaire à Timex. En 1958, la chose est conclue.
– Il devient alors Directeur Général France de Timex.
– Très rapidement, expansion oblige, les locaux deviennent trop exigus : à la rue des Villas s’ajoutent 7 autres locaux (rue des Jardins, rue de l’Eglise, de la Mouillère, du Château Rose).
– En 1960, la fabrication des pièces détachées démarre rue de l’Avenir et l’unité de production est confiée à Michel Maillardet.
– En 1961, l’usine rue Denis Papin est mise en chantier et l’installation dans cette nouvelle unité se fait en 1962.
– Stéphane Boullier devient le conseiller très écouté de Timex. Il est en charge des achats et du service Recherches qu’il crée. Il y installera une très belle équipe composée de Monsieur Attenburger, Monsieur Suard et de sa fille Michèle.
– Il concentre aussi son effort sur le service commercial jusqu’à l’arrivée de Christian Penel qui, avec le professionnalisme qu’on lui connaît, à développer les ventes en France d’une manière extraordinaire. (Entre autres dans les bureaux de tabac, M. Penel venant du service commercial de Bic).
– En 1976, il décide de prendre une retraite bien méritée.
– À l’usine, quelques personnes proches de lui l’appelaient «Papa Boullier », d’autres, peu nombreuses l’appelaient Stéphane, mais, pour la majorité, c’était Monsieur Boullier car tous avaient un profond respect pour l’homme une profonde reconnaissance pour ce qu’il avait fait pour Timex.
– Voilà, je crois, carrière professionnelle bien remplie je dirais même hors du commun mais qui ne donnera personne quand on connaît sa volonté de gagner, son enthousiasme et sa capacité de décision. Son autorité naturelle et son acharnement à faire avancer les choses explique encore mieux son parcours professionnel exceptionnel.
Je vous remercie de votre attention ».
Monsieur Stéphane Boullier est décédé à Sainte-Maxime 12 mai 1992 à l’âge de 84 ans. Sa famille a rapatrié son corps Besançon, où a eu lieu la crémation.

Stéphane Boullier en juin 1962 sur le chantier de Timex.

Article de l’Est Républicain sur le golf de Besançon (à la Chevillotte) créé par Stéphane Boullier
Sources : archives familiales ; Alain Prêtre, dessinateur chez Kelton, ; archives de la Côte d’OR ; Mémoire Vive Besançon ;Est Républicain; archives personnelles Alain Prêtre.
J.C.G.


