Mussolini et l’Empereur d’Ethiopie aux Chaprais

 

Comme nous l’évoquons dans un précédent article (voir sur ce site https://www.histoire-des-chaprais.fr/portfolio-items/du-nouveau-sur-la-commune-libre-des-chaprais/), les statuts de la Commune Libre des Chaprais déposés fin février 1936, officialise cette association le 1er mars 1936 par une publication au J.O.

Journal Officiel du 1er mars 1936 p. 2448

Et les 5 et 6 septembre 1936, la Commune Libre organise la fête aux Chaprais. Or cette fête intervient dans un contexte tout à fait particulier. En France, c’est le triomphe du Front Populaire aux élections législatives. Mais peut-être afin d’éviter toute polémique, la Commune Libre choisit un autre événement de l’actualité internationale pour thème de sa fête.

Car sur le plan international, est évoqué le conflit entre l’Ethiopie et l’Italie. Conflit ancien qui a repris en 1935 et trouve son épilogue en mai 1936 : les forces armées italiennes triomphent et conquièrent l’Ethiopie. L’Empereur Haïlé Sélassié 1er part en exil à Londres.

 

Le Petit Comtois du 9 mai 1936 : l’exil de l’Empereur Haïlé Sélassié

Durant ce conflit, la Société Des Nations (SDN) est saisie afin de mettre fin à ce conflit armé. Si dès octobre 1935, elle condamne l’invasion de l’Italie, sans aucun effet, l’Italie quittant la SDN, elle est discréditée car elle n’a pu arrêter l’envahisseur. Or la SDN a été créée après la Première Guerre Mondiale afin d’éviter que se reproduisent des guerres entre les nations !

 

Le Petit Comtois du 12 octobre 1935 : condamnation de l’Italie par la SDN

La Commune Libre des Chaprais décide donc, pour sa fête annuelle, d’évoquer cette question sous une forme humoristique. Avec les précautions d’usage puisqu’elle indique à la mairie dans un courrier en date du 26 août 1936 :  « …Nous vous promettons que dans l’entrevue du Négus et de Mussolini, il n’y aura absolument rien de blessant ni d’ironique contre aucune de ces deux personnalités ni de leur pays… ».

 

Courrier du 26 août 1936 adressé à la mairie

Si l’on en croit les comptes-rendus parus dans la presse de l’époque, il n’y a pas eu, effectivement d’incident. Les deux belligérants ont été accueillis à la gare Viotte. Voici comment Le Petit Comtois rend compte de l’événement :
« Samedi la Commune Libre avait fait les choses mieux que jamais ; elle recevait le Négus et Mussolini. C’était une entrevue diplomatique que tous les pourparlers internationaux n’avaient pu faire aboutir. Pourtant ce rêve de réconciliation devint une réalité : devant la gare Viotte, les deux belligérants firent bien quelques difficultés. Mais l’échange d’une boîte de macaronis et d’un régime de bananes fit plus que bien des paroles.
Une foule innombrable assistait à l’entrevue. Le Maire des Chaprais avait accueilli les deux personnalités, assisté de son chef du protocole et du commandant des sapeurs-pompiers. Pendant ce temps un garde champêtre assurait avec bienveillance mais fermement un discret service d’ordre… »

 

Le Petit Comtois 6 septembre 1936

Le cortège se dirige ensuite vers le 37 rue de Belfort, le Café du Cercle, transformé en Mairerie comme c’est le cas lors de chaque fête du quartier et ce, afin de tourner en dérision la Mairie.

 

Mussolini et le Négus réconciliés devant la Mairie.

 

Et le dimanche 6 septembre la fête continue.

 

Le Petit Comtois du 7 septembre 1936

On peut lire dans cet article :
« …Le matin, à 10h, un pacifique contingent de notabilités, descendit vers la ville voisine, c’est-à-dire Besançon. Dans une somptueuse torpédo trônaient Mussolini et le Négus barbouillé de frais… ».

 

Les personnalités et les officiels de la commune devant la Mairerie : à droite Félix Prost

L’autre quotidien bisontin La République de l’Est en date du 7 septembre également rend compte également de cette fête.

 

La République de l’Est du 7 septembre 1936

Voici donc comment, en 1936, la Commune Libre des Chaprais utilisait l’actualité pour amuser les habitants. Rappelons que, en ce qui concerne l’Ethiopie, l’occupation italienne fut de courte durée, puisque, après des mois de résistance des éthiopiens, le pays fut libéré avec l’aide des Britanniques le 5 mai 1941.

Sources : Archives municipales ; Mémoirevive Besançon.
J.C.G.